(Alpha)bêtisation

L’éducation est une condition sine qua non du développement. L’aide au développement doit par conséquent privilégier l’éducation. C’est du moins ce que clament tous nos dirigeants en visite en Afrique, comme Macron du balcon de la chambre de Jean Mermoz à l’Hôtel de la Poste. Alors pourquoi un tel écart d’alphabétisation entre nos ex-colonies et le reste de l’Afrique ? Honni soit qui mal y pense…

Il faut me croire, sama xarit (mon ami) : point de malice dans ce que je glisse aujourd’hui sous tes yeux, juste un peu de stupeur. Plongé dans la lecture du numéro spécial de Jeune Afrique intitulé « l’État de l’Afrique en 2017 », je décidai d’examiner où en était l’alphabétisation de cette population que l’on dit tant vouloir aider. Il suffit de lire comme marchent les crabes, un peu en biais, pour découvrir une réalité à laquelle il t’appartiendra de réfléchir au coin du feu, si tu le veux. En Afrique de l’Ouest, le taux d’alphabétisation des pays francophones est en moyenne de 38 %, contre 80 % pour l’Afrique australe, non francophone. Au Niger, par exemple, chez l’ami Issoufou, 8 citoyens sur dix ne savent lire ni écrire. Voilà qui fait certainement l’affaire des éleveurs de têtards dont je t’ai parlé en d’autres occasions. L’ignorance des uns justifie la présence des autres…

Curieusement, un seul candidat à l’Élysée consacrait lors des dernières joutes un paragraphe entier aux formidables opportunités que présente l’Afrique : tu n’y trouveras que des histoires de PIB, d’idyllique croissance, de téléphonie mobile, d’Internet, de concurrence des Chinois, Russes et autres prédateurs et de milliardaires de plus en plus nombreux sous les tropiques, mais rien sur l’éducation, rien sur la pauvreté, rien sur ses frères et ses sœurs, rien sur le riz qui leur manque parfois, rien sur le petit qui, dans le noir, ne lira pas. Ce candidat, sama xarit, est une candidate…évadée de la marre aux têtards dans laquelle, parfois, elle vient patauger.

À bientôt.

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