Agrandissement : Illustration 1
Quelques dizaines de cas confirmés au Sénégal, pas de décès pour le moment. Mais le cataclysme qui s’abat sur le monde force naturellement à la prudence. Depuis mercredi dernier, le trafic de l’Aéroport International Blaise Diagne se réduit aux cargos, vols militaires et vols spéciaux. Les frontières terrestres sont également fermées. Événements sportifs, messes dans les églises et prières du vendredi dans les grandes mosquées sont annulés afin d’éviter les grands rassemblements. À l’entrée des supermarchés, un membre du personnel vous offre un peu de gel hydroalcoolique, les caissières portent toutes des masques, ainsi que les préposés aux rayons boucherie, fruits et légumes et poissons.
Agrandissement : Illustration 2
Et c’est à peu près tout. Non pas parce que les autorités sont irresponsables (elles communiquent de façon très intensive sur les dangers du coronavirus et les fameux « gestes barrières »), mais parce qu’un confinement tel qu’il est pratiqué dans les pays développés aurait beaucoup de mal à être instauré dans des pays où la vie se déroule à l’extérieur. Les supermarchés sont réservés à une frange relativement élitaire de la population. Le principal souci d’un citoyen dans un pays où le PIB par habitant tourne autour des 1000 dollars par an, c’est celui de nourrir sa famille au quotidien. Stocker des aliments et rester chez soi suppose en premier lieu que l’on ait les moyens d’acheter de la nourriture à l’avance, ce qui est loin d’être le cas pour beaucoup, et en second lieu de pouvoir la conserver, ce qui représente un problème, sans réfrigérateur, lorsque la température avoisine les 35 degrés dans la journée. Ensuite, ne pas sortir signifie aussi ne pas avoir d’activité économique susceptible de garnir la gamelle le soir. Dans une économie largement informelle, seul le labeur quotidien peut nourrir. L’essentiel des vendeurs sur les trottoirs des villes mangent le soir grâce à ce qu’ils ont vendu dans la journée. Immobiliser les 2 500 pirogues de Saint-Louis revient à peu près à déclencher une famine. Les marchés alimentaires, le plus souvent d’énormes concentrations de vendeurs et acheteurs, sont également indispensables à la survie de la population, et il n’est pas facilement imaginable de demander à chaque individu de cette foule de respecter une distance d’un mètre par rapport à son voisin.
Le confinement semble donc ici relever de la science-fiction.
Le second problème, et de loin le plus grave, est celui de la réponse d’un système hospitalier qui ne tiendrait pas longtemps en cas de propagation rapide du virus, comme aujourd’hui en Italie et dans le reste de l’Europe. Je laisse le soin aux spécialistes de comparer les systèmes de santé européens et ceux (que tous nos dirigeants promettent d’instaurer depuis plus de 60 ans) de nos anciennes colonies, pratiquement inexistants. Je doute que Macron envoi des avions militaires évacuer les patients en détresse respiratoire.
Il ne reste qu’une seule chose à faire : appeler tout le monde à prier, même les athées, pour que ce satané virus ne résiste effectivement pas à la chaleur. À moins que quelqu’un ait une meilleure idée.