AESH : une mauvaise compréhension de leurs missions, dixit un IEN

Les accompagnant-e-s d’élèves en situation de handicap auraient une "mauvaise compréhension" de leurs missions, dixit un IEN !

Droit de réponse à Franck Jalabert, Inspecteur de l’Education nationale (IEN) et Conseiller Technique pour le Service Public de l’École Inclusive (SEI) de l’Orne, suite à l’interview, du 5 avril 2021, menée par Jérémie Loizeau (“Pourquoi les AESH sont-ils à bout de souffle ?”), sur RCF Radio. 

https://rcf.fr/actualite/pourquoi-les-aesh-sont-ils-bout-de-souffle?fbclid=IwAR2mbIHaQnaGV55FF6EwNenzybYm8NxbuMZi6a2L23LHDeEvCzSUb7FPrKc

D’après cet IEN du SEI de l’Orne, nous, accompagnant-e-s d’élèves en situation de handicap aurions une “mauvaise compréhension” de nos missions. Si nos missions s’appuient toujours sur la circulaire du 3 mai 2017 qui indique que notre travail vise à accompagner l’élève vers toujours plus d’autonomie, ne serait-ce pas plutôt, la hiérarchie qui aurait fait perdre du sens à nos missions en créant le PIAL ? Accompagner un élève en situation de handicap, c’est lui permettre de prendre le temps de trouver des stratégies pour toujours tendre vers plus d’autonomie. Quel temps offre-t-on aux élèves d’une même classe lorsqu’ils doivent se partager l’aide d’un même adulte ? Dans la nouvelle version de l’accompagnement mutualisé, telle que définie par le PIAL, ce que nous faisons auprès de trois élèves ou plus dans une même classe (parce que tout va vite), ne relève plus de l’accompagnement mais de la distribution séquencée de la présence d’un adulte auprès d’élèves pour assurer aux parents que leurs enfants sont bien accompagnés.  

De plus, en évoquant l’adaptabilité et la mobilité, l’IEN base son argumentation sur un syllogisme (les accompagnant-e-s doivent suivre des élèves nomades) et rend synonymes “adaptabilité” et “mobilité ”. Lorsqu’il aborde le passage de l’élève d’un établissement scolaire à un autre, le sujet qui se déplace, c’est l’élève. S’agissant des accompagnant-e-s, il estime que : “Si ces personnes ne sont pas prêtes à s’adapter aux besoins des élèves c’est là que cela devient problématique”.  

Or, ce n’est pas s’adapter aux besoins des élèves que de changer d’établissements, c’est simplement être mobile d’un endroit à un autre. Ce ne sont donc pas les élèves qui se déplacent mais bien les accompagnant-e-s qui se rendent dans une même journée sur des lieux de travail différents pour y accompagner des élèves différents !  

S’adapter aux besoins des élèves, c’est être en capacité de faire face à plusieurs situations de handicap dans le même temps-classe. 

Ce qui est “problématique” c’est de confondre “adaptabilité” et “mobilité”. 

Ce qui est problématique, c’est de ne pas prendre en compte les réels frais de déplacements engagés par les accompagnant-e-s pour exercer leurs missions.  

Ce qui l’est plus encore, c’est que depuis l’instauration des PIAL, la charge mentale des accompagnant-e-s a augmenté et qu’elle n’est pas prise en considération par l’Education nationale. 

L’IEN explique que le PIAL a été créé pour nous recruter et nous affecter dans un secteur géographique donné. Dès lors, “on [nous] offre un réseau d’établissements sur lesquels [nous pourrions] intervenir”. Toutefois, l’offre ne tient pas les promesses ministérielles mises en avant lors de la promotion du PIAL. Le PIAL n’était-il pas supposé nous offrir des temps pleins ? De fait, est-il compréhensible de voir arriver une nouvelle recrue titulaire d’un contrat à faible quotité horaire, alors que cela fait des mois que l’agent en poste a fait une demande d’augmentation de sa quotité horaire de travail ?  

D’autre part, quand l’Education nationale cessera-t-elle, comme l’IEN de l’Orne, de faire semblant de ne pas comprendre que le temps complet réclamé par les accompagnant-e-s d’élèves en situation de handicap correspond au temps d’enseignement obligatoire dans les différents niveaux de scolarité ? 

Quand cessera-t-elle de se cacher derrière des arguments fallacieux pour éviter de sortir ses agents de la précarité dans laquelle elle se complet à les maintenir ?  

Quand cessera-t-elle de trouver naturel d’avoir à chercher un second employeur parce qu’elle impose à ses agents de ne pas pouvoir vivre décemment avec un seul salaire ? 

Pour finir, nous n’avons pas “une mauvaise compréhension” de nos missions, mais le ministère de l’Education nationale a une méconnaissance totale de l’accompagnement. En outre, il est sociologiquement reconnu qu’un bon environnement professionnel permet aux salariés d’offrir le meilleur d’eux-mêmes. Le ministère de l’Education nationale doit donc cesser d’institutionnaliser la maltraitance professionnelle à l’égard des accompagnant-e-s d’élèves en situation de handicap. Voilà pourquoi, nous sommes à bout de souffle ! 

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