Une vingtaine de prisonniers politiques sunnites exécutés mardi en Iran

Mardi 2 août les familles d’une vingtaine de prisonniers sont arrivées trop tard devant la prison de Gohardasht (à l’ouest de Téhéran). On leur apprend que contrairement à ce qui avait été annoncé, elles ne pourront plus dire adieu à leurs fils. Il faudrait qu’elles se rendent à la morgue à Kahrizak (sud de Téhéran) pour récupérer les corps. Ces prisonniers politiques ont été executés à l'aube.

 

Mardi 2 août, les familles d’une vingtaine de prisonniers sont arrivées trop tard devant la prison de Gohardasht également appelé Radjaï-shahr (banlieue de Karaj à l’ouest de Téhéran). On leur apprend que contrairement à ce qui était annoncé, elles ne pourront plus dire adieu à leurs fils. Il faudrait qu’elles se rendent à la morgue à Kahrizak (sud de Téhéran) pour récupérer les corps. A l’aube de ce sombre mardi, ces prisonniers politiques, appartenant à la minorité sunnite, ont été pendus dans cette prison.

Ce matin les familles de ces prisonniers avaient été contactées par des autorités judiciaires leur donnant jusqu’à 15h pour rendre une dernière visite à leurs proches avant qu’ils soient exécutés. Mais une fois sur place la cruelle surprise les attendait. Pourtant ces familles n’ont pu assister à l’inhumation des corps qui ont été enterrés au cimetière Behecht Zahra au sud de Téhéran. Les forces de sécurité des Gardiens de la révolution avaient bouclé le cimetière.

Dans la nuit du lundi au mardi, la garde de la prison avait attaqué la section 10 emmenant avec elle 36 prisonniers sunnites condamnés à mort, menottés et les yeux bandés.

Depuis les autorités pénitentiaires ont déclaré l'état d'urgence, déconnectés toutes les cabines téléphoniques et empêché les détenus de se référer au dispensaire de la prison.

Shaharam Ahmadi issu de la minorité kurde est parmi les prisonniers sunnites exécutés. © cnri Shaharam Ahmadi issu de la minorité kurde est parmi les prisonniers sunnites exécutés. © cnri

Shahram Ahmadi issu de la minorité kurde est parmi les prisonniers sunnites exécutés.

Shahram Ahmadi est parmi les prisonniers sunnites exécutés. Il a été blessé en Avril 2009 au moment de son arrestation par des agents de renseignement et a perdu un rein et une partie de son intestin. Il a été gravement torturé pendant 43 mois à l'isolement dans le centre de détention du Département du renseignement à Sanandaj, à la suite duquel il a contracté diverses maladies et a perdu son audition dans une large mesure. En Octobre 2012, le pouvoir judiciaire des mollahs l’a condamné à mort sous l'accusation de Moharebeh (ou guerre contre Dieu !). Son frère cadet, Bahram Ahmadi qui était âgé de moins de 18 ans au moment de son arrestation, a été exécuté dans la prison de Ghezel Hessar en janvier 2012, avec cinq autres prisonniers politiques sunnites.

La présidente élue de la Résistance iranienne, Maryam Radjavi a qualifié de "crime effroyable contre l'humanité", l’exécution de ces prisonniers sunnites dans la prison de Gohardacht. Elle a présenté ses sincères condoléances aux familles des victimes, à la communauté sunnite et l'ensemble du peuple iranien. Elle a appelé les jeunes iraniens à protester contre ces crimes barbares et se solidariser avec les familles des victimes.

Mme Radjavi a également exhorté le clergé chiite et sunnite dans le monde, à ne pas garder le silence vis-à-vis de cette atrocité et dénoncer le guide suprême Ali Khamenei, cet ennemi terrible du peuple iranien et des peuples de la région, pour ses crimes inhumains et anti-islamiques.

Le triste anniversaire du massacre des prisonniers politiques

Ces exécutions rappellent un triste précédent. Il y a 28 ans suite à un fatwa de Khomeiny, le régime a lancé sa solution finale : l’exécution de tous les prisonniers qui refusent de se répantir à commencer par les Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI).

Maryam Radjavi l’a justement rappelé dans son message diffusé en Iran: " le régime antihumain des mollahs a procédé à l'exécution de masse de nos frères sunnites à l'anniversaire du massacre en 1988 de 30.000 prisonniers politiques. Le régime tente en vain de semer la terreur pour contenir les protestations et les manifestations populaires."

La présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) a martelé que : "le temps est venu pour le Conseil des droits de l'homme et le Conseil de sécurité de l'ONU mettent fin à leur silence et portent le dossier des crimes du régime iranien devant le Tribunal pénal international. Ali Khamenei et les autres dirigeants du régime, ainsi que les auteurs directs de ces crimes doivent être traduits en justice", a souligné Maryam Radjavi.

Inquiétude sur le sort des autres prisonniers politiques 

D’autres nouvelles inquiétantes continuent de parvenir des prisons iraniennes. Trois célèbres prisonniers politiques : Saleh Kohandel, Afshin Baïmani et Pirouz Mansouri ont été forcés de quitter leur cellule à la section 4 de la prison de Gohardasht de Karaj et ont été transférés vers un lieu inconnu.

Paria Kohandel tenant la photo de son père emprisonné Saleh Kohandel © cnri Paria Kohandel tenant la photo de son père emprisonné Saleh Kohandel © cnri

 

Saleh Kohandel qui est accusé de sympathie envers l’OMPI a envoyé avec de nombreux autres prisonniers des messages de solidarité avec le grand rassemblement de l'opposition iranienne au Bourget, cette année. Ses filles sont intervenues lors de ce rendez-vous de la Résistance iranienne et ont ému par la force de leurs témoignages

Paria et Zahra Kohandel au grand rassemblement de l'opposition au Bourget en juillet 2016 © CNRI Paria et Zahra Kohandel au grand rassemblement de l'opposition au Bourget en juillet 2016 © CNRI

 

Paria Kohandel a récemment quitté le pays pour témoigner du sort de son père : 

reportage de VOtv interview de Paria Kohandel © votv
 

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