Le grand remplacement des prénoms

Selon un polémiste bien connu prénommé Éric (Saint patron de la Suède), il suffirait de franciser son prénom pour ne plus être discriminé. Si Mohamed ne trouve pas d’emploi et si Aminata fait toujours des ménages, c’est à eux-mêmes qu’ils le doivent.

À en croire notre nouveau penseur, qui se prépare à voler de minaret en clocher jusqu’aux portes de l'Élysée, la discrimination et le racisme seraient des maladies génétiques incurables auxquelles il serait vain de s'attaquer et contre lesquelles il n'est point de vaccin. Le malade ne pouvant être traité, il convient donc de le tromper sur la marchandise et de lui faire prendre des vessies malodorantes pour des lanternes d’où jailliraient nos précieuses Lumières. Et les preuves sont là : une lettre de candidature de Jean-Pierre Ben Abdelaziz Al Malik aurait plus de chances de déboucher sur un emploi que celle de son frère Mohamed.

Devant un constat aussi clair, on ne peut selon Gargamel qu’en conclure non pas qu’il serait bon de ne plus regarder l’autre comme un paria mais que le fils du bicot récalcitrant n’a qu’à changer de prénom et qu’il ne tient donc qu’à lui de trouver un emploi sans même avoir à traverser la rue, les mauvaises langues allant même jusqu’à insinuer qu’il le ferait exprès, préférant un bon narguilé entre potes du bled payé par le contribuable au café de la cantine entre collègues chez Renault.

Pour les gens de couleur, la solution devra bien sûr également venir des véritables coupables du racisme, à savoir tous ces fainéants de noirs qui refusent de changer de couleur. Certains ont bien la chance d’être atteints de vitiligo mais pour les autres, ce ne sont pas les produits qui manquent pour dépigmenter la peau et décrêper les cheveux, que l’on peut ensuite aisément décolorer, pour un effet encore plus stupéfiant. Gertrude Diallo pourrait ainsi sans doute monter demain en grade chez Accor, dont elle nettoie les chiottes depuis si longtemps par pur entêtement.

Quant à notre penseur, je lui conseille, s’il veut aller un jour tester le confort du canapé de Jupiter, de s’y préparer en troquant son prénom contre celui, répandu chez nous depuis le Moyen Âge dans ce qui n’était pas encore un hexagone, d'un célèbre président de la République française : Adolphe.

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