AU MALI, LA FERMETÉ SEMBLE DÉJOUER LES PLANS DES PUTSCHISTES

Les putschistes maliens, sérieusement sous pression de la CEDEAO et du mouvement populaire du 5 juin, ne semblent pas encore prêts à lâcher le pouvoir, tergiversant, prenant des décisions illogiques. La dernière réunion avortée, censée discuter de l'architecture de la transition, a fini par mettre à nu leurs véritables intentions.

Décidément, les putschistes maliens ne semblent pas avoir saisi que le monde a changé et que leur place devrait être dans une caserne. Déjà, sur le plan militaire, l’armée malienne a de sérieux problèmes pour défendre son territoire. Ainsi, après un coup d’Etat perpétré contre le président Ibrahim Boubakar Keita qui aurait dû lui aussi comprendre que rien n’est plus comme avant et qu’il fallait négocier avec le mouvement du 5 juin pour la mise en place d’un véritable Etat de droit, ils ont promis de rétablir l’ordre en enclenchant une période de transition. Ce qui n’est nullement normal, la transition devrait être conduite par des civils, les militaires ont théoriquement pour fonction la défense du territoire.

Comme attendu, les militaires voulaient aussi manœuvrer en pensant qu’il était facile de mettre à l’écart un mouvement aussi populaire que celui du 5 juin qui regroupe de nombreuses associations, partis, personnalités, syndicats professionnels…C’est la première fois qu’un tel mouvement voit le jour au Mali exigeant tout simplement la mise en œuvre d’un Etat de droit.

Juste après le coup d’Etat, ils avaient voulu s’éterniser au pouvoir en voulant prendre le temps de mettre en place une transition qui deviendrait définitive, avec un ancien colonel à la tête et une constitution sur mesure. Heureusement, il y eut une vive réaction des pays voisins et de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) qui ne voulait rien comprendre, appelant à une transition conduite par un président et un premier ministre civils et le « retour à l’ordre constitutionnel, qui suppose le retour des militaires dans leur caserne ». L’armée ne devrait pas être au-dessus de l’instance présidentielle, conformément à la constitution, soutiennent les différents médiateurs, La durée de la transition ne devrait pas, selon la CEDEAO, dépasser les 12 mois, alors que la junte avait initialement demandé trois ans. Les dirigeants de l’Afrique de l’Ouest semblent fermes, en imposant un embargo financier et commercial et la fermeture des frontières. Ce qui fragilise la junte qui commence à réfléchir à négocier sincèrement sans pour autant perdre l’espoir de prendre de vitesse l’instance de la CEDEAO et le mouvement du 5 juin en publiant au nom du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) au journal officiel un « Acte fondamental » désignant un des leurs au poste de président de l’Etat, en l’occurrence, le colonel Assimi Goita. Le mouvement qui a conduit la contestation a vite réagi à ce texte considérant qu’il était illégitime et qu’« il n’engageait que ses auteurs ».

La junte a mal commencé les manœuvres en programmant une réunion devant discuter de l’architecture de la transition.  Elle a invité des « partis », des associations de la « société civile » et d’anciens groupes rebelles, peu représentatifs, mais en évacuant le mouvement du 5 juin, extrêmement populaire. Ce qui a carrément mis à nu les intentions des putschistes qui voulaient mettre à l’écart l’élément central le plus légitime pour qu’ils puissent gouverner sans problème. La rencontre a lamentablement échoué poussant les militaires à la reporter et à tenter de rencontrer des représentants du mouvement du 5 juin. Cette tentative avortée de réunion a fini par décrédibiliser le « Comité national pour le salut du peuple » (CNSP) qui ne s’attendait pas à ce fracassant échec.

Ce que IBK et les militaires n’ont pas saisi, semble-t-il, c’est le contexte fait d’une population dont la scolarisation a connu une sérieuse poussée et l’émergence des nouveaux moyens d’information et de communication. Ce qui incite les gens, ouvertes à ce qui se fait ailleurs, à exiger leur participation à la mise en œuvre des décisions politiques et sociales comme de véritables acteurs. En plus, ce qui se passe au Mali risquerait d'atteindre les autres pays de la CEDEAO.

Ce qui se passe en Côte d’Ivoire également ne semble pas différent, les Ivoiriens comprennent qu’il n’est plus question de triturer la constitution en fonction des intérêts des uns et des autres. La réalité est désormais plus complexe, allant dans le sens d’un processus de redécolonisation.    

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