Nos frontières qui tuent et mutilent

Dimanche soir, A. réfugié kurde, a perdu ses deux jambes en tentant d'échapper à un contrôle de police. Ce drame vient s'ajouter aux 3 décès constatés dans la région de Calais depuis un mois. La politique migratoire menée par M. Macron met de plus en plus en danger la vie des réfugiés. Ce mépris à l'encontre d'une population en situation d'extrême précarité doit cesser.

C’est avec effroi, colère, et tristesse que j’ai appris que A., réfugié kurde a perdu ses deux jambes en se faisant percuter par un train, alors qu'il tentait d’échapper à un contrôle de police dimanche soir dernier près de Grande-Synthe.

J’ai rencontré A. lors de mes différents passages au camp de Grande-Synthe. Il participait à la préparation des repas quotidiens pour les réfugiés et voulait se rendre en Angleterre. Ses nombreuses tentatives de passages avortées se soldaient souvent par un “No luck last night”.

Si aucun de nos gouvernements ne prend ses responsabilités, d’autres décès, d’autres mutilations viendront s’ajouter à la liste des destins brisés dans une Europe devenue inhospitalière et incapable de prendre sa part dans l’accueil des réfugiés.

Il faut ajouter à cela une répression policière sans précédent, ce qui a valu à la France d’être épinglée aujourd’hui dans le rapport de Human Rights Watch sur un respect des droits humains qui serait à la carte et l'ambiguïté du discours d’Emmanuel Macron concernant l’accueil des migrants sur le territoire français.

Aucune politique humaine et bienveillante n’a réussie à éclore, en dehors d’actions menées localement par Damien Carême par exemple. Il semblerait au contraire que le choix du tout répressif soit acté, que tout soit mis en oeuvre pour dissuader les candidats à l’exil et les renvoyer massivement dans les pays d’origines sans prendre en compte les destins et particularités de vies de chacun.

L’usage excessif du gaz lacrymogène, de l'intimidation, le recours à des techniques toujours plus violentes et déshumanisantes pour rendre la vie des réfugiés et le travail des associations intenables, les humiliations quotidiennes, sont le reflet de cette politique répressive dans laquelle s’engouffre dangereusement Emmanuel Macron.

De quelle façon un président peut-il parler d’humanité dans ses discours alors que des hommes et des femmes meurent sur notre sol en tentant simplement de survivre, qu’un homme a perdu ses deux jambes parce que poursuivi par la police? Ne s’agit-il pas là plutôt  d’une chasse aux faibles orchestrée par le gouvernement français?

Mais alors combien de drames faut-il pour qu’enfin nos “politiques” se réveillent? Combien de vies brisées sur notre territoire, combien de décès, de personnes mutilées, d’enfants se retrouvant seuls pour que cesse ce mépris?

Car le mépris du faible, de la différence “normée” par nos politiques se solde irrémédiablement par des drames lors de contrôle de police, lors de tentatives de passage au Royaume-Uni. C’est pour cela que cette politique désastreuse doit se terminer au plus vite, pour que chaque vie humaine puisse compter, et qu’aucune d’entre elle ne soit gâchée et ne devienne illégitime en raison d’une politique flirtant avec la xénophobie.

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