Clin d’œil à deux grands écrivains sud-africains, Nadine Gordimer et André Brink

Un hommage à deux immenses écrivains sud-africains, très proches de l'ANC et de Nelson Mandela. Ils ont su comment décrire l'horreur de l'apartheid qu'ils dénonçaient fortement. Deux romanciers toujours d'actualité.

J’aime beaucoup la littérature sud-africaine, elle pose souvent les problèmes de la société tout en usant d’un langage singulier. J’aime surtout des écrivains comme Breitenbach, Brink et Gordimer. Parler de Nadine Gordimer, c’est évoquer le long combat anti-apartheid, c’est aussi souligner son travail sur la langue. Certes, j’ai lu ses textes traduits en français, mais la traduction me parait tellement belle qu’elle donne à lire des tournures phrastiques singulières et des procédés d’écriture particuliers.

La grande écrivaine sud-africaine, Prix Nobel de littérature, auteure de grands textes qui ont bercé mon amour de la littérature et de l’univers des idées de progrès, est surtout une grande militante qui n’a pas hésité à s’opposer fermement à l’apartheid puis, par la suite, après la disparition de ce système et l’arrivée au pouvoir de l’ANC, elle n’a pas accepté certaines dérives de ce mouvement qui a parfois laissé certaines populations fragiles sur le grill de la marginalité. Ses derniers romans qui sont d’une force extraordinaire ( « Personne pour m’accompagner » , 2002 ; « Bouge-toi », 2007 ; « Vivre à présent », 2013).

Il n’est nullement possible d’oublier ses textes anciens et ceux d’autres écrivains sud-africains comme Breyten Breytenbach et André Brink (notamment son très beau texte, « Une saison blanche et sèche ») qui constituaient un véritable ilot de discussions dans certaines de nos réunions dans les hebdomadaires Algérie-Actualité et Révolution africaine, notamment. Ces romanciers étaient de grands militants de l’anti-apartheid et des écrivains qui réussissaient, grâce à un style acéré et alerté, à témoigner des misères, de l’exploitation et du déni.

Nadine Gordimer, grande amie et confidente de Nelson Mandela, était aussi et surtout une nouvelliste, mais également une essayiste de talent. Elle a toujours refusé de fermer les yeux devant les injustices et les dérives totalitaires. Gordimer a nourri nos rêves, nous a permis d’aimer une autre manière de lire, moins conventionnelle, nous ouvrant encore plus grandes les portes d’autres entreprises oniriques marquées du sceau de la grande humanité.

Elle aimait, comme nous, Marquez, Aragon et Hikmet. Elle était, pour reprendre Nazim Hikmet, un immense « paysage humain ». Elle était une grande amie d’un grand fleuve, l’écrivain colombien, Gabriel Garcia Marquez, lui aussi prix Nobel de littérature. Ils partageaient énormément d’idées ensemble. Ils étaient de vrais militants et de grands écrivains. Elle écrivait de manière extraordinaire, comme l’autre grand écrivain du soleil, André Brink qui ne dissimule jamais son désir, surtout en temps d’apartheid, d’écrire bellement sans oublier les aléas sociopolitiques : « Je dois m’efforcer d'être digne des exigences et des complexités de l'univers sociopolitique auquel j'appartiens, répétait-il. Et en même temps, je dois m'efforcer d'être digne des exigences de la création littéraire. Seule la qualité détermine l’efficacité »
André Brink est mort, le jour du décès de la grande écrivaine algérienne, membre de l’académie française, Assia Djebar, le 6 février 2015. Quelle coïncidence ! Il avait presque le même âge que l’auteure de « La soif » et des « Alouettes naïves », il est né en 1935, elle, en 1936. André Brink était un écrivain que rien ne prédisposait à devenir très engagé politiquement, ses positions contre l’Apartheid, au même titre que des écrivains comme Breyten Breytenbach et Nadine Gordimer sont légendaires. Djebar et Brink étaient issues de familles conservatrices, plutôt aisées, mais, eux, avaient pris précocement des positions politiques révolutionnaires, à contre-courant de leur milieu d’origine. Brink, comme Breytenbach qui a connu les affres de la prison, faisaient partie d’un groupe de résistance à la politique ségrégationniste de l’Apartheid. Ecrivain Afrikaneer, comme Breytenbach, André Brink qui écrivait en anglais et en Afrikan, réussissait la gageure de faire cohabiter l’acte politique et l’acte d’écrire donnant à lire des textes où le politique structure le récit et lui permet de mettre en œuvre une organisation particulière, rejoignant ainsi Sartre qui considérait que le style est l’expression de la métaphysique de l’auteur.

Il écrivit notamment En 1973 lui qui fut le premier écrivain afrikaneer « Au plus noir de la nuit » (Stock, 1976, interdit par la censure sud-africaine), « Une saison blanche et sèche » (Stock, 1980, prix Medicis étranger en France) adapté au cinéma en 1989 par la réalisatrice française Euzhan Palcy, « Le Mur de la peste ».

J’ai été nourri par les textes de Brink et de Breytenbach qui apportaient au monde un témoignage vivant des injustices et des violences de l’apartheid. J’ai, durant les années 1980, écrit dans Algérie-Actualité et Révolution Africaine, plusieurs articles sur ces deux écrivains et sur leurs romans. On ne peut ne pas citer ce maitre-roman, Une saison blanche et sèche, ou Au plus noir de la nuit.

 

 

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