Qui, aujourd'hui, au gouvernement, se soucie des pauvres?

Ce soir, la France accueille le Portugal au stade de France, à Saint-Denis pour un match de football. 300 mètres plus loin, la France accueille aussi, à sa manière, plus d’un millier de réfugiés.

Ce soir, la France accueille le Portugal au stade de France, à Saint-Denis pour un match de football. 300 mètres plus loin, la France accueille aussi, à sa manière, plus d’un millier de réfugiés.

STADE DE FRANCE © agnes druel STADE DE FRANCE © agnes druel

Le contraste est édifiant. Alors que les supporters qui se rendent au stade doivent respecter un protocole sanitaire strict pour assister au match de l’équipe nationale, plusieurs centaines de personnes s’entassent, à moins d’un kilomètre du stade, dans un périmètre restreint, et se trouvent dans  l’impossibilité de respecter les gestes barrières. 

En plus d’être humainement inconcevable, après plusieurs semaines de pluie continue en région parisienne, la situation de ces personnes sans-abris présente également un risque sanitaire majeur (pas de toilettes, douches, ni de poubelles, des accès aux soins limités…) et des risques possibles de tensions, avec l’arrivée du froid et de nouveaux réfugiés quotidien.

saint denis © agnes druel saint denis © agnes druel

La mairie de Saint-Denis, déjà fragilisée par l’extrême-précarité d’une partie ses habitants, l’habitat indigne, et sa forte densité de population ne peut gérer à elle seule la prise en charge de ces personnes. Les nombreux démantèlements de camp en région parisienne ne cessent de montrer leurs limites et échecs, quant à une politique d’accueil digne. Il faut enfin réfléchir à une solution qui soit durable et humaine, et ne pas reporter le problème à chaque fois un peu plus loin. Le désespoir reste le même que l’on soit à Paris ou dans le fin fond du 95.

parvis stade © agnes druel parvis stade © agnes druel

Qui plus est, il suffit de regarder les queues des distributions alimentaires, qui chaque semaine grossissent, pour réaliser que le nombre de pauvre va exploser en France, et que la crise sociale qui s’annonce risque d’être d’une violence sans précédent. Pour le moment, le gouvernement ne semble pas s’en préoccuper, préférant alors alimenter des polémiques stériles.

Pourtant, il y a bien de l’argent. Maximes Combes, porte parole d’ATTAC, rappelle régulièrement sur son compte Twitter les entreprises ayant profité des aides de l'état pendant le confinement, tout en versant des dividendes à leurs actionnaires : Où sont les sanctions pourtant promises par Bruno Le Maire? 

Dans un rapport paru en septembre 2020, l’ONG Oxfam cite 32 entreprises qui, ensembles, vont générer plus de 109 milliards de dollars de profit supplémentaires cette année. Si une taxation équitable des profits existait, avec des contrôles sérieux, le gouvernement français pourrait alors se concentrer sur un séparatisme bien plus dangereux que ceux imaginés récemment: l’extrême pauvreté. 

En effet, les camps de réfugiés en petite couronne, le nombre de sans-abris, de bénéficiaires des aides sociales et d’association, d’étudiant dans l'extrême précarité et les inégalités sociales ne cessent d’augmenter. Les rapports d’associations nous le rappellent depuis des années, les cris d’alarme des ONG également. 

Mais alors qui, aujourd’hui, au gouvernement se soucie des pauvres?

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