Retour des violences en Ethiopie

Depuis l’assassinat de Hachalu Hundessa fin juin, célèbre chanteur éthiopien, mais aussi un des soutiens les plus actifs de la cause Oromo dès le début des protestations en 2015 en Ethiopie, des violences entre différentes ethnies se sont déclarées, laissant place à des images terribles de personnes agressées, tuées, de maisons et d’hôtels brûlés.

Depuis l’assassinat Hachalu Hundessa fin juin, célèbre chanteur éthiopien, mais aussi un des soutiens les plus actifs de la cause Oromo dès le début des protestations en 2015 en Ethiopie, des violences entre différentes ethnies se sont déclarées, laissant place à des images terribles de personnes agressées, tuées, de maisons et d’hôtels brûlés.

J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Atnaf Berhane, blogueur éthiopien, à propos de cette situation explosive, en pleine pandémie COVID-19, et sur les conséquences de ces dernières semaines de violences, dans un pays qui semblait pourtant sur la voie de la réconciliation il y a encore quelques mois.

Le meurtre du chanteur intervient dans un contexte particulier, celui de rivalités entre les différents groupes ethniques du pays (Oromo, Ahmara, Tigréens) après plusieurs années de conflits et de contestations du pouvoir en place.

Peu après l’annonce de la mort de Hundessa, plusieurs médias et officiels Oromos ont accusés les Neftegna (considérés comme étant des nationalistes Ahmara, personne au pouvoir, appartenant à l’élite en Ethiopie) d’avoir commandité le meurtre de ce dernier, et ont appelés la communauté Oromo à se révolter.

Ces appels ont été entendus et ont menés à des expéditions punitives contre les minorités Ahmara, et les chrétiens orthodoxes (considérés comme appartenant aux communautés du nord du pays) en région Oromo. La ville de Shashamane a été le théâtre de pillage, meurtre et d'incendie de maison. L’hôtel du célèbre marathonien Haile Gebrselassie y a été saccagé au prétexte que le coureur de fond appartiendrait à la communauté Neftegna.

La région Oromia se trouve toujours en état d’alerte, et le gouvernement éthiopien a renoué avec une vieille tradition en coupant et ou en limitant drastiquement l'accès à internet, puis en arrêtant l’opposant oromo Jawar Mohammed, un des détracteurs les plus virulents du président Abiy Ahmed. “Les charges pesant contre Mohammed ne sont toujours pas claires” me précise Atnaf Berhane.

Le blogueur m’explique ensuite que l’enquête sur le meurtre du chanteur a démontrée que la branche armée du groupe FLO (Front de Libération Oromo) serait en réalité à l’origine de cet acte de violence. “En effet, poursuit Atnaf, la branche armée FLO-Shene a pris ses distances avec le Front de Libération Oromo, suite à des différends internes. Shene souhaite l’indépendance de la région Oromia, alors que les dirigeants du FLO ont signés des accords de paix en 2018 avec le premier ministre Abiy Ahmed” 

Le meurtre du chanteur aurait été commandité après un interview de ce dernier dans lequel il était très critique vis à vis des actions du groupe Shene.

A ce nouveau regain de violence en région Oromia, il faut ajouter le report des élections en raison du COVID-19, ce qui a été plutôt mal accueilli  dans la région nord du pays, (région historiquement dominée par les Tigréens). Le président de la région a même évoqué “la possibilité d’une guerre” lors d’un passage à la télévision. 

Atnaf  Berhane conclut notre échange sur une note pessimiste :” La situation ne semble pas s’améliorer, au contraire. Les groupes ayants des intérêts politiques différents, ils n’hésitent pas à utiliser le moindre événement pour prendre l’avantage d’une situation, au détriment de la stabilité du pays.  Il y a eu plus de morts en raison des conflits que du COVID-19 sur la même période”

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