Iran - Rohani a l’intention de poursuivre le programme de missiles balistiques iraniens

"Le programme de missiles balistiques ne s'arrêtera pas, quelles que soient les circonstances", a déclaré le général Hajizadeh, commandant de la division aérospatiale des Pasdaran, jeudi 10 mars. Cette violation de la résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies n'est pas seulement soutenu par les Gardiens de la Révolution mais aussi de l'approbation d'Hassan Rohani.

 

"Le programme de missiles balistiques iraniens ne s'arrêtera pas, quelles que soient les circonstances", a déclaré le général Amir Ali Hajizadeh, commandant de la division aérospatiale des Pasdaran, cité, jeudi 10 mars, par la télévision d'État.

Le général Hajizadeh a même souligné que "Les Pasdaran n'ont jamais accepté les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies concernant leurs travaux sur les missiles."

L’Iran continue à toute vitesse le développement de ses programmes de missiles balistiques et d'exploration spatiale. Ces propos du général des Pasdaran ont été tenus à l’occasion d’une récente manœuvre. En présence de haut-commandants des Pasdaran, une série d’essais de missiles balistiques a été menée, en violation de la résolution 2231 du Conseil de Sécurité de l'ONU.

« Les missiles Qadr H et Qadr F de longue portée ont été tirés ce jour (8 mars 2016), détruisant des cibles sur des sites identifiés sur les côtes sud-est de l'Iran », a déclaré le général Hossein Salami, numéro deux des Pasdaran. Les missiles balistiques Qadr peuvent frapper dans un rayon de 2000 kilomètres, ce qui suffit pour atteindre des cibles sensibles dans la région. 

Début janvier, la télévision iranienne avait montré les images d'une base souterraine contenant des missiles d'une portée de 1.700 kilomètres. Le 12 octobre 2015, le régime iranien a testé un missile balistique capable d’accueillir une arme nucléaire. La roquette à propulsion liquide, Emad, a une portée de 1900 kilomètres et peut contenir 1000 kilos de charge explosive. Un panel d’experts du Conseil de Sécurité de l’ONU a déclaré, dans un rapport en décembre 2015, qu’Emad remplissait toutes les conditions pour transporter une ogive nucléaire : « Sur la base de ses analyses et de ses recherches, le panel conclut que le lancer d’Emad est une violation du paragraphe 9 de la résolution de 1929 du Conseil de Sécurité de la part de l’Iran. »

Le message du régime : ignorer la résolution 2231

Les observateurs voient dans le développement des capacités balistiques des Pasdaran une volonté affichée de Téhéran de marquer ses visées déstabilisatrices dans la région, alors que les autorités ont annoncé officiellement ne pas se sentir engagées par la résolution 2231. Cette résolution interdit à l'Iran de mener, pour une durée de huit ans, toute activité de lancement de missiles balistiques ayant la capacité de transporter des charges nucléaires. Cette résolution a été adoptée l'an dernier, dans la semaine qui a suivi l'accord de juillet 2015, pour réitérer la volonté de la communauté internationale de barrer la route à toute voie pouvant mener à la fabrication ou au transport d’ogives nucléaires.

Les médias iraniens ont expliqué le message que comptent transmettre les mollahs en procédant à ces manœuvres balistiques. Le site Javan Online, affilié aux Pasdaran, avait écrit le 15 février: « Obama a imposé certaines sanctions balistiques après l'accord sur le nucléaire. Cela a conduit l'Iran, à travers l'organisation de vastes exercices militaires, à montrer que les efforts des occidentaux n'auront aucun résultat devant la détermination du programme nucléaire iranien. (…) Le plus important message que l'Iran pourrait vouloir transmettre par cet exercice balistique, c’est qu’il ne se sent pas lié à la résolution de 2231 ».

L’agence de presse officielle Isna a rapporté le 10 mars 2016 des précisions sur les menaces formulées par le général Hajizadeh : « Plus nos ennemis augmentent les sanctions, plus intense sera la réaction des Pasdaran. La raison pour laquelle nous avons conçu des missiles d'une telle portée --2.000 km-- est de pouvoir frapper nos ennemis lointains, le régime sioniste. »

Rohani : les forces armées doivent augmenter la capacité des missiles

Contrairement à certains commentaires, attribuant seulement aux Pasdaran cette volonté de passer outre la résolution du Conseil de Sécurité, le président des mollahs, Hassan Rohani, soutient pleinement le développement des capacités balistiques des Pasdaran. Javan Online a écrit, le 15 fév. 2016 : « La présence du Président de la république lors du test du missile Fateh 313 a été l'illustration d’un consensus interne sur le fait que nous ne sommes pas engagés vis-à-vis de la résolution 2231. » Le missile Fateh 313, d'une portée au-delà des 300 km, est considéré par la résolution comme un missile balisitique.

Le 8 février 2016, Hassan Rohani a offert la médaille nationale du mérite et du courage au général Hossein Dehghan, Ministre de la Défense et de la Logistique des forces armées. Le général Dehghan a été décoré pour ses efforts dans le renforcement des capacités balistiques du régime dont il a été un des architectes majeurs.

Dans une lettre au Ministre de la Défense Hossein Dehghan, adressée le 31 décembre 2015 et rendue publique, Rohani ordonnait la poursuite du programme de missiles. Cette lettre ne laisse aucune ambiguïté : « Les forces armées doivent augmenter rapidement et de façon significative leur capacité de missiles. »  La presse iranienne a ensuite rapporté les déclarations de Hossein Dehgan sur l’utilisation des universités du pays au service de l’industrie militaire, qui expliquait : « Actuellement, 91 universités iraniennes et 1300 sociétés (en dehors du Ministère de la Défense) coopèrent avec notre ministère dans le cadre de projets militaires ».

Un consensus sur le programme balistique au sein du régime

Le Guide suprême Ali Khamenei, quant à lui, a déclaré qu'il était "stupide et idiot" de la part des occidentaux de vouloir freiner le programme de missiles iranien et a appelé les Pasdaran à augmenter "massivement" leur production de missiles.

Le programme de missiles de l'Iran est l'un des plus développés du Moyen-Orient, et sert notamment à la guerre que mène le régime en Syrie contre son peuple et contre l’opposition anti-Assad.

Le général Hadjizadeh avait reconnu dans une interview que c’était le régime iranien qui régissait le système de missile de la dictature de Bachar al-Assad et du Hezbollah libanais : « Les usines qui fabriquent les missiles en Syrie sont construites par l’Iran et ce sont des missiles conçus par l’Iran qui y sont fabriqués (…) désormais il y a des missiles partout et ils occupent une place particulière » (Agence Fars, affiliée aux Pasdaran, le 11 novembre 2014).

Réaction du Congrès américain et de la Maison Blanche

Le Congrès américain a réagi aux récents exercices balistiques en Iran en exigeant de nouvelles sanctions. « Les États-Unis et les États de la région sont préoccupés par les capacités de l'Iran en matière de missiles balistiques (…) L'Iran reste aujourd'hui un facteur de déstabilisation significatif au Moyen-Orient», a déclaré le général Lloyd Austin, le chef du Centcom, devant la commission des forces armées du Sénat. Le Département d'État américain a de son côté souligné que les États-Unis saisiraient l'ONU. Le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest, a souligné que si les essais de missiles balistiques de l'Iran avaient violé des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, Téhéran devrait "en subir les conséquences".

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