Le journalisme pourrait-il continuer à exister?

Le journalisme connaît de très graves difficultés. Aujourd'hui, confronté aux problèmes socio-économiques, le journaliste peut-il conserver une certaine autonomie?

Le journalisme est un beau métier. Surtout si on y croit et si on choisit le métier d’écrire et de rapporter l’information par passion. Il n’y a pas plus beau qu’une passion soutenue par la froideur du coup d’œil. Je l’ai passionnément aimé, ce métier, même si je trouvais que nombre de mes collègues le faisaient beaucoup plus par nécessité, trop impressionnés par les « puissants du jour » qu’ils aimaient côtoyer ou par une reproduction paresseuse d’une « information » venant « d’en haut ». Le journaliste doit tout interroger, vérifier, déplaire, déranger, ce n’est pas un « enfant de chœur ». J’aime beaucoup cette belle formule d’Albert Londres : « Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie... ». Ecrire, c’est aussi prendre le risque de perdre des amis, d’être « mal vu ». 

La fonction du journaliste est de chercher l’information et la transmettre à un (des) public (s) en prenant de la distance avec les faits, en entreprenant une véritable critique des sources et en n’arrêtant pas de vérifier et de revérifier l’information et de ne croire personne, tout en prenant acte du propos des uns et des autres. Tout événement est digne d’être couvert, il n’y a pas de petit ou de grand événement, mais de petit ou de grand journaliste. Le journaliste devrait être autonome, ne pas être assujetti à tel ou tel pouvoir ou à telle ou telle autorité. Il ne doit jamais être impressionné par le grade ou le poste occupé par les uns et les autres. Ce qui importe, c’est avoir l’info, en usant des techniques permettant justement de la récupérer. Le vrai journaliste est très prudent par rapport aux « sources », officielles, parallèles ou informelles. Toutes les sources se valent, elles sont toutes à interroger. Le journalisme, ce sont les faits ; les discours, les promesses, les possibilités au futur sont à interroger, la mémoire devrait-être vive. Un journal qui, même dans un court papier, mettant en scène plusieurs entités, ne fait pas appel à de nombreuses sources, n’a rien à voir avec cette belle profession.  

J’ai l’impression que le journalisme fout le camp, prend la clé des champs. La couverture du COVID a montré les graves limites d’une presse trop pauvre. Des journaux en ligne et papier, des journalistes acceptent d’être le porte-plume ou le porte-valise de quelqu’un d’argenté ou du « patron ». Aucun journal, je dis bien aucun journal, ne met les moyens pour favoriser un journalisme d’investigation. Il existe encore quelques journalistes qui font honneur à ce métier, comme il existe de très rares « patrons » qui tentent de produire, avec les moyens du bord, des journaux potables, plus ou moins intéressants, même si les pressions du bloc gouvernant pèsent lourd dans un environnement délétère. Le jeu intéressé de la publicité, encore aux mains des puissances d’argent et des gouvernements, complique plus les choses et rend davantage médiocre le territoire médiatique. En attendant, les « patrons » sont encore en quête de publicité, ils sont prêts à tout pour l’avoir. Et ça se voit au quotidien. Cette question est fondamentale.

La question de l’éthique et des jeux déontologiques pose sérieusement problème dans des différents médias qui, souvent, évacuent l’information et les genres porteurs du métier comme l’enquête et le reportage pour s’installer dans une posture extrêmement confortable de « commentateur » dépourvu des données réelles sous-tendant le discours commentatif. Le commentaire, trop usité, manque souvent tragiquement de faits, comme si le rédacteur faisait une sorte de gymnastique solitaire, évacuant toute instance informative.

 

 

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