La parole aux concernées

«En te ré-crivant, je m’écris à nouveau. Je suis encore l’auteur, l’autorité. Je suis encore le colonisateur, le sujet qui parle et tu es maintenant au coeur de mon exposé.» bell hooks

Alors que je lisais un article sur le film Green Book, une citation de l’autrice bell hooks m’a interpellé :

“Je n’ai aucun besoin d’entendre ta voix car je peux parler de toi bien mieux que tu ne le pourras faire toi-même. Je n’ai aucun besoin d’entendre ta voix. Parles-moi seulement de ta douleur. Je veux connaître ton histoire. Et ensuite je te la redirai d’une nouvelle façon. Je te la raconterai de telle sorte  qu’elle sera devenue mienne, à moi. En te ré-crivant, je m’écris à nouveau. Je suis encore l’auteur, l’autorité. Je suis encore le colonisateur, le sujet qui parle et tu es maintenant au coeur de mon exposé.”

A l’heure où une nouvelle polémique raciste à propos du voile a encore monopolisé le débat public, dans un pays où l’islamophobie devient de plus en plus décomplexé, où les paroles de haine légitiment l’exclusion des femmes voilées (cf. les autres récentes polémique de Mennel, jusqu’à la présidente de l’UNEF). 

Quel chemin sommes-nous en train d’emprunter :

Celui d’une société éclairée, qui prendrait soin de chacun de ses concitoyens, indépendamment de leur couleur de peau, de leur genre, orientation sexuelle et religieuse.

Ou

Celui d’une société, comme le souligne bell hooks, qui confisque la parole d’une différence normée par elle-même (femme non-voilée versus femme voilée, athée versus religieux …) et de ce fait légitime et alimente des clichés tenaces.

Déconstruire le racisme, déconstruire des clichés passe par le fait de donner la parole aux personnes concernées par ces faits de violence. Une société ne peut pas avancer en excluant des citoyens ou en leur refusant une place pourtant bien légitime dans les débats publics.

Accorder toujours la parole à des personnes non concernées par des faits de racismes, de violences, ou de sexisme, est une continuation de la violence exercée sur les non-blancs et les femmes.

Par ailleurs, cette confiscation de la parole laisse sous-entendre que l’opinion d’Aurore Bergé et de Jean Quatremer sur la question du voile, vaut plus que celle d’une femme voilée, occultant le fait que ces derniers ne doivent sans doute rien connaître aux vrais combats féministes menés par les femmes musulmanes, et que l’intervention, par exemple de Hanane Karimi sur la question du voile ou autres thématiques féministes dans l’Islam aurait été sans doute plus éclairante que de lire "qu’une femme voilée dans l’espace public proclame qu’elle n’aura jamais de relation avec un non-musulman et que c’est violent.”   

 

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