Hichem Djait, décès d'un grand penseur

Hichem Djait (1935-2001) vient de décéder aujourd'hui. Il est considéré comme l'un des plus grands spécialistes de l'Islam. Historien et anthropologue, il tente de lire l'islam en recourant à une approche pluridisciplinaire, convoquant l'Histoire, l'anthropologie, l'architecture et la psychologie. Son œuvre est fondamentale.

Le penseur Tunisien Hichem Djait est décédé (biographie) | Tekiano ::  TeK'n'Kult 

Hichem Djait vient de décéder aujourd’hui 1 juin. Je ne sais pas où classer ce grand intellectuel qui a de tout temps tenté d’interroger les liens religion/Société et Politique. Il le fait avec une grande rigueur partant de l’idée que tous les savoirs s’entremêlent et s’interpénètrent, considérant le terrain comme le lieu central de toute investigation. C’est pour cette raison qu’il accorde une importance considérable à la dimension pragmatique, lui qui s’intéresse à l’anthropologie de l’Histoire et à la sociologie des religions tout en ne négligeant pas les relations sociales et le poids des emprunts implicites et explicites dans l’analyse du Maghreb et des sociétés arabes. Cette vision transculturelle transparait dans tous ses travaux, à commencer par sa thèse soutenue à l’université Paris-Sorbonne en 1981, sur les structures urbanistiques dans la ville de Koufa où il donne à lire les constructions pluriculturelles, les traces de nombreuses cultures caractérisant l’architecture de cette cité.

Hichem Djait qui est l’auteur de nombreux ouvrages dont La Personnalité et le devenir arabo-islamique (1974) ; L’Europe et l’Islam (1978) ; La crise de la culture islamique (2004) ; La Grande Discorde : religion et politique dans l'islam des origines (1989) et Penser l'Histoire, penser la Religion, Tunis, Cérès, 2021 est l’un des intellectuels, à l’instar de Mohamed Arkoun, Mohamed Lacheraf, Mohamed Abed Al Jabiri ou Tayeb Tizini ou H’sin M’roua, qui a permis une meilleure lecture des espaces anciennement colonisés et des relations qu’ils entretiennent avec les colonisateurs, interrogeant ainsi les rapports de domination. Ainsi, il prend à contrepied les discours officiels considérés comme essentialistes et trop peu opératoires, tout en apportant une lecture historique de l’identité et un questionnement critique de l’héritage et du passé. D’ailleurs, son examen des mouvements populaires caractérisant les premiers siècles de l’Islam est marqué par une lecture pragmatique, convoquant les conditions sociales, politiques, anthropologiques et sociologiques de l’époque. Sa méthode est déterminée par le terrain qui devient le socle autour duquel s’articulent toutes les interrogations, permettant de dégager la complexité de l’objet.   

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