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Billet de blog 10 janvier 2026

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Les petites omissions de Bernard-Henri Lévy

Bernard-Henri Lévy, qui dit se réjouir des dernières actions de Trump, affirme que le droit international n’est pas mort à Caracas mais à Sarajevo, Marioupol, Kigali, Alep et Khartoum, en oubliant, mais est-ce un oubli, de mentionner par exemple Tripoli et surtout Gaza. Cynisme ou Alzheimer ?

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Dans son énumération des villes où le droit international aurait été enterré depuis longtemps, BHL oublie donc de mentionner deux des événements les plus graves qui ont entraîné, ou qui entraînent, l’instauration d’un chaos généralisé et d’un renoncement volontaire à toute idée de droit international. Toutefois, parmi les villes qu'il cite, il ne précise pas toujours à quoi il fait allusion. Pour Sarajevo, parle-t-il de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinant, qui a déclenché la première guerre mondiale, la plus meurtrière de l’histoire, ou du long siège de Sarajevo à la fin du XXe siècle, marquée la dislocation de la Yougoslavie ? Pour Kigali, BHL nous laisse bien plus perplexes. Le droit international a-t-il été enterré du fait du génocide perpétré par le pouvoir Hutu, scandaleusement soutenu par la France, à l’encontre des Tutsi, ou du fait de la victoire de ces derniers et de l’arrivée au pouvoir de Paul Kagamé ? Et cette guerre au Rwanda a-t-elle marqué la fin du droit international ? Allez, encore un exemple pour la route : Alep, théâtre de la fin du droit international selon notre grand philosophe et humaniste à la mémoire sélective. Veut-il mettre en avant la bataille d’Alep, théâtre au début des années deux mille dix d’un affrontement entre le dictateur sanguinaire Bachar al Assad et le non moins criminel État islamique (pour vous épargner les détails des factions impliquées), ou le bombardement ces derniers jours des quartiers kurdes de la ville ?

Pardonnons à BHL ses apparentes ambigüités et parlons plutôt de ce dont il « oublie » de parler. Il aurait pu citer, dans sa liste, la Libye et l’assassinat de Khadafi, suivi de la chute du régime et de l’indescriptible chaos qui a conduit à l’ouverture de l’arsenal du pays et son pillage par les terroristes islamistes, qui ont ainsi pu se lancer dans la déstabilisation du Sahel et constituent aujourd’hui une menace réelle pour la plus grande partie de l’Afrique subsaharienne. J’ai fait le sacrifice d’acheter et de lire son torchon de plus de 600 pages, intitulé « La guerre sans l’aimer », dans lequel il s’autoglorifie page après page et prétend même avoir rédigé pour « ses amis » la nouvelle constitution du pays. La résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU prône la défense de la souveraineté de la Libye et de l’unité nationale des population arabes du pays. Cette résolution portait sur la protection des populations civile menacées et sur l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne, mais n’autorisait pas les frappes aériennes. L’interprétation très élargie qu’ont fait la France et l’Angleterre de cette résolution et les manœuvres diplomatiques de Sarkozy, inspiré par son vizir BHL ont conduit au chaos que l’on sait et pourraient bien constituer une violation du droit international, sur laquelle BHL omet de revenir, ça va de soi.

Mais le plus grave trou de mémoire du play-boy philosophe est sans aucun doute le génocide en cours à Gaza, perpétré par son ami Netanyahou, actuellement sous mandat d’arrêt international émis par la CPI et violé, entre autres, à deux reprises par la France, pourtant signataire du Traité de Rome. En matière de droit international, l’état d’Israël fait figure de champion toutes catégories depuis sa création, mais BHL n’est pas au courant. Il ne sait pas non plus que l’impunité totale et le soutien politique et militaire accordés aux génocidaires par nos grandes et exemplaires « démocraties occidentales » marquent l’avènement d’un nouvel ordre mondial, où les plus forts peuvent attaquer n’importe quel pays (pourvu qu’il dispose de ressources naturelles intéressantes) et où, pour le coup, le droit international semble avoir définitivement sombré.

En conclusion, je ne peux recommander à BHL que d’aller consulter de toute urgence, car je crains un début d’Alzheimer.

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