Les poupées russes de Donald Trump

24 jours après sa nomination par le président au poste de conseiller pour la sécurité nationale, le général Michael Flynn a été contraint de démissionner pour ses conversations téléphoniques un peu trop cozy avec l’ambassadeur de Russie durant la transition présidentielle.

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C’est une nouvelle douche froide pour Donald Trump. Et là, l’affaire est un peu plus sérieuse que des gaudrioles avec des péripatéticiennes moscovites. Son conseiller pour la sécurité nationale, le général Michael Flynn, s’est fait prendre comme un bleu, lors de ses voeux téléphoniques avec l’ambassadeur russe Sergey Kislyak, enregistrés par le FBI et la CIA le 29 décembre.
Comme l’a révélé le Washington Post, le général Flynn, aurait, avant l’investiture de Trump, suggéré à l’ambassadeur russe de ne pas faire grand cas du renvoi de 35 officiels russes par l’administration Obama, qui soupçonnait Poutine de manoeuvres dans l’élection présidentielle américaine, en faveur de Donald Trump.
La teneur d’une telle conversation contrevient au Logan Act, une loi obscure, vieille de 200 ans et jamais invoquée, qui interdit aux citoyens américains de négocier avec un gouvernement étranger sur des disputes impliquant le gouvernement américain.

Le pirojki était trop chaud

Les dénégations apportées par Flynn sur le contenu de ses conversations, puis par le vice-président Mike Pence, n’ont pas résisté aux interceptions du FBI. Le 26 janvier, le ministère de la Justice, par la voix de Sally Yates, - débarquée quelques jours plus tard pour son opposition au décret présidentiel interdisant l’entrée des réfugiés et des ressortissants de 7 pays en proie à la guerre et au terrorisme-  alertait la Maison Blanche sur les mensonges de Michael Flynn et le risque de chantage dont il pourrait faire l’objet par la Russie. Acculé par les faits, le président, qui, dans sa « réalité alternative » a toujours nié que son équipe de campagne ait eu des liens avec les services de renseignement russes, a du se résoudre à démissionner le général. Le Furieux-in-chief, indigné par ces « fuites » qui contredisent sa vision du protocole et des relations internationales, tweetait: « Le vrai scandale ici, c’est qu’une information classifiée est illégalement distribuée comme un bonbon par les services « d’intelligence ». Très anti-américain! ».

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Après Paul Manafort, ex-directeur de campagne et Carter Page, ex-conseiller de Donald Trump, Flynn est la troisième matriochka à dévisser sous le coup d’une investigation du FBI pour des contacts répétés avec des dignitaires russes, sans qu’aucune preuve tangible n’ait pour l’instant été rendue publique pour étayer les allégations d’une action coordonnée de l’entourage de Trump avec les renseignements russes dans le but d’influencer le résultat des élections.

Du côté du parti Démocrate, les leaders des représentants au Congrès voient dans les interactions de Flynn et des ex-conseillers de Trump, une base pour un nouveau Watergate et une eventuelle destitution du président, en plus de ses conflits d'intérets non élucidés. Pour cela, ils appellent à une commission d’enquête indépendante pour continuer de sonder la nature des liens de Trump avec le Kremlin.

A droite comme à gauche, on reste plus circonspect. Hormis John Mc Cain, l'innamovible sénateur d'Arizona, qui se dit  "troublé par les dysfonctionnements de l'appareil de sécurité nationale", la plupart des autres républicains à Washington sont restés très discrets sur ces liaisons dangereuses.

L’aile gauche du parti démocrate, quant à elle, suspecte l’establishment du parti d'utiliser l’argument russophobe pour se refaire une virginité sur ses responsabilités dans l’échec d’Hillary Clinton.

Qu’est-ce qui mijote dans le Borscht?

Avant de rouler pour Donald Trump, en chantant à tue-tête dans les meetings «Enfermez-la!» à propos d’Hillary Clinton, le général Flynn, considéré par certains militaires comme un des plus brillants de sa génération, ou comme un « cinglé » selon le général Colin Powell, a été contraint à une retraite un peu anticipée en 2014, lorsqu’il était à la tête du service d’intelligence du Pentagone. En cause, les critiques ouvertes du général sur la stratégie d’Obama dans le conflit syrien et contre le terrorisme, ainsi que son comportement abusif avec son staff, ou ses penchants islamophobes.

Les fuites qui ont conduit à la démission de Flynn illustrent les tensions entre les républicains orthodoxes et la garde rapprochée autour de Steve Bannon au sein de la Maison Blanche, ainsi que le bras de fer qui oppose le président Trump aux services d’intelligence, dont il ne cesse de mettre en doute et dénoncer les conclusions.

La Maison Blanche a répliqué à la démission forcée de son conseiller en faisant savoir que le président envisageait de confier une mission d’évaluation des agences de renseignement à Stephen Feinberg. Ce milliardaire new-yorkais, à la tête d’une société d’investissement qui gère, entre autres, une firme de sécurité privée sous-traitante de l’armée, est un proche de Steve Bannon et de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump.
L'annonce est perçue comme une menace pour l’indépendance de la communauté du renseignement, et comme une tentative d’expurger les agences des personnels dissidents à la ligne politique chaotique et controversée du pouvoir exécutif.

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Ces démêlées n’ont pas fini d’épuiser les secrets d’un Etat de plus en plus désuni, ni le sens de l'humour des Américains, comme en témoigne cette image projetée de Trump et Poutine enlancés sur les facades Brooklynites, pour promouvoir un site de rencontre mettant en contact les candidats liés...par une haine commune! Sans blague.

Reste encore un mystère à percer: où est passé Melania, l’introuvable Première Dame?

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