Sarkozy, notre (très) « petit père du peuple » à nous

  Sarkozy, notre (très) « petit père du peuple » à nous Quelle image attendrissante que de voir notre chef d’Etat prendre tour à tour sur ses puissants genoux onze français larmoyants dépassés par leurs problèmes quotidiens. Leur caresser tendrement le crâne, leur sussurer que tout ira bien, que papa s’occupe de tout et qu’il réglera le compte au vilain camarade de classe qui leur à tour à tour voler leur goûter.

 

mercinotrecherstaline.jpg

 

Sarkozy, notre (très) « petit père du peuple » à nous


Quelle image attendrissante que de voir notre chef d’Etat prendre tour à tour sur ses puissants genoux onze français larmoyants dépassés par leurs problèmes quotidiens. Leur caresser tendrement le crâne, leur sussurer que tout ira bien, que papa s’occupe de tout et qu’il réglera le compte au vilain camarade de classe qui leur à tour à tour voler leur goûter. On ne peut que se laisser baigner par cette douce, mais ferme, voix qui semble capable de tout. N’avons nous pas tous une image héroïque de notre cher paternel ? Une toute jeune Union soviétique usait elle aussi de cette image bienfaisante du paternel proche du peuple, Staline aimait lui aussi entrenir ce contact avec une population émerveillée. L’URSS un Etat totalitaire?

Presse et opposition se sont empressées ce matin de crier au non respect du partage du temps de parole, à la démagogie et au mensonge. Autant toujours s’étonner de l’alunissage d’Armstrong, nous n’apprendrions rien de nouveau. Mais comment ne pas s’offusquer de ce simulacre scandaleux de débat public, à croire que TF1 cherchait à ricaner bêtement de Peillon se révoltant une semaine trop tôt. Comment est-il possible de concevoir d’offrir une telle tribune à l’UMP, au détriment de toutes les autres forces politiques, à moins de deux mois des tant attendues régionales ? Car cette organisation, sous un semblant de place publique athénienne où chacun pouvait converser, n’est rien d’autre que purement antidémocratique: chaque opposant éphémère au président se plaçait inéluctablement, au moins pour l’opinion publique, comme chef de l’opposition momentanée. Or, cette opposition d’un moment décisif était forcement incapable de tenir tête, de démentir et de tenir un discours politique solide face à Sarkozy. Chaque citoyen n’a ni la culture, ni la connaissance, l’habilité politique et le talent d’orateur que seul des cadres de l’opposition, qui ont derrière eux toute une équipe, peuvent avoir. Un seul de ces onze français entretenait-il l’espoir de démontrer la passivité, la mauvaise politique du gouvernement? Certainement pas, chacun a déclaré avoir quitté le plateau ravi, les yeux pleins d’étoiles. Nous l’aurions tous été, sortis de nos provinces pour rencontrer l’omni-président que l’on voit de partout. Notre plus grand espoir (et de fait notre plus grande déception), Pierre Le Ménahes, un syndicaliste de la CGT, est en passe de devenir une star pour avoir osé interrompre le Président. Pernaut s’est lui-même chargé de ne pas laisser déborder les invités mais ne s’est pas risqué à couper la parole à Sarkozy. Peut-être devrions nous créer une milice politique pour empêcher ce genre de petits dérangements…
Mais le tableau n’en est par pour autant taché, l’UMP marque bien évidemment des points capitaux. Le gouvernement semble en effet avoir tout prévu et aucune question ne se retrouve sans réponse: les craintes des français se trouvent toutes apaisées. On ne peut qu’en conclure que le parti fait de grandes choses et qu’il n’est pas besoin de le sanctionner, que l’opposition n’a rien à faire au pouvoir, puisque si bien maîtrisé. Vous me direz, à juste titre, que c’est la conclusion que l’on peut tirer à chaque fin de discours de l’un des représentants de l’UMP, sauf que ceux-ci ne feignent pas le débat public, le dialogue qui suppose forcement une opposition, au moins deux doctrines, deux politiques, deux leaders. Imagineriez-vous un débat sur la première chaîne d’Europe où Hollande, Lepen, Besancenot et Cohn-Bendit sortiraient tous ravis et convaincus par l’action politique de Sarkozy ?

Pourtant, au plus grand malheur de l’opposition, c’est ce qu’en conclura une grande majorité de la doxa…

.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.