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Billet de blog 26 oct. 2021

L’antisionisme est la forme réinventée de l’antisémitisme (E. Macron)

Emmanuel Macron, qui attache souvent plus d’importance à l’esthétique de ses formules qu’à la clarté de leur contenu (« il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse ») et dont un des films préférés est de son propre aveu Les Tontons Flingueurs, n’hésite pas à flinguer la diversité politique et culturelle en mélangeant sciemment serviettes et torchons.

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Antisionisme

Si l’on s’en tient à la définition du dictionnaire, le sionisme est un mouvement né vers le milieu du XIXe siècle et précisé dans le manifeste de Theodor Herzl « L’Etat des Juifs », qui visait « la création d’un foyer national juif ». Avec la naissance de l’État d’Israël en 1948, il faut donc logiquement considérer que, l’objectif étant atteint, ce mouvement a cessé d’exister. L’antisionisme « historique » est donc un combat politique qui ne s’exprime que dans les discours visant à revenir à la période antérieure à la création du foyer national juif et s’y opposant, contestant de ce fait l’existence de l’État d’Israël, voire appelant à sa destruction. L’Iran est l’exemple qui illustre le mieux l’expression de cet antisionisme historique radical.

Mais l’antisionisme n’a pas cessé d’exister et, bien que n’appelant pas à la destruction de l’état d’Israël, s’exprime aujourd’hui sous forme d’opposition à cette forme réinventée du sionisme qui consiste à viser l’expansion territoriale de ce « foyer national juif » ainsi qu’à toutes les manœuvres du gouvernement israélien visant à faciliter cette expansion, comme l’annexion du plateau du Golan et celle, projetée, de la vallée du Jourdain, l’épuration ethnique de Jérusalem-Est, la construction d’implantations juives en Cisjordanie, l’utilisation systématique du terme biblique de « Judée-Samarie » pour désigner ce territoire en en revendiquant la propriété, la politique discriminatoire, voire aujourd’hui d’apartheid conduite à l’égard des Palestiniens, le blocus de Gaza, la promesse chaque jour plus affirmée d’une nouvelle Nakba, etc., etc.

Face à cette nouvelle forme du sionisme, la nouvelle forme de l’antisionisme reste donc l’expression d’une opposition politique et ne viole en ce sens aucune loi ni règle, sauf dans les pays totalitaires pénalisant toute idée politique contraire à celles du pouvoir en place, ce qui n’est heureusement pas (encore) le cas de l’Hexagone.

Antisémitisme

L'antisémitisme est selon la définition du Larousse (et non de l’IHRA, dont le but semble être de faire tomber cette cloison déjà malmenée par Macron en assimilant l’expansionnisme d’Israël au « droit à l’autodétermination des Juifs » et le refus de ce droit à de l'antisémitisme), une « doctrine ou attitude systématique de ceux qui sont hostiles aux juifs et proposent contre eux des mesures discriminatoires ». D’autres définitions précisent, « les juifs en tant que groupe ethnique, religieux ou supposément racial ». « Supposément », en effet, car le terme de sémite désigne non pas une race mais « un ensemble de peuples du Proche-Orient parlant ou ayant parlé dans l’Antiquité des langues sémitiques », dont l’hébreu, mais aussi l’arabe et quantité d’autres langues, comme l’amharique et le tigrigna (parlés en Éthiopie et en Érythrée) , ou même le maltais. Bien que tous ces locuteurs soient des sémites, tout le monde comprend que dans le langage courant, l’antisémitisme ne vise que « le peuple juif », qu’il soit d'ailleurs sémite ou non, car les Juifs ne parlant pas l’hébreu sont encore nombreux dans le monde.

L’antisémitisme est donc cette forme de racisme ethnique, religieux ou « racial » indéfendable qu’il convient (au même titre que le racisme à l’égard des populations noires, arabes ou musulmanes) de combattre avec la plus grande énergie dans le monde et notamment en Europe, où il a été au siècle dernier poussé bien au-delà des portes de l’horreur.

L’antisionisme est la forme réinventée de l’antisémitisme 

Les explications qui précèdent obligent à se poser quelques questions sur cette déclaration controversée de Macron en 2017, prononcée  à l’occasion de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv et dont le but était peut-être de faire plaisir à son invité Benyamin Netanyahou. En assimilant une prise de position politique à une forme de racisme, Macron déclare explicitement qu’il est inacceptable de s’opposer à la politique (sioniste) de l’État d’Israël visant à agrandir son territoire et reconnaît en quelque sorte que la création du foyer national juif n’a pas pris fin avec la naissance de l’État d’Israël en 1948 et constitue encore une œuvre inachevée. Qualifier de racistes les opposants à cette politique expansionniste déjà anticipée et condamnée par De Gaulle en 1967 constitue une prise de position que chacun est en droit de contester. En outre, si l’on suit le raisonnement de Macron, la partie, non négligeable, de la population israélienne qui s’oppose aux annexions et à la poursuite de la colonisation des territoires palestiniens, contraires au droit international, serait donc elle aussi coupable d’antisémitisme envers…elle-même.

Je ne sais pas de quoi le macronisme est la forme réinventée, mais il me semble urgent de le grand-remplacer.

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