La fin de la récréation

Qui a remplacé qui, quand et comment ? Le temps efface les pires injustices et la morale du vainqueur étouffe celle du vaincu. Comme un manteau de neige, le temps croit effacer les traces des premières nations. Mais le climat, se réchauffant, fait aujourd’hui fondre la neige, et le ruissellement de l’eau redonne vie aux civilisations perdues.

La fin de la récréation © A.H.G. Randon La fin de la récréation © A.H.G. Randon

Bien avant de s’en prendre au poumon de la planète et de brûler l’oxygène dont nous aurons besoin demain, l’homo capitalisticus s’est employé, sponsorisé par les monarques ibériques, à piller l’or des Incas et l’âme des Aztèques, Pizarro et Cortés s’efforçant de faire disparaitre les preuves de leurs crimes par les moyens alors à leur portée, le génocide à l’arme blanche et la poudre à canon. « Couvrez cet or que je ne saurais voir », telle était la devise de missionnaires heureux de fuir, avec leurs livres interdits, les foudres de l’Inquisition.

Un peu plus tard, des Irlandais fauchés, vite suivis d’autres européens tout aussi démunis, se ruèrent sur le nouveau monde, autre mamelle des Amériques, dont ils anéantirent, pour quelques poignées de dollars et en toute impunité, hommes et tatankas. La disparition des seconds affama les premiers, ce qui accéléra la chute de leurs plumes.

Plus tard encore, avide de (terres) vierges, l’homo capitalisticus hyperliberalus, désormais jaloux dépositaire d’une rayonnante civilisation dite des « Lumières », s’intéressa à une très grosse île (que dis-je une île, c’est un continent !), plus proche, plus riche, à croquer de toute urgence et sans modération. Trouvant l’autre rivage de la Mare Nostrum tout à fait cultivable, il vint s’y installer, asséchant l’oasis des bédouins dépités et édictant des lois ô combien scélérates. Plus au sud, l’ébène étant trop noir et l’air irrespirable, nos sages éduquèrent quelques-uns des sauvages parmi les plus dociles qu’ils chargèrent ensuite, aidés de leurs curés aux mœurs parfois douteuses, de protéger leurs intérêts, au besoin par les armes, promettant en retour de garder leurs fétiches dans de jolis musées dédiés à l’art nègre. Mais si l’or (noir) abonde encore, le riz sous les tropiques se fait aujourd’hui rare et, comme coqs sans tête, nous courons sur le rivage en les voyant au loin s’abattre sur les eaux, ces hordes menaçant d’extinction nos lumières.

Ayn Rand est obsolète. Il faut siffler sans plus attendre la fin de la récréation. Il nous faut vérité, justice et rébellion. À moi Cheikh Anta Diop, Molière, Geronimo !

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