L'étrange cas Tariq Ramadan et Henda Ayari

Depuis quelques jours, avec l’arrivée du hastag #balancetonporc sur twitter, les témoignages de femmes affluent pour dénoncer les cas de harcèlement sexuel dont elles ont été victimes, et nous ne pouvons que nous réjouir de cette libération de la parole. Or, je remarque que seule l’affaire Tariq Ramadan /Henda Ayari souffre d’un traitement bien différent.

Depuis quelques jours, avec l’arrivée du hastag #balancetonporc sur twitter, les témoignages de femmes affluent pour dénoncer les cas de harcèlement sexuel dont elles ont été victimes, et nous ne pouvons que nous réjouir de cette libération de la parole. Or, je remarque que seule l’affaire Tariq Ramadan /Henda Ayari souffre d’un traitement bien différent.

Il faut lire les arguments avancés par les divers partis : d’un côté, la fachosphère qui s’emballe. Elle tient son Musulman, et se rend coupable des pires clichés, de l’argumentaire le plus raciste et minable qu’il soit. Sans surprise, ces derniers se trouvent là où nous les attendions : dans les bas-fonds du misérabilisme.

De l’autre côté, les défenseurs de Tariq Ramadan, accusant Ayari d’être de petite vertu, d’être vendue au sionisme, allant même jusqu’à produire un faux dans lequel on accuse  l’écrivaine de reverser une commission de 5% sur la vente de ses livres à l’association « Europe Israël » dans le but de venir discréditer son témoignage.

Quand bien même Henda Ayari serait sioniste, quand bien même nous ne partageons pas ses idées, et à vrai dire, dans un cas de viol présumé, peu importe que les idées avancées par cette nouvelle militante d’une vision Fourestienne de la laïcité soient abjectes, nous ne pouvons pas nous taire, ou laisser des théories du complot s’installer dans le débat sur le harcèlement sexuel.

En effet, lors des polémiques racistes concernant le harcèlement de rue à la Chapelle et du café de Sevran, il avait fallu s’allier et se battre afin de démontrer que le harcèlement sexuel est bien l’affaire de TOUS. Du mec croisé dans la rue, du politicien libidineux à qui le pouvoir a ôté toute considération du sexe opposé, du patron pervers, ou de ce gars qui oublie la signification du mot consentement en soirée.

Car il faut lire les messages de haine sur le Facebook de Henda Ayari. Des attaques mesquines portées sur son physique, des appels au meurtre, des menaces, et autres allusions douteuses. Toutes les autres femmes ayant décidées de parler depuis l’affaire Weinstein ont bénéficié de nombreux soutiens légitimes. Mais pour Henda Ayari, le silence est roi.

Au même titre que je me suis indignée lorsque notre président a parlé du harcèlement sexuel en y associant automatiquement les quartiers qu’il juge « difficiles », je trouve scandaleux la vision binaire et les attaques avancées suite aux révélations de Henda Ayari.

Je n’ai aucune sympathie pour les idées de cette militante sur les questions touchant à la laïcité et ou sa vision réductrice de la ville de Saint-Denis, où selon elle, seule des femmes en niqab pourraient circuler, mais je n’oublie pas avant tout que depuis quelques semaines les femmes sont enfin entendues sur la question du harcèlement sexuel, et pour que ce mouvement perdure et soit crédible, chaque témoignage doit bénéficier de la même bienveillance.

C’est pourquoi nous devons apporter un soutien à Henda Ayari, au même titre que nous avons soutenu Sandrine Rousseau, Rose McGowan, les assistantes parlementaires, les milliers d’anonymes qui ont témoignées en ligne de la violence subie au quotidien. L’indignation à géométrie variable n’a pas sa place dans le débat sur le harcèlement sexuel et les violences faîtes aux femmes.

Sans quoi, nous nous rabaissons au niveau de ceux que nous combattons, de ceux que nous trouvons odieux et racistes, nous laissons un boulevard aux paroles de haine et réductrice de Valeurs Actuelles et Boulevard Voltaire. Sans quoi, notre parole, déjà fragile, deviendra inaudible, et la sincérité de notre indignation remise en question.

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