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Billet de blog 28 août 2022

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Algérie-France : une histoire à deux mains est-elle possible ?

Durant la visite du président Emmanuel Macron à Alger, il a été question de la constitution d'une « commission mixte d'historiens »  dont l'objectif serait de mettre en œuvre une Histoire commune. Est-ce possible?

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Du « devoir de mémoire », on passe au « devoir d’Histoire » tout en parlant cette fois-ci de « commission mixte d’historiens », alors qu’il était question il y a deux années d’une « commission mixte franco-algérienne » comme si la discipline historique pouvait s’accommoder avec les lieux officiels dont la vocation est de donner forcément à lire un texte consensuel qui ne peut arranger les historiens qui n’ont cure des compromis, leur objectif, en usant de démarches, de procédés et d’outils précis, est d’aller en quête d’une vérité flasque et, peut-être, même délicate. L’Histoire, pour être « objective », n’a pas besoin de mixité nationalitaire, mais de conditions et de moyens offerts aux historiens pour entreprendre leurs recherches. Il y a déjà de très nombreux travaux sur l’Histoire de l’Algérie, des ouvrages de référence. Cette idée de « commission mixte » est peut-être généreuse, mais semble non opératoire. Parce que, au-delà de ce gadget, l’essentiel, c’est la décision des politiques d’opter pour quelle attitude prendre par rapport à un passé colonial tragique.

Il y a différentes méthodes. C’est souvent la formation de l’historien et le terrain qui déterminent le choix de telle ou telle démarche. L’historien est, par définition, hors les sentiers battus de toute entreprise conformiste ou dominante, il cherche, interroge, use de tous les moyens possibles pour trouver, ce qui n’est pas évident, dans un univers marqué par d’extraordinaires ambiguïtés. Je ne comprends pas, dans ce cas, comment peut-on constituer une « commission mixte d’historiens ». Je trouve l’idée trop peu réalisable, peut-être des historiens-politiques aimeraient s’engouffrer dans les broussailles de la fonction politique.

L’histoire est une discipline à part, qui ne semble pas trop séduite par les sentiers trop méprisants de la scientificité, marquée par la séduction du terrain, une entreprise empirique. L’Histoire est un piège, son récit est trop prisonnier d’une lecture d’un fait qui ne peut se reproduire. Ainsi, on fait appel aux archives comme si tout se réduisait à cela, ce qui n’est nullement vrai. C’est ce qu’on nous dit ces derniers temps. C’est bien de voir les archives enfin ouvertes, celles-ci ne disent rien toutes seules, c’est à l’historien de les faire parler, alors qu’elles sont la propriété des Etats qui fabriquent trop de papiers qu’on appelle archives qu’il trier et interroger, mais disent-elle tout. J’en doute. Désillusion.

Ces archives ne sont pas suffisantes donnant à lire le temps comme un terrain fixe, figé, ce qui n’est nullement le cas. L’histoire n’est pas une simple accumulation d’archives, elle est aussi et surtout le lieu de rapports de forces. Comme les archives d’ailleurs. On ne regarde pas le passé, l’Histoire se réduit-elle déjà au passé, le regard de l’historien se caractérise par le mouvement et un temps éclaté, pluriel. Ce qu’il faudrait peut-être, au lieu de parler de « commission mixte », la mixité, dans ce cas est une illusion, un simple cache-sexe, c’est de permettre aux historiens de travailler librement, en disposant de moyens adéquats.

Une commission mixte ? Une Histoire commune ? Ce n’est pas si simple que ça, l’Histoire n’est pas le produit d’un consensus politique, mais une recherche autonome sujette à des méthodes très distinctes, sinon différenciées. L’historien n’est ni un homme politique, ni un pyromane ou un pompier. La discipline historique semble changer abandonnant ses oripeaux traditionnels pour s’ouvrir aux conditions sociales et économiques, l’objet reste un processus social, un ensemble de rapports sociaux. C’est ce que nous enseignent de grands penseurs, à l’instar d’Ibn Khaldoun, Immanuel Wallerstein et Fernand Braudel.

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