Le harcèlement de rue au Maroc, un drame quotidien

Hier, alors que je rentrais chez moi, un homme m’a montré son pénis dans la rue. Comme ça, gratuitement. Je n’ai pas eu la force, ni le courage de dire quoique ce soit. J’ai baissé la tête et je suis partie. En effet, 10 minutes auparavant, je venais d’avoir une altercation avec un homme qui semblait trouver le concept de me suivre en voiture plutôt séduisant.

Hier, alors que je rentrais chez moi, un homme m’a montré son pénis dans la rue. Comme ça, gratuitement. Je n’ai pas eu la force, ni le courage de dire quoique ce soit. J’ai baissé la tête et je suis partie. En effet, 10 minutes auparavant, je venais d’avoir une altercation avec un homme qui semblait trouver le concept de me suivre en voiture plutôt séduisant.

Il y a des jours où tout va bien, où sortir de chez soi est un réel plaisir. Des périodes d’accalmies agréables, où être une femme se trouvant dans l’espace public n’est pas un problème. Et d’autres, comme la journée d’hier, qui me rappelle sans cesse que le chemin est encore long pour que nous, femmes, puissions profiter au même titre que les hommes, de ballades et de sorties en toute tranquillité.

J’habite au Maroc, en zone rurale, loin des gros centres urbains, et depuis mon arrivée, je me demande bien ce qu’il se passe dans la tête de certains hommes pour qu’ils en arrivent à rendre la vie des femmes à ce point impossible. Je n’arrive pas à l’expliquer. Je ne souhaite pas non plus m’engouffrer dans des concepts réducteurs et simplistes. Cela ne fait pas sens.

D'ailleurs, beaucoup de jeunes marocains ont conscience de ce drame vécu par les femmes. On échange beaucoup la-dessus, la colère laissant souvent place à l’incompréhension. Les hommes qui harcèlent sont appelés les dragons, les malades. Beaucoup parlent de la honte et de la gêne ressentis face à ces comportement abjects, mais ils sont impuissants et ne cesse de s’excuser à la place des harceleurs.

Les femmes résistent différemment, mais la souffrance reste la même. S’effacer, ignorer ou crier, mais ne jamais se sentir légitime. Le monde rural y est pour quelque chose. La ville permet l’anonymat, on peut se noyer dans la foule et avoir un faux sentiment de liberté. Le monde rural oppresse la femme en général. Tout est plus difficile d’accès : les transports, l’emploi et l’éducation et les femmes en sont les premières victimes.

Le harcèlement de rue est un comportement typiquement masculin et universel. Faire de la vie des femmes un enfer, les rendre vulnérables, et faire en sorte que constamment, elles aient peur. Dès le plus jeune âge, chacun est conditionné dans son rôle du harceleur et du harcelé.

Lorsque j’entends des personnes s’attarder sur le lien entre religion et harcèlement, voile et oppression, je me demande bien si ces mêmes personnes ont vécus la même réalité que les femmes agressées au quotidien.

Prendre en compte uniquement la religion pour expliquer une violence universelle, c’est nier la souffrance des femmes, et de fait empêcher une réelle réflexion et un travail qui puisse aboutir à des résultats concrets. Je refuse ces discours simplistes : dans ces cas-là, comment expliquer que la Malaisie, la Tunisie ou bien le Sénégal ne rencontrent pas ce problème de harcèlement à une échelle aussi importante que le Maroc?

Passer uniquement par la répression pour solutionner le problème du harcèlement est une erreur, c’est passer par l’éducation, expliquer dès le départ que les femmes ont les mêmes droits que les hommes, et fournir aux femmes les armes et les solutions adéquats pour pouvoir se défendre.

Pendant que nous nous enfermons dans débats idéologiques et stériles, des générations entières de femmes continuent de souffrir et de subir l'oppression masculine, et ce, partout dans le monde.

La rue doit être accessible aussi bien aux femmes qu’aux hommes, et qu’enfin sortir dehors ne soit plus ressenti comme un acte de transgression, de militantisme ou de revendication pour nous, les femmes. La honte doit définitivement changer de camp.

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