De l'Etat néo-patrimonial dans les anciennes colonies

Les pays anciennement colonisés ont tout simplement reproduit les structures coloniales allant dans le sens du système néo-patrimonial

 

Dans les pays à système néo-patrimonial, l’Etat est surtout saisi dans sa fonction répressive, autoritaire. Les structures culturelles et politiques seront dominées par un discours unilatéral, univoque, excluant toute entreprise polyphonique, favorisant les fonctions de surveillance, de contrôle, de censure et de sanction et évacuant tout feedback possible entre la société et les élites.

L’Etat, paradoxalement démuni de ses prérogatives essentielles et de certaines de ses règles de fonctionnement, va graduellement abandonner de nombreuses fonctions à un discours oral, manichéen, mais peu clair. Ce qui provoque de multiples malentendus et permet une sorte de confusion trop pernicieuse entre Etat et pouvoir d’Etat. Cet amalgame réduit l’Etat à  une simple fonction de police répressive comme si les appareils idéologiques le constituant étaient tout simplement exclus de sa composante.

Le pouvoir exécutif considéré comme le lieu unique de gouvernement, neutralisant dangereusement les autres pouvoirs, se confond tragiquement avec l’Etat privé de sa force majeure d’organisation de la société. La réalité du pouvoir dépasse les instances de l’Etat, favorisant les relations complexes de pouvoir. Tout s’articule autour du Président qui décide de la nomination de la composante du « conseil constitutionnel » qui opère comme une instance d’allégeance, trop peu autonome.

L’Etat a toujours été perçu comme une fabulation et une fiction, avec ses croyances et ses mythes, dont l’objectif essentiel est d’user de la coercition pour soumettre l’individu au droit, mais dans le cas des pays anciennement colonisés, le droit ne constitue nullement un élément primordial, privilégiant les relations personnelles et les logiques de domination ponctuées par la puissance des gouvernants obtenue en dehors des urnes. Le droit n’est valable que pour arbitrer les petits conflits des gens du « peuple » entre eux ou pour abattre un adversaire politique.

Le « pouvoir » politique est diffus, constitué de plusieurs cercles qui, tantôt entrent en conflit, tantôt observent une certaine stabilité. Ce système d’auto-concentration et de centralisation de toutes les instances de gouvernement régit les relations de pouvoir. Le chef concentre tous les pouvoirs, contrôle tous les rouages, surveille, punit, décide. Cette sacralité du président est également puisée dans les arcanes de la gestion « traditionnelle ». Les différentes constitutions donnent au président des prérogatives de monarque absolu. La question du pouvoir d’Etat est extrêmement complexe et ne se limite pas uniquement à la haute hiérarchie militaire et politique qui dominerait la société. 

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