Situation tendue en Ethiopie après l'application contestée de l'état d'urgence.

Alors que la démission surprise mi-février du premier ministre éthiopien laissait entrevoir une ouverture démocratique, il semblerait, qu'au contraire, l'Ethiopie, plonge de nouveau dans l'incertain avec l'instauration d'un état d'urgence et de manifestations violemment réprimées.

A la surprise générale, après plus de deux ans de manifestations, de répressions, et d’emprisonnements politiques, le premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn annonce sa démission mi-février.

Alors que depuis quelques semaines, des centaines de prisonniers politiques étaient libérés, suite à une “volonté d’ouvrir l’espace démocratique pour tous” , le premier ministre explique alors que “son départ était vital pour permettre aux réformes d’aboutir, conscient des déplacement de populations et des nombreuses pertes humaines depuis 2015”.

Cependant, au regard de la situation actuelle en Ethiopie, il semblerait que le départ de Desalegn ait au contraire empiré une situation déjà explosive. Un nouveau vote au parlement a permis l’instauration d’un état d'urgence, le deuxième en moins de 18 mois. Ce vote a été dénoncé très rapidement par les éthiopiens, sur son éventuel caractère illégal.

Les leaders de l'opposition, ainsi que diverses ONG ont alors pointé les irrégularités qui ont mené à l’adoption du texte. En effet, la constitution requiert que deux tiers des membres du parlement votent en faveur du texte pour qu’il soit adopté. Or, seulement 346 membres présents lors de la séance ont voté pour l’instauration de l’état d’urgence pour un total de 546 membres. Le calcul est rapide, il manque bien 18 voix pour atteindre les deux tiers...

Le parti d’opposition Oromo a donc réagi en annonçant qu’il allait poursuivre le gouvernement éthiopien, en raison du caractère illégal du vote sur l’état d’urgence. Bekele Gerba, récemment sorti de prison, premier secrétaire du parti Oromo a fait part de sa détermination au micro de la BBC, quant au bien fondé des poursuites mené par son parti mais aussi de sa confiance en un “état de droit”.

Alors que Rex Tillerson, secrétaire d’état des USA,  est attendu en Ethiopie cette semaine, une nouvelle grève, “stay at home protest,”a été débutée en région Oromo et s’est entendue jusqu'à Addis Abeba. Le gouvernement a alors prévenu les manifestants de ne pas venir troubler le fonctionnement normal du pays. En effet, lors de ces “stay at home protest”, la majorité des commerces, écoles, routes sont bloquées et/ou fermées.

Selon le site en ligne Addis Standard, une douzaine de personnes auraient été tuées par l’armée en région Oromo, suite aux manifestations, sans compter le nombre de blessés par balle.

Par ailleurs, dans une récente publication, Felix Horne, chercheur et spécialiste de l’Ethiopie pour le compte de l’ONG Human Rights Watch s’inquiète de la promotion de l’Ethiopie par des agences internationales, telles que les Nations Unies, alors que des lois liberticides continuent d’être appliquées, et que des citoyens sont tués quasi-quotidiennement par les forces armées du régime.

Il note par ailleurs que même si le développement économique de l’Ethiopie est primordial, il doit se faire tout en respectant les droits des citoyens. En effet, la détermination des éthiopiens pour faire valoir leurs droits n’est plus à prouver. Reste maintenant à la communauté internationale et aux entreprises de les soutenir...

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