Le Guide suprême met la main sur les richesses de la plus grande fondation de l'Iran

Ali Khamenei, le Guide suprême du régime iranien, vient de prendre le contrôle total de l’une des plus riches fondations religieuses en nommant le mollah Ebrahim Raïssi, actuel procureur général, à la tête de la plus puissante fondation religieuse, celle d'« Astané Ghods Razavi ».

Ali Khamenei, le Guide suprême du régime iranien, vient de prendre le contrôle total de l’une des plus riches fondations religieuses en nommant le mollah Ebrahim Raïssi comme nouvel administrateur en chef de la fondation « Astané Ghods Razavi ».

Basée à Machhad (chef-lieu de la province de Khorassan-Razavi, au nord-est de l’Iran), « Astané Ghods Razavi » est une fondation religieuse qui gère un patrimoine immense composé de biens offerts ou légués au mausolée de l’Imam Reza (le 8e Imam des chiites duodécimains).

L’ancien administrateur en chef d’« Astané Ghods Razavi » Abbas Vaez-Tabassi, un mollah extrêmement influent, est décédé la semaine dernière. Khamenei a été présent à ses funérailles qui ont eu lieu à Machhad. Pourtant, le mollah Vaez Tabassi était réputé pour être quelque peu indépendant du Guide et pour régner sur la province en maître incontestable via un système mafieux. Il était plutôt proche de l’adversaire du sérail du Guide suprême, l’ancien président Ali Akbar Rafsandjani, qui est à la tête du Conseil suprême des intérêts de l’État. Avec la nomination d’Ebrahim Raïssi, Khameneï place un de ses pions les plus sûrs à la tête de cet organisme.

Qui est Ebrahim Raïssi ?

Le mollah Raïssi est l’actuel procureur général du régime. Durant les trente dernières années, il a occupé des postes importants au sein de l’appareil judiciaire du régime.

Procureur de Karaj en 1980 alors qu’il avait juste 20 ans, il a été simultanément nommé procureur de Hamadān. En 1985, nommé procureur adjoint de Téhéran. De 1989 à 1994 il a été procureur de Téhéran, et de 1994 à 2004 il a été à la tête de l’Inspection d’État. De 2004 à 2014, il était le premier adjoint à la magistrature du régime, et depuis deux ans il est procureur général.

Par ordre de Khamenei, il a également été nommé Procureur Général Spécial pour les religieux, dispositif qui sert à réprimer et assassiner les religieux qui refusent d’obéir à Khamenei. Ce sbire devrait être poursuivi en justice pour ses crimes contre l’humanité. Raïssi est aussi membre de l’Assemblée des Experts (l’institution chargée de désigner le guide suprême du régime des mollahs).

Mais il tient surtout sa sinistre réputation de sa participation au massacre de 1988. En tant que procureur adjoint de Téhéran, Raïssi était l’un des membres du « comité de la mort » qui a mis à mort des milliers de prisonniers politiques. En l’espace de quelques mois, plus de trente mille prisonniers politiques, dont la plupart étaient des membres des Moudjahidines du Peuple (OMPI), ont été exécutés dans les prisons du régime, suite à une fatwa de Khomeiny qu’appliquait ce « comité de la mort ». Les trois autres membres de ce « comité » étaient : Morteza Echraghi, Hosseinali Nayyeri, Mostafa Pour-Mohammadi (actuel Ministre de la Justice du le gouvernement de Hassan Rohani).

Ce terrible massacre a alors suscité les protestations de l’ayatollah Montazeri, successeur désigné de Khomeiny ; dans une lettre à Khomeiny et aux membres du comité de la mort, il écrivait : « Ce type de massacre de détenus, sans aucun procès, tournera à leur avantage à long terme. Ils seront davantage encouragés à continuer leur lutte et la communauté internationale nous condamnera. Combattre une idée en tuant des gens est une erreur... les Moudjahidines du Peuple représentent une pensée. Elle ne sera pas vaincue en tuant, mais se répandra... ». Montazéri fut alors destitué et a vécu assigné à résidence jusqu’à son décès.

En tant que procureur de Téhéran, Raïssi a également activement participé à la répression de l’insurrection de 2009 après les fraudes électorales. Pour justifier les exécutions de jeunes manifestants, il avait déclaré que l'utilisation de bâtons et de pierres (par les manifestants) était considérée comme « Moharebeh » (combat contre Dieu) et entraînait la peine de mort. « Ce qui s'est passé le jour de l'Achoura [les manifestations du 27 décembre 2009 en Iran] peut être un exemple de “Moharebeh” » avait-il ajouté. (TV officielle, 30 décembre 2009).

La Fondation Astané Ghods Razavi

En nommant Raïssi à la tête de l’une des plus grosses fondations économiques d’Iran, Khamenei projette de dominer totalement cet empire financier et de remplir les poches des dirigeants du régime avec des revenus astronomiques, tout en pourvoyant aux dépenses croissantes qu’engendrent les guerres en Syrie, en Irak et au Yémen.

Lors de la visite d’une délégation de chefs d’entreprises français en Iran en 2015, ceux-ci ont été invités à rencontrer les dirigeants de la fondation Astané Ghods Razavi à Machhad, qui ont vanté leur vaste empire industriel dans les secteurs de la santé, de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Certaines entreprises ont même noué des liens pour le développement de contrats.

Cette institution financière a investi en Iran dans tous les secteurs de l’économie comme l’agriculture, les industries alimentaire, pharmaceutique, automobile, le bâtiment, les mines, les technologies de l’énergie et de l’information, récoltant des revenus astronomiques. Par instruction de Khomeiny, cet empire financier est exempt de tout impôt.

 

À aucun moment, en 1200 ans d’histoire, la fortune de la fondation d’Astané Ghods Razavi n’a été tant détournée par les dirigeants locaux ou gouvernementaux... alors que les revenus de cette fondation étaient à l’origine destinés aux citoyens dans le besoin ou aux services publics. Rien que les terrains en dotations de la fondation à travers l’Iran valent des dizaines de milliards de dollars. La fondation, avec ses immenses richesse et revenus, va davantage servir les efforts de répression et de guerre du régime pour le maintien du système.

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