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Billet de blog 23 juillet 2020

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HABIBA MESSIKA, LA COMÉDIENNE BRÛLÉE VIVE

Habiba Messika, née de parents juifs très pauvres, elle défraya la chronique par la beauté de son interprétation au théâtre, la beauté de sa voix et certaines sorties trop singulières à l'époque, dans les années 1920 osant embrasser fougueusement sur scène sa partenaire...

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Habiba Messika, née Marguerite, a connu une vie tumultueuse digne des grandes tragédies athéniennes. Belle, désirable, elle était insaisissable. Née en 1903 à Tunis de parents juifs pauvres, exerçant dans le textile, elle a, dès son jeune âge, choisi de s’adonner à ses passions artistiques : la chanson, la danse et le théâtre. Elle délaisse vite les études pour suivre des cours de solfège, de chant et d’arabe, contre la volonté de ses parents qui souhaitaient un autre avenir pour leur fille qui va vite défrayer la chronique artistique en animant son premier récital, à un âge précoce, au palais Assous de la Marsa. Elle avait une voix d’une grande profondeur qui ne laissait personne indifférent. Elle avait, dès ses premiers récitals, réussi à séduire le grand public.

Ses frasques amoureuses alternaient avec les jeux de scène. Le théâtre lui collait dans la peau. Mais la provocation y était tout le temps présente. Dans Roméo et Juliette, mise en scène par le frère de l’ancien président tunisien, Habib Bourguiba, en 1925, elle provoqua un scandale en embrassant fougueusement sa partenaire interprétant Juliette, Rachida Lotfi. Ce qui incita certains spectateurs, horrifiés, à mettre le feu sur la scène.

Trois années plus tard, en indépendantiste invétérée, elle joue une pièce nationaliste, Patrie, Les martyrs de la liberté, enveloppée d’un drapeau tunisien. Ce qui n’allait pas laisser les forces coloniales indifférentes, elles l’arrêtèrent juste à la fin du spectacle. Cette grande comédienne a joué dans de nombreuses pièces, s’imposant comme l’une des grandes étoiles du théâtre en Tunisie. Elle faisait sensation, en campant indifféremment des rôles masculins ou féminins dans des textes de Shakespeare, dans Majnoun Layla (Le fou de Layla) ou Lucrèce Borgia.

Très séduisante, extrêmement belle, elle ne pouvait pas ne pas attirer les hommes qui lui offraient des ponts d’or pour la conquérir. Elle se marie jeune avec un cousin qu’elle quittera vite pour retrouver d’autres amants, très riches, comme le prince Fouad d’Egypte ou Elliahou Mimouni qui lui offrit un palais, mais qui, n’admettant pas le fait qu’elle épouse un ami d’enfance, il décide de l’asperger d’essence et de la brûler vive le 20 février 1930. Ainsi, finit la vie de cette grande comédienne, objet de livres (Jeanne Faivre d'Arcier, Habiba Messika. La brûlure du péché, éd. Belfond, Paris, 1998) et d’un film réalisé en 1995 par Salma Baccar, La danse du feu.

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