Une ONG dénonce l'état d'urgence en Éthiopie.

Alors que le gouvernement français s'apprête à présenter un projet de loi visant à inscrire de façon durable l'état d'urgence dans le droit commun,une ONG éthiopienne, Human Right Council (HRCO) vient quant à elle de publier un rapport dénonçant les crimes et exactions commis par le pouvoir en place depuis l'instauration de l'instauration de l'état d'urgence en octobre 2016 en Éthiopie.

Fondée en 1991, Human Right Council est une ONG éthiopienne indépendante ayant pour but la défense des droits de l'homme, la promotion de la démocratie et d'un état de droit.Le 29 mai dernier, cette ONG a publié un rapport spécial de 49 pages dénonçant les différents dérives liberticides et sécuritaires du gouvernement de Haile Mariam Dessalegn depuis le décret de l'état d'urgence.

Le rapport du HRCO débute par un rappel des faits et de la situation en Éthiopie ces deux dernières années, soulignant alors les revendications territoriales des peuples Oromo et Amhara, et des différents affrontements ayant eu lieu entre manifestants et représentant de l'ordre. A l'aide de la carte ci-dessous, les différents points de tensions sont mis en évidence.

Carte Ethiopie - HRCO © Human rights council Carte Ethiopie - HRCO © Human rights council

Il est alors rappelé au lecteur les différentes mesures prises par le gouvernement pendant l'état d'urgence : liberté de mouvement limitée, liberté d'expression restreinte, les rassemblements interdits, de nombreux programmes TV et radios censurés car soupçonnés de véhiculer une propagande terroriste, « légalisation » de la violence à l'encontre des citoyens suite à une loi autorisant les forces de l'ordre à « prendre toutes actions nécessaires pour se défendre ».

Le HRCO pointe alors les difficultés rencontrées depuis l'instauration de cette loi, qui les empêche de pouvoir porter librement leur parole et idées sur des sujets politiques considérés comme sensible. Par ailleurs, toute communication avec des ONG étrangères est formellement interdite, le gouvernement arguant le fait que ces échanges pourraient nuire à la sécurité du pays.

Les investigations ont été menées par l'ONG en mai 2017 dans les régions Amhara, Omoro et au sud de l'Ethiopie (Zone Konso-Gedeo). Pour mener cette enquête, le personnel du HRCO a interrogé les familles des victimes, des témoins oculaires et dès que possibles, consulté les rapports gouvernementaux.

Le HRCO dresse alors un tableau des personnes tuées par les forces de l'ordre pendant la période octobre 2016 – mai 2017 et les raisons invoquées pour justifier ces morts. Toutes ces morts seraient dues à des activités d'oppositions politiques et des participations à des manifestations.

L'ONG se penche alors sur le cas des détenus pendant l'état d'urgence. Différents tableaux dressent un compte-rendu glaçant du nombre de personnes arrêtées et maintenues en détention. Les recherches font état de plus de 20000 personnes emprisonnées d'octobre 2016 à mai 2017. Le rapport souligne le fait que de nombreux citoyens ont été arrêtés sans qu'aucune charge ne leur soit notifiée, mais aussi que certains d'entre eux furent envoyés dans des camps militaires.

Le HRCO a également enquêté sur les conditions de détention des prisonniers. L'ONG dénonce des actes inhumains et que les traitements étaient bien en-deçà des normes internationales. Des cas de tortures tels que le non-accès à l'eau et à la nourriture, des marches effectuées pieds-nus sur des routes de graviers sous une chaleur accablante, des immersions dans des latrines remplies de besoins ont été constatées.

L'ONG éthiopienne fait état également de citoyens rapportant des cas de viol, de vol de terres, et de déplacements forcés. Étant donné la complexité dans laquelle les employés du HRCO ont du enquêter, toutes ces accusations n'ont pu être vérifiées, mais l'ONG précise qu'elle œuvre à poursuivre ses investigations pour établir les rapports les plus justes.

En conclusion, l'ONG demande à ce qu'une enquête internationale et indépendante soit menée afin d'établir la violation des droits de l'homme en Éthiopie, que les prisonniers soit libérés, que justice soit rendue pour toutes les victimes et familles, mais aussi que chaque citoyen concerné par les libertés individuelles dans le monde adresse au gouvernement éthiopien un message lui demandant de respecter les droits de l'homme.

 

NB : Le rapport a été initialement écrit en amharique et publié par le média en ligne Addis Standard. Atnaf Berhane, un activiste et blogueur éthiopien m'a fourni la copie anglaise du rapport du Human Right Council. Les 2 rapports se trouvent ci-dessous.

Lien vers le rapport original : https://ehrco.org/2017/05/stop-human-rights-violations-against-citizens-during-the-state-of-emergency/

Rapport HRCO (pdf, 3.7 MB)

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