Donald Trump, la tentation du pire

A l’approche du premier débat entre Hillary Clinton et Donald Trump, et à 48 jours des élections présidentielles, il flotte un vent de panique du côté démocrate. Le führer du parti Républicain a le vent en poupe et révèle les pires penchants de l’Amérique.

th


Donald Trump ne fait plus rire. Il y a un peu plus d’un an, la candidature du milliardaire grotesque était apparue comme une farce. Aujourd’hui, il talonne dans les sondages une Hillary Clinton affaiblie par une pneumonie, à peine audible, et sans cesse rattrapée par son passé et ses démons  - ses liens avec les milieux financiers, ses e-mails, sa politique étrangère, la fondation Clinton… - . Le problème d’Hillary Clinton, outre son bilan de santé, c’est aussi son bilan politique scruté et documenté depuis des décennies. Le magnat hôtelier a beau avoir son lot de procès, de dépôts de bilan et d’arnaques en matière de business, il n’a pour l’instant aucun échec politique à son actif et que des promesses, aussi effrayantes et incohérentes soient-elles. 

greattrump-500-302

Depuis les primaires républicaines, Donald Trump mène le show. Car il faut bien reconnaitre à la star mégalomane du jeu télévisé The apprentice, des talents de communicateur hors-pair pour faire monter l’audimat. Comme le dit Leslie Moonves, patron de CBS, « La candidature de Trump n’est peut-être pas bonne pour l’Amérique, mais elle est sacrement bonne pour CBS. L’argent (de la pub) coule à flot et c’est drôle… Ca va être une très bonne année pour nous. Désolé, c’est terrible à dire. Mais, vas-y Donald, continue! ».

th-2


La technique de discours de Donald Trump a fait ses preuves: jouer de la gâchette sur twitter, pulvériser ses adversaires à coups d’épithètes triviaux et dévalorisants, d’insultes, d’insinuations ou de menaces à peine déguisées. En véritable activiste et publiciste, il pratique de manière brutale l’occupation permanente des médias pour imposer sa narration de faits réels ou imaginaires, et imposer dans les esprits son agenda répressif, anti-immigration, anti-égalitaire, anti-taxes. Qu’importe si les propos de Trump qui font le tour du web s’avèrent le plus souvent opportunistes, incohérents, mensongers et incendiaires. Ce matraquage efficace et peu couteux alimente les conversations, pompant le peu de temps de cerveau utile qu’il nous reste, déjà bien endommagé par le doute et toutes les thèses conspirationnistes qu’on ramasse en surfant sur la toile.

 

th-4

Bon gré, mal gré, le parti républicain, il y a peu ringardisé et arc-bouté sur sa politique d’obstruction, a vu en Donald Trump un cheval de Troie pour reconquérir la Maison Blanche. Comme le peuple des Minion, des millions d’Américains caressés dans le sens du poil, ont trouvé leur super-vilain et leurs cohortes de bouc-émissaires - immigrés latinos, musulmans, free-loaders (assistés), libéraux -. 

Admirateur du grand ‘démocrate’ Vladimir Poutine, Donald Trump a récemment recruté pour directeur de campagne Stephen Bannon. Tour à tour banquier, producteur de films, et réalisateur de documentaires, Steve Bannon, qui s’identifie volontiers à la propagandiste nazie Leni Riefenstahl, est un des piliers du site Breitbart, vitrine de l’ « Alt-right » - droite alternative - suprémaciste, nationaliste, antisémite, anti-multi-culturaliste, et dont les Clinton et Obama sont des cibles favorites.

th-6

 

En dépit des espoirs et des ambitions, le bilan de l’administration Obama au terme de huit ans, s’avère mitigé. Pour la working-class et la middle-class blanche, dont l’ascenseur social est en panne depuis vingt ans, et dont le rêve américain s’effondre au niveau de salaires de survie et des reality-shows, la menace du vote Trump représente un coup de pied au cul de l’establishmentLe soutien renouvelé du président aux traités de libre-échange impopulaires, actuellement contestés par les deux candidats en campagne, ajoute à la déception. Le parti démocrate a-t-il loupé l’occasion de se doter d’un super-héros, susceptible de porter, dans la lignée d’un Franklin  D. Roosevelt, des réformes de fond pour reconquérir le vote populaire, jeune et indépendant? 

th-7

Lors du prochain face-à-face avec son adversaire le 26 septembre, Hillary Clinton sera particulièrement sur la sellette pour convaincre les électeurs de sa crédibilité à incarner un changement positif, et surtout, les convaincre de se déplacer pour aller voter. A défaut, les récentes attaques terroristes à caractère islamiste perpétrées dans le Minessota et à New York risquent de renforcer l’adhésion à la rhétorique totalitaire de Trump en matière de contrôle aux frontières et de la société civile. Un quitte ou double à haut risque pour la démocratie, tant l’explosion d’une autre cocotte-minute pourrait disperser les voix d’un électorat désabusé, et de plus en plus volatile.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.