Iran : les femmes qui font trembler les mollahs

 Et si c’était les femmes qui allaient renverser les mollahs et instaurer une société où elles auront toute leur place et même un peu plus après trente années d’apartheid sexuel en Iran ? 

C’est le pari audacieux et intrépide que relate le livre de la dirigeante de l’opposition iranienne, Maryam Radjavi qui parait aujourd’hui au titre prometteur « Les Femmes contre l’intégrisme » chez l’éditeur Jean-Claude Gawsevitch.

L’anthropologue Françoise Héritier, dans sa préface à cet essai, a salué cette belle expérience humaine : "Il y a là une expérience humaine étonnante que nous ne pouvons que contempler, admirer et soutenir, voire dont nous devons nous inspirer dans des contextes où l'apparence démocratique et laïque donne le change à la réalité, et masque le soubassement essentiel du pouvoir politique jusqu'à maintenant, à savoir la domination sur le corps des  femmes, l'occultation de leurs facultés et leur élimination, par principe, de la compétition pour le pouvoir". 

http://www.amazon.fr/Femmes-contre-lint%C3%A9grisme-Maryam-Radjavi/dp/2350134156

  

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A l’occasion de la journée de la femme cette année, Maryam Radjavi avait évoqué, pour la première fois, ce bouleversement profond au sein de la résistance iranienne qu’à entrainé le fait de privilégier l’égalité à toute autre considération. Une expérience sans précédent qui a des conséquence profonde dans l’avancée de la résistance aux mollahs.

Voici un extrait de cette intervention qui évoque  ce combat largement décrit dans l’ouvrage publié aujourd’hui en France.

Maryam Radjavi  lors d’un rassemblement à la Maison de la Mutualité le 9 mars :

"L’idéologie sexiste, elle, croit dans la supériorité du genre masculin sur le genre féminin. C’est une conception érigée par l’histoire et la culture de l’oppression et de l’exploitation qui a contribué à enchainer les femmes, les hommes et toute la société. Par conséquent, l’idéologie sexiste ne concerne pas les instincts humains, ni le genre ni la nature de la femme ou de l’homme, mais bien la conduite, l’état d’esprit et la culture forgés par l’oppression et l’exploitation.

Dans l’idéologie intégriste de Khomeiny, les hommes tirent leur identité de la répression, en particulier de la domination des femmes. C’est ce qui les dirige. Cela signifie que la personnalité et l’identité de l’homme dépend de la répression et de l’exploitation de la femme et sans le sentiment de supériorité par rapport à la femme, il se sent vide et dépourvu d’une véritable confiance en soi.

Dans cette idéologie, les femmes aussi considèrent logique et naturel d’être dominées par les hommes et de leur être inférieures. Par conséquent, les femmes conçoivent un caractère autre que leur humanité. Un caractère d’objet évalué à sa valeur marchande par les autres. En d’autres termes, les femmes sont aussi prisonnières de cette conception qu’elles ont d’elles-mêmes. Comme le disait Simone de Beauvoir : « On ne nait pas femme, on le devient.»

En vérité, les relations entres les femmes et les hommes sont extrêmement éloignées de leur nature humaine. Cela veut dire que ni la femme se considère comme un être égal, ni l’homme ne considère la femme comme un être égal.

Le résultat de cette vision, c’est d’accorder une priorité aux caractéristiques génétiques et héréditaires propre à la personne, comme le sexe, l’apparence, la nationalité, l’ethnie et la langue. Cela signifie accepter un destin aveugle. Alors que de notre point de vue, c’est le choix et l’action de la personne qui forgent son humanité et son caractère.

A chaque fois qu’un être humain réussit à écarter cette fabrication sociale et historique, cela génère de la liberté pour tous, hommes et femmes.

Nous avons discerné que l’idéologie sexiste, à savoir justement cette conception rétrograde que les mollahs ont de l’être humain, empêche les capacités humaines de se manifester. Quand cet obstacle a fini par être écarté dans une lutte longue et collective, les femmes au lieu de se résigner et de fuir les responsabilités, ont acquis un sens des responsabilités et se sont chargées dans tout le mouvement des rôles les plus cruciaux. Par la suite, les hommes aussi ont pu prendre leurs distances avec la vision et la conception arriérée des femmes et dans la pratique sont devenus des défenseurs de la cause de l’égalité. Ce sont les femmes qui doivent payer le tribut de la liberté, de l’émancipation et de la foi en soi et ce n’est qu’ensuite que cette voie s’ouvre pour les hommes.

Oui, c’était une révolte contre cette pensée réactionnaire et une révolte contre ces chaines qui asservissent. Comme la formule de transformation de la matière en énergie E=MC2, elle a libéré une énergie torrentielle à l’intérieur du mouvement qui est devenu la source de son endurance face à ce régime inhumain.

Ce processus qui est la plus grande expérience de ma vie, a démontré dans la pratique ma vision de l’être humain, à savoir que tout le monde a la capacité de régénérer son essence humaine. Et cela m’a permis d’espérer et de croire cent fois plus dans la capacité des gens à changer. Cette conception se résume dans la devise « on peut et on doit ». Cela veut dire qu’une personne doit être ce qu’elle peut être. Et l’être humain recèle un océan de capacités pouvant le mener à réaliser tous les impossibles."

Pour lire l’intégralité de ce discours allez sur :

http://www.ncr-iran.org/fr/actualites/iran-resistance/11667-maryam-radjavi-appelle-les-femmes-du-monde-a-rejoindre-un-front-uni-contre-lintegrisme

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