L’irrésistible échec du régime iranien en Syrie et hors-jeu du général Souleimani

Les pertes innombrables des gardiens de la révolution en Syrie et l'hospitalisation du commandant de la Force extérieure des Pasdaran témoignent de l’échec irrésistible de la stratégie déployée par Téhéran pour sauver Bachar Assad.

 

Les pertes innombrables des gardiens de la révolution depuis trois mois témoignent de l’échec irrésistible de la stratégie déployée par Téhéran pour sauver Bachar Assad. La mort de plusieurs hauts gradés des pasdaran, il y a deux semaines, lors d’une attaque au sud d’Alep, qui a entrainé l’hospitalisation, dans un état grave, du commandant en chef de la Force extérieure des Pasdaran, le général Qasem Souleimani (ou Ghassem Soleimani) porte un coup dur à la présence des Pasdaran en Syrie.

Le fait est que face à d’énormes sacrifices de Téhéran et à l’implication de la Russie sous l’incitation de l’Iran des mollahs, il n’y a pas de véritable avancée face aux troupes rebelles. Au contraire l’Armée syrienne libre et ses alliés sur le terrain brillent depuis deux mois dans leur résistance à une force de frappe extrêmement puissante.

Selon les rapports  provenant de l'intérieur du Corps des Gardiens de la Révolution (Pasdaran), le véhicule du général Qasem Soleimani (Ghassem Souleimani), commandant de la Force terroriste Qods, a été touché par une roquette anti char Tow de l’Armée Syrienne Libre , alors qu’il supervisait, au sud d’Alep, une opération des Gardiens de la révolution et des milices à sa solde. Souleimani a été grièvement blessé à la tête et au cou par des éclats. Plusieurs officiers des Pasdarans ont trouvé la mort lors de cette attaque.

L’Armée Syrienne Libre a montré une très grande efficacité dans l’usage de ces roquettes anti char devenues une terrible menace pour les chars et les blindés de l’armée d’Assad et des Gardiens de la révolution.  

La force Qods que Souleimani commandait est une branche des Gardiens de la Révolution qui est chargée de toutes les opérations terroristes et des actions de guerre de Téhéran à l’extérieur de l’Iran.

Suite à cette attaque, le général Souleimani a été immédiatement transféré par un hélicoptère des Pasdaran à Damas et après avoir reçu un traitement préliminaire transféré à Téhéran. Il a été hospitalisé à l'Hôpital Baqiyatollah des Gardiens de la Révolution qui est situé à l’avenue Mollasadra. A ce jour il a subi au moins deux importantes interventions chirurgicales. Il est dans l'unité de soins intensifs (Section C7) de cet hôpital au septième étage. Son état est jugé très grave et il est interdit de visites. Une équipe de médecins dirigée par Dr Gholamreza Farzanegan, un neurologue spécialiste du cerveau, supervise les opérations. Dr Alireza Jalali, directeur de l'hôpital Baqiyatollah suit personnellement l'état médical de Souleimani.

La section de contre-espionnage des Gardiens de la révolution a imposé des restrictions sévères pour empêcher toute fuite sur la présence et l’état de santé de Souleimani et a ordonné à tous les membres du personnel hospitalier de s’abstenir de répondre à toute question à cet égard. Le régime iranien craint que la nouvelle provoque un effondrement complet du moral des troupes des Pasdarans et de leurs milices en Syrie. Déjà, les gardiens de la révolution sont très effrayés et anxieux du nombre élevé de morts et de blessés subis durant les deux derniers mois en Syrie. Le régime iranien avait voulu créer un mythe d’invincibilité autour de Souleimani en le présentant comme une sorte de Rambo, un modèle à suivre pour les milices Bassidj.

Alors que l’insurrection du peuple syrien entre bientôt dans sa sixième année, le Guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei, et les Pasdaran, sont confrontés à des défaites successives malgré le déploiement de toutes leurs ressources militaires, économiques et politiques dans la guerre contre le peuple syrien et son insurrection. Des cadavres des gardiens de la révolution sont rapatriés quotidiennement dans différentes villes iraniennes, alors que d’autres corps restent abandonnés dans des zones libérées de la Syrie. Ces défaites qui sont à la hausse depuis l'hiver 2014, ont contraint le régime iranien à demander l'aide de la Russie pour éviter un effondrement rapide du régime de Bachar Assad. C’est Soleimani en personne qui a rendu visite à Moscou pour convaincre les Russes d’intervenir. Il leur a promis une victoire rapide sur le terrain, si l’aviation russe assurait la maitrise  du ciel. Le régime iranien maintenait en vain cet espoir que grâce à la puissance des frappes aériennes de la Russie, l'aide de ses gardiens de la révolution et de milices comme le Hezbollah, les mercenaires irakiens, afghans ou pakistanais, et le reste de l'armée d'Assad, il serait en mesure d'écraser la révolution syrienne.

Cependant, après les bombardements les plus intenses et le massacre de milliers de civils, ces deux derniers mois, le régime iranien n'a rien obtenu d’autre que davantage de cadavres de gardiens de la révolution, y compris plusieurs généraux de brigade des pasdaran. Il faut savoir que ces généraux et colonels forgés dans la guerre avec l’Irak et la répression sanglante de la population iranienne, pendant plus de trois décennies, sont irremplaçables à ce jour pour cette théocratie en rupture avec les Iraniens.

La fin d’un mythe

Le 8 octobre c’était au tour du Général Hossein Hamedani, l’émissaire de Téhéran chargé de superviser l’ensemble des opérations en Syrie d’être tué près d’Alep. Hamedani qui fut le principal officier des pasdaran chargé de réprimer à Téhéran l’insurrection du printemps 2009 avait mis sur pied une milice en Syrie pour aider l’armée de Bachar Assad. Depuis la mort d’Hamedani plusieurs dizaines d’officiers supérieurs des pasdaran ont été tués en Syrie dans des combats avec les rebelles. En aucun cas ces officiers n’ont été en guerre contre Daech. Bien que Téhéran ait attribué dans un communiqué la mort de Hamedani à Daech, il n’existe aucune preuve ou revendication allant dans ce sens. Les régions des combats menés par les pasdarans sous le commandement de ces officiers sont des zones contrôlées par des forces rebelles anti-Daech. Il semble que le régime iranien ait voulu à son habitude instrumentaliser la mort d’Hamedani pour prétendre qu’il combat Daech sur le terrain.

La manipulation a été de mise aussi après que Souleimani ai été blessé. Dans un premier temps les gardiens de la révolution ont démenti l’information. Ensuite un site d’origine russe Sputniknews.com a rapporté un témoignage selon lequel Souleimani aurait dirigé le sauvetage du pilote russe abattu par l’aviation turque le 24 novembre – donc plusieurs jour après que Souleimani a été blessé - Selon un « expert » cité par Spoutnik, Souleimani « a réuni une équipe de sauvetage composée de 18 membres d'opérations spéciales syriennes et six combattants du Hezbollah ayant des connaissances de première main sur le terrain. Ils ont été chargés de sauver le pilote, tandis que les forces russes ont fourni un soutien aérien et du renseignement» ( !) Seul bémol : Soleimani était à cette époque, inconscient et entre les mains des chirurgiens. Plus tard un porte-parole des gardiens de la Révolution a prétendu que Souleimani est « en pleine forme » et « plein d’énergie ». Cité par SepahNews, le site officiel des Gardiens, ce porte-parole, le général Ramezan Sharif, avait affirmé que Souleimani est en train " d’aider la résistance islamique en Syrie et en Irak".

Ce coup porté par l’ALS contre les gardiens de la révolution est aussi la fin d’un mythe qui prétendait que les Pasdarans et les milices à leurs solde sont, sur le terrain, une barrière face à Daech. En réalité ces forces sont là pour protéger le régime d’Assad en combattant les rebelles à l’ouest de la Syrie, du nord au sud et non Daech qui occupe une autre zone au centre et à l’est de la Syrie. Les forces des gardiens de la révolution évitent Daech qu’ils utilisent comme un épouvantail, pour donner une légitimité à leur présence en Syrie, aux yeux des Occidentaux mais aussi de l’opinion publique iranienne, très hostile à ces aventures bellicistes des mollahs. Une chose est certaine, la mise hors-jeu de Souleimani et les pertes des gardiens de la révolution, malgré le soutien aérien de la Russie, démontrent que l’opération de la dernière chance pour sauver le soldat Bachar Assad, s’avère être bien plus coûteuse qu’il ne le semblait, voire impossible.  

 

 

 

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