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Billet de blog 20 juin 2022

Aux médiocres qui empêchent d’autres possibles

Malgré l'urgence sociale et écologique actuelle, les discours empreints de mauvaise foi de LREM nous confisquent l'idée d'autres possibles, et, tout en normalisant l'extrême-droite, viennent nous plonger dans une angoisse certaine quant à notre avenir.

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Il n’y avait rien à célébrer hier soir - hormis quelques victoires individuelles symboliques - à l’annonce des résultats des législatives. 89 sièges pour le RN, il n’y a effectivement pas grand chose pour se réjouir, au contraire, il faut une remise en question sincère suite à cette percée historique. En s'implantant durablement dans le paysage médiatique, les idées de ce parti d’extrême-droite sont devenues une norme. 89 sièges pour le RN, cela marque la fin du front républicain, pourtant réclamé par les équipes de Macron lors du deuxième tour de la présidentielle.

Qu’en sera-t-il dans cinq ans, quand à force d’invectives à l’encontre des forces politiques de gauche, le RN sera vu comme un adversaire acceptable ? Ce matin, sur France Inter, Olivia Grégoire rendait en grande partie responsable Mélenchon de la montée du RN dans le paysage politique actuel. La pensée est rabougrie et se perd dans les clichés, au même titre que les insultes entendues ces derniers jours. Les discours alternatifs proposés par la gauche sont d’emblée jugés comme “woke” ou “islamo-gauchiste”, et la NUPES se voit classée dans les extrêmes, au côté du RN, un parti fondé par entre autres Pierre Bousquet, ancien de la Waffen-SS. Ces comparaisons de la part du camp LREM montrent soit une méconnaissance terrible de l’histoire politique française, soit une utilisation dangereuse de raccourcis intellectuels visant à empêcher l’éclosion d’idées progressistes.

En plaçant dans l’urne un bulletin Macron le 22 avril, je n’avais pas d’autres attentes que d’éviter la victoire du RN, reléguant alors au second plan l’ensemble de mes convictions politiques. Je ne voulais pas du RN à la tête du pays. Le réveil ce matin est amer, alors que je vois cette vague rouge-brune s’implanter encore plus. Cela veut dire encore bouffer des débats racistes sur l’immigration, la sécurité, et qui sont à mille lieues des préoccupations premières des Français. 

La médiocrité actuelle, puisqu’aucun autre qualificatif me vient à l’esprit pour résumer les deux dernières campagnes politiques, nous empêche. En légitimant les thèses hasardeuses du RN, en rendant possible les effusions de joie hier à Hénin-Beaumont, nous abandonnons les générations futures à leur sort. 89 sièges à l’assemblée nationale rendent un parti légitime, peu importe le pourcentage d’abstentions. Ce parti continuera d’imposer ses thèses racistes et dogmatiques, et de donner l’illusion qu’elles sont majoritaires chez les français. Au lieu des les combattre, LREM s'engouffre à son tour dans la caricature et glisse dangereusement vers une droite extrême, ce qui, pour un président élu en partie grâce au front républicain, le déshonore.

Ma crainte est immense quant à l’avenir du débat politique, où les urgences climatiques et sociales dans lesquelles nous nous trouvons seront raillées par LREM et le RN, et empêcheront des nouvelles pistes de réflexions, sur l’écologie et la décroissance, le sauvetage du service public, la place du travail et la souffrance qui y est vécue, le féminisme (que dire quand Damien Abad conserve son poste de ministre malgré les témoignages de violences sexuelles le visant, l’affront est terrible).

Combien de temps allons-nous encore subir une politique de soin et d’urgence de la part de nos politiques ? Combien de temps encore allons-nous opposer des résistances à une politique de guérison qui pourtant est possible, même si elle demandera des sacrifices pour certains ? Doit-on continuer de payer de nos vies les inconséquences des classes dirigeantes ? Alors que nous avons crevé de chaud, dans nos appartements mal isolés toute la semaine passée et que prendre la ligne 13 en pleine après-midi résultait d'un exploit sportif, les premiers mots prononcés par la porte-parole du RN hier ont été immigration et la sécurité. 

En regardant ces revendications nationalistes devenir banales, l’inquiétude est totale.

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