Diego Maradona, les yeux d'un génie qui s'ouvrent au monde des humbles

Diego Maradona est décédé le 25 novembre comme son grand frère, Fidel Castro. Il était hyperdoué, un très grand footballeur, il a réussi à se muer en mythe qui dit, au delà du foot, l'injustice et les inégalités. Comme Socratès, Caszely, Cantona ou Mekhloufi, il était poète, le poète de la beauté, d'une vie libre, mais aussi un homme qui aime défendre les humbles. Un homme-dieu.

Diego et son grand frère Fidel meurent un 25 novembre pour vivre encore. Je ne sais pas si c’est un hasard, Maradona meurt le 25 novembre comme son ami, son grand frère, Fidel Castro. Ils s’appréciaient et se respectaient énormément. Castro le considérait comme son fils. D’une grande sensibilité, il avait trouvé en Fidel quelqu’un qui pouvait lui permettre d’être lui-même, lui ce génie du foot, qui dans le même match, agite la « main de Dieu », puis drible tous les joueurs adverses pour marquer un but. Il avait en point de mire cette tragédie des Malouines. Il a vécu comme une profonde injustice, il n’oublia jamais cette blessure de 1982. Ce match était plus qu’un match, c’était une victoire médiatisée par le football avec l’intervention de Dieu, aimait-il dire. Ainsi, nous sommes en pleine entreprise tragique, sauf qu’ici Maradona est le dieu-homme, un mythe qui donne à lire autrement le monde. Le foot va l’aider à voir clair, à saisir les injustices qui marquent le monde, à commencer par l’Amérique latine, avant l’histoire dramatique des Malouines, il y eut des coups d’Etats fomentés contre des régimes démocratiques, Allende, Diego avait 13 ans en 1973, le blocus contre Cuba, il choisit ainsi d’être proche de ceux qu’il considérait comme des justes. Comme l’ont fait bien avant lui des gens comme Socratès au Brésil dans son combat contre la dictature militaire, le Chilien Carlos Caszely qui refusa de serrer la main à Pinochet. Sa proximité avec Chavez et Castro est simple. Quand il est venu à Alger, il avait cherché à voir Rachid Mekhloufi qui déserta en 1958 l’équipe de Saint-Etienne, l’ASSE, pour rejoindre la lutte de libération algérienne.

Issu d’une famille pauvre, le football, contrairement à ce que beaucoup pensent, lui a ouvert les yeux sur les iniquités et lui a permis de développer un discours cohérent, très simple, terre à terre. Le foot allait être moins important que son engagement politique, même s’il est au cœur de son discours. Il utilisait son génie pour fustiger ceux qui profitent des richesses du monde au profit du grand nombre. Ses mots sont simples, son langage est clair. Quand il parle de la FIFA, tout est clair, c’est, avait-il dit, une organisation corrompue aux mains de forces extérieures, il a eu raison, il s’est avéré que cette structure était peuplée de dirigeants corrompus.   

C’était un génie, un homme intègre, simple, comme l’autre, son grand frère qui se satisfaisait d’un peu d’huile et de galette comme dîner, Fidel. Ils sont tous les deux morts (?) un 25 novembre, Fidel, il y a quatre ans, en 2016. Diego, mon frère, je ne sais pas mais il s’en foutait de tout, sauf de l'amour de ces gens sans parole, c’est le seul génie qui prend la décision d’entrainer de petits clubs de division inférieure, en Argentine et au Mexique, il le faisait parce qu’il aimait le peuple, les « petites gens » pour utiliser une expression trop commune. Maradona, c'est un peu comme le Che, une icône, un mythe. Maradona et Castro étaient paradoxalement communs, ils étaient les femmes et les hommes du commun, mais aussi singuliers, comme Marquez, leur ami ou Sophocle, ils sont éternels, des génies, ils sont de ce temps tout en le dépassant. Quelle belle rencontre !

Gabriel Garcia Marquez aimait dire, les deux sont merveilleux, ils sont l’anormalité géniale d’un monde à construire. Il est là, partout, il aime faire le fou, chanter, danser avec les gens du peuple. Il a vécu intensément sa vie, la sienne, il n'a pas de regret, il avait treize ans quand mourut l'autre frère, Pablo Neruda qui avait écrit ce beau texte, "J'avoue que j'ai vécu". Il était un peu comme lui, Diego est un poète qui a choisi de vivre ainsi, il avoue constamment qu'il a bien vécu, libre, refusant tous les embrigadements, les conformismes. Il n'aimait pas ces « valeurs trop communes » parce qu'il était pur, réfractaire à toute docilité.

C'était un poète, un très grand poète, qui s'amusait comme un enfant, il était enfant, comme Rimbaud, Baudelaire, Omar el Khayyâm, Omrou' el Qays, Georges Best ou Cantona qui voulaient vivre leur vie, leur propre vie, tout en se libérant d'un surmoi, synonyme de prison. Il ne voulait pas être comme ceux qui le trouvaient/le trouvent a-normal, il avait choisi d'être en dehors des normes établies et il était content. Il savait que l'establishment du foot ne l'aimait pas parce qu'il était libre, il savait que les humbles, à Alger, à Bali, à New York, à Bamako ou à Lima l'aimaient intensément. Et c'était ce qui comptait pour lui. Son monde n'était pas celui de la FIFA et de ce monde officiel corrompu. Il est mort heureux parce qu'il a choisi sa vie, un poète, un homme éternel, un génie du commun des mortels. Il n'avait commis aucune faute, il était heureux d’avoir vécu comme il le voulait, c'était un choix libre d'un homme libre.

Il n'était pas uniquement un simple footballeur, il était au-dessus, l'icone de tous les humbles. Diego était, de l’avis général, généreux et beau, d’une beauté qui  n’était pas commune, c’est celle de ces mythes qui n’en finiront pas d’illuminer un monde trop marqué par les inégalités, les injustices. Le grand frère, Fidel, a trop attendu, la rencontre est faite quatre années après son départ, ainsi, Diego racontera au grand frère ce qu’il a vu, ce monde injuste, tout simplement, avec des mots simples, des rires et des yeux qui scintillent. Il est l'expression de cette Amérique Latine, brisée, cassée, puis libérée, sans l'être réellement, mais respirant une liberté à venir. Diego est amour, comme la beauté, il est cette beauté conjuguée à tous les temps de la beauté. Il aimait beaucoup l’Algérie, l’Italie, le Mali, la France, tous les pays, pas les territoires, mais leur cœur battant, les gens qui peuplent ces territoires, il y a beaucoup d’images le montrant chanter et danser avec des jeunes de tous les pays. Il est comme le grand écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez qu’on avait embarqué dans un commissariat un 17 octobre 1961 le prenant pour un Algérien. Ils sont Algériens, mes frères, nos frères. Certains journalistes emploient un lot qui ne lui va pas du tout, "controversé", disent-ils, alors qu’il avait choisi de prendre parti, il n'avait rien à faire des jugements de clones sans qualités qui voudraient réduire Maradona à un ensemble de clichés et de stéréotypes. Il est mort, libre, le poète.

 

 

 

 

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