Ethos de prof, de l’enseignement à l’éducation

Profitant de la rentrée des classes, Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale, annonçait son intention d’instaurer à la rentrée 2013 l’enseignement de la morale laïque[i], qu’il définit comme « comprendre ce qui est juste, distinguer le bien du mal, […] des devoirs autant que des droits, des vertus, et surtout des valeurs ». Au-delà de l’effet d’annonce et des réactions attendues de l’opposition, le débat, qui n’est pas nouveau, pose la question de la mission de l’éducation nationale et par extension de celle du prof.

Profitant de la rentrée des classes, Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale, annonçait son intention d’instaurer à la rentrée 2013 l’enseignement de la morale laïque[i], qu’il définit comme « comprendre ce qui est juste, distinguer le bien du mal, […] des devoirs autant que des droits, des vertus, et surtout des valeurs ». Au-delà de l’effet d’annonce et des réactions attendues de l’opposition, le débat, qui n’est pas nouveau, pose la question de la mission de l’éducation nationale et par extension de celle du prof.

L’ambition est affirmée comme nouvelle, inscrite dans le changement. Pour développer son idée c’est bien au conditionnel que Vincent Peillon souhaite « pour l’école française un enseignement qui inculquerait aux élèves des notions de morale universelle, fondée sur les idées d’humanité et de raison ». Mais est-ce vraiment nouveau ?

Maître d’école, instituteur, professeur, le corps enseignant enseigne, c’est-à-dire qu’il transmet un savoir. Celui qui éduque, c’est-à-dire qui développe les facultés morales, physiques et intellectuelles, c’est le parent. L’éducation est un des attributs de l’autorité parentale définie par le code civil (art 371-1). Elle est exercée par les deux parents en commun. Le juge aux affaires familiales peut prononcer la délégation de l’autorité parentale, le juge des enfants peut lui décider de mesures d’assistance éducative.

Or enseigner la morale laïque c’est en quelque sorte parler d’éducation autant que d’enseignement. On pourrait donc se demander de quoi se mêle le ministre de l’éducation à vouloir s’immiscer dans l’autorité parentale, à vouloir faire étudier en classe une « laïcité intérieure, c’est-à-dire un rapport à soi qui est un art de l’interrogation et de la liberté ».

Il se trouve que dans ses dispositions générales (art. L 111.-1), le code de l’éducation dispose que « outre la transmission des connaissances, la Nation fixe comme mission première à l'école de faire partager aux élèves les valeurs de la République ». Et même de définir dans les objectifs et missions du service public de l'enseignement (art. L 121-1) ceux de « favoriser la mixité et l'égalité entre les hommes et les femmes, notamment en matière d'orientation. Ils concourent à l'éducation à la responsabilité civique et participent à la prévention de la délinquance ».

Sans attendre la morale laïque, l’école aurait donc déjà, dans ses institutions, un rôle d’éducation. Quoi de nouveau alors ? On connaissait les cours d’instruction civique, ici l’ambition est autre. Un enseignement du primaire à la terminale, évalué, avec une place à part entière dans les programmes. Vincent Peillon distingue d’ailleurs bien l’instruction civique de la morale laïque, attribuant à celle-ci un objectif plus vaste, la « construction du citoyen avec certes une connaissance des règles de la société, de droit, du fonctionnement de la démocratie, mais aussi toutes les questions que l’on se pose sur le sens de l’existence humaine, sur le rapport à soi, aux autres, à ce qui fait une vie heureuse ou une vie bonne ». En prime, la morale laïque sera intégrée à la formation des enseignants.

Ce sont eux en effet qui auront à incarner cette morale laïque. Par l’exemplarité d’abord, par la reconnaissance d’une « autorité qui se fonde sur des qualités morales et intellectuelles » ensuite. A côté du parent, du policier et du juge, le prof n’aurait donc pas seulement à transmettre le vrai mais aussi à dire le juste. Un éthos peut en cacher un autre.

Avant la morale laïque on pouvait aisément imaginer que d’un prof à l’autre la frontière entre enseignement et éducation était laissée à sa juste appréciation. Est-ce à dire qu’une fois la morale laïque intégrée au programme et aux emplois du temps, ceux qui n’auront pas à l’enseigner seront dispensés d’y contribuer ? Rien n’est moins sûr.

 

Thomas Litou

 


[i] Interview du 1er septembre au Journal du Dimanche

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