Le monde de demain qui se construit sans les oubliés d'aujourd'hui.

Depuis le début du confinement, nous entendons beaucoup de voix s’interroger sur le monde de demain. Il faut le penser, l’imaginer, le définir. Est-ce le début d’une “mondialisation maîtrisée?. Même si l’envie de partager cet enthousiasme se manifeste, je ressens de plus en plus le besoin d’émettre des réserves face à ces déclarations d’espoir.

Depuis le début du confinement, nous entendons beaucoup de voix s’interroger sur le monde de demain, celui de l’après confinement. Il faut le penser, l’imaginer, le définir. Est-ce le début d’une “mondialisation maîtrisée”, d’une consommation qui soit responsable, d’une économie plus juste?. Même si l’envie de partager cet enthousiasme se manifeste, je ressens de plus en plus le besoin d’émettre des réserves face à ces déclarations d’espoir.

En dehors des polémiques sur des célébrités ou autrices racontant leur confinement dans leurs résidences secondaires, et comment ce moment de pause est mis à profit pour réfléchir au sens profond de leurs vies, le confinement rime aussi avec de longues journées monotones pour beaucoup,  pour certains, une surcharge de travail, auquel il faut ajouter un stress quotidien, le confinement devient aussi pour d’autres un accélérateur non négligeable d'inégalités.

Il serait judicieux, voir nécessaire, avant d’entamer des discours sur le monde de demain (parfois très juste sur notre façon de consommer, le trop plein de tout, l’urgence écologique dans laquelle nous nous trouvons), de travailler sur les conséquences qui s’annoncent dramatiques pour de nombreux élèves en décrochage scolaire, ceux pour qui le confinement vient s’ajouter à de nombreuses semaines sans écoles suite aux grèves fin 2019 et début 2020 et évoluant dans des cellules familiales ne permettant une continuité pédagogique efficace.

Les discours sur le monde de demain ne parlent pas non plus de ces violences policières dans les banlieues françaises, observées et documentées par de nombreuses vidéos  présentes sur les réseaux sociaux. Le confinement, pour les personnes touchées par ces exactions, vient simplement aggraver une situation et une brutalité qui se justifie cette fois-ci par un non respect du confinement (“toujours les mêmes “ selon les populistes) et une peur généralisée de la population française, façonnée en partie par les discours belliqueux du gouvernement.

Il en est de même pour les commentaires racistes entendus sur LCI, parlant de tests de vaccination en Afrique. L’indignation est restée faible, contrairement à l’entrain engendré par l’intervention de Bruno Latour ce matin sur France Inter, rêvant d’un autre monde pour demain.

Ces discours sur l’après me dérangent, puisqu’ils excluent de facto les opprimés, la question de luttes de classes et que la remise en cause des privilèges viendrait s’appliquer uniquement aux grosses multinationales et politiciens, et non à l’ensemble de la population. 

Sans questionner et remettre en cause ces privilèges (privilège de couleur, d’appartenance sociale, géographique, socio-économiques..), il me semble que cette prise de conscience ne pourra s'adresser uniquement à une classe dominante, car les problématiques sociales (violences policières, racisme, oppression économique) ne sont pas intégrées ou minoritaires dans les discours entendus depuis maintenant 3 semaines.

Si les problématiques rencontrées notamment par Sofiane, livreur Amazon et victime de violence policières pendant le confinement, ne sont pas explicitées et défendues dans les discours du quotidien, comment pouvons-nous dans un premier temps espérer une cohésion nationale, et une envie commune de changement, mais aussi adhérer à un discours qui se révèle être non-inclusif?

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