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Réflexions de mon amie la margouillate.
20 ans avec Léo poète, 19 avec le grand Diouf (environ 2 m) et 12 avec Ndiombor (le lièvre Wade) : bon an, mal an, le pays avançait lentement, très lentement, mais dans la paix, et l’alternance s’ouvrait naturellement sur de nouveaux espoirs. Des espoirs le plus souvent douchés, mais qu’attendre d’autre quand un pays qui reste prisonnier d’une monnaie qui l’étouffe et d’un colon qui ne veut pas renoncer aux dividendes du Pacte colonial ?
Le quatrième timonier aurait peut-être dû comprendre (mais Macron commit la même erreur) que sa victoire dans les urnes n’était pas le reflet d’un enthousiasme délirant des électeurs mais du rejet de Wade, qui n’avait pas accepté l’esprit de la constitution limitant à deux les mandats d’un président. À l’instar de Macron, Macky Sall a choisi de ne pas écouter la voix de son peuple. Son élection dès le premier tour pour un deuxième mandat avait déjà suscité une polémique, après l’éviction de ses principaux concurrents (Khalifa Sall, Karim Wade et Barthémély Dias) par des moyens que beaucoup jugent plus que discutables, mais l’incertitude qui plane aujourd’hui quant à sa candidature à un troisième mandat et l’acharnement dont le pouvoir semble bien faire preuve depuis de nombreuses années à l’encontre du principal opposant du moment ont allumé un feu qu’il est aujourd’hui urgentissime d’éteindre.
La solution semble pourtant à portée de la main, et le président pourrait peut-être être la déployer en trois temps : annoncer dès le 25 juin très officiellement qu’il ne se présentera pas à un troisième mandat, que les enquêtes ouvertes à la suite des émeutes de juin suivent leur cours et que la justice, après avoir constaté quelque vice de procédure de nature à annuler le jugement rendu, envisage de rejuger Sonko (cette porte a justement, et sans doute intentionnellement, été entrouverte lors de la conférence de presse du 15 juin dernier). Dans un second temps, les enquêtes concluraient à une mauvaise interprétation des consignes par certains éléments des forces de l’ordre et par un comportement inapproprié des collaborateurs de la police opérant en tenue civile (dont l’existence avait été reconnue en 2021 par le ministre de l’Intérieur de l’époque). Enfin, un nouveau procès de Sonko se solderait par un verdict ne l’empêchant pas de se présenter en 2024.
Ce n’est probablement que dans ces conditions que la paix reviendra à Dakar et dans le reste du pays et que les Sénégalais cesseront de se sentir méprisés et pourront dignement et librement décider de leur destin, en jugeant, selon la formule consacrée, « projet-contre-projet » et non pas « par défaut ».
Ainsi pensa mon margouillat.
Amitiés fraternelles.