Sénégal : Une assemblée fantoche vote une loi fasciste

En faisant adopter ce vendredi 26 juin par l’Assemblée nationale une nouvelle loi sur le terrorisme, Macky Sall vient de tourner définitivement le dos à la démocratie. Désormais, comme au Tchad, les opposants politiques porteront le nom de terroristes.

L’opposition est prévenue, la rue lui sera désormais interdite et ses chefs iront, comme dans le bon vieux jeu du Monopoly, « directement en prison sans passer par la case départ » à la moindre incartade. Pour tester ce nouvel état de non-droit, les manifestants rassemblés hier à Dakar place Soweto et place de la Nation pour protester contre le recul démocratique que représente ce vote ont été dispersés sans ménagements et les leaders du mouvement M2D ont été arrêtés par la police et la gendarmerie. Selon le mouvement M2D, certains de ces leaders auraient même subi des « sévices corporel », signale le journal en ligne WalfNet.

Voici un extrait de l’inventaire à la Prévert des cas tombant sous le coup de la loi antiterrorisme. Le législateur a pris soin de mélanger, pour les mettre sur un pied d’égalité quant à leur gravité, la fabrication d’armes nucléaires, les attentats, les séquestrations et autres atteintes à l’intégrité territoriale avec par exemple la destruction de mobilier urbain. Dans une liste en 16 point, on trouve entre autres :

(3) Les violences ou voies de fait commises contre les personnes et les destructions ou dégradations commises lors de rassemblements

(5) Les destructions, dégradations et dommages

(6) La dégradation des biens appartenant à l’état ou intéressant la chose publique

(9) Les menaces

(10) Les blessures et coups volontaires

(13) les vols et extorsions

(15) Les infractions liées aux technologies de l’information

Les numéros manquants correspondent aux authentiques actes de terrorisme évoqués plus haut.

Certaines « mauvaises langues » se demandent par ailleurs si Macron, inébranlable soutien de la famille Déby, n’aurait pas en coulisse soufflé quelques détails de la nouvelle loi à Macky Sall, voir par exemple : Modifications de la loi pénale ; la France à la manœuvre ? (walf-groupe.com)

Ousmane Sonko dérange à Dakar comme à Paris, il faut tout faire pour qu’il ne puisse pas se présenter aux prochaines présidentielles.

Successivement accusé d’être financé par « les Russes » puis par l’État islamique , d’entretenir « des liens » avec le MFDC (rebelles casamançais), d’avoir transporté « des mallettes d’argent » pour Karim Wade et pour l’ex-dictateur gambien, poursuivi pour diffamations à l’encontre de personnes se sentant visées par des révélations autour du scandale pétrolier et de l’affaire Petro-Tim et, plus récemment, accusé d’avoir violé et menacé de mort une masseuse (cette dernière affaire, bien mal ficelée, n’étant d’ailleurs toujours pas jugée), Ousmane Sonko, et non le terrorisme, pourrait bien être au Sénégal le principal problème de la Françafrique et de ses marionnettes.

Cette nouvelle loi permettra sans doute de museler l’opposition jusqu’aux élections et d’embastiller son chef au moment opportun.

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