Kalila wa dimna est l’ouvrage le plus connu de la littérature arabe médiévale permettant de saisir les relations qu’entretiennent les différentes cultures. Ainsi, le texte de contes est ancien, il est d’origine indienne, il date d’avant l’ère chrétienne (-300), initialement intitulé Le Pañchatantra qui signifierait livre d’instruction en cinq leçons est l’histoire de deux chacals, Karataka et Damanaka.
Dans le Mahabharata, on y trouve certains fragments, Peter Brook qui a beaucoup travaillé sur cette forme en parle dans certains entretiens. A partir du sixième siècle, en Perse et un peu partout, on chercha à récupérer ce texte. Tout le monde en parlait. L’empereur Khorso 1er expédia une mission en Inde dont l’objectif était d’amener une copie de ces fables. Il faut attendre 750 pour que Ibn al-Muqaffa s’évertue à une adaptation originale de ce texte.
Kalila wa dimna consiste en la reprise des fables animalières de Bidpai par Ibn El Muqaffa’ (720-757) vers 750. Cet auteur, condamné à mort à Bagdad par le calife Mansour en 757 pour des motifs politiques et idéologiques, et connu essentiellement par ses écrits politiques et ses ouvrages sur l’éthique gouvernementale, expose, à travers des fabliaux mettant en scène en 18 chapitres deux chacals, Kalila et Dimna, les intrigues de cour tout en donnant des conseils de savoir-vivre et de comportement. Ces textes ont fondamentalement inspiré les frères Grimm et surtout Jean de la Fontaine, qui emprunta à Ibn El Muqaffa’ sa structure et ses thèmes dans quelques-unes de ses fables, notamment le Chat, la belette et le petit lapin, ou encore la Laitière et le pot au lait.
La version arabo-persane, Le Livre de Kalîla et Dimna, se caractérise par une grande originalité, l’empreinte de l’auteur est évidente, subdivisant son texte en dix huit chapitres, ne conservant que cinq uniquement de l’ancien texte. En Europe, le texte aurait été traduit pour la première fois en 1251 en castillan, à la demande du roi de Castille, Alphonse X le Sage sous le titre, Calila e Dimna. La traduction a été faite à partir du texte d’Ibn Aal-Muqaffa.
Ici également, le récit s’organise autour d’une série d’oppositions et d’une multiplicité de codes esthétiques. Personnages anthropomorphes et animaux peuplent l’univers diégétique. Les réseaux thématiques tournent autour de sujets sociaux et moraux : le bien et le mal, la justice… L’auteur, qui tente, à travers ces fables, d’orienter et de conseiller les rois, met en situation des comportements humains. Le discours moralisateur traverse ce texte, qui n’hésite pas à recourir parfois au merveilleux et au fantastique. Ces contes alimentèrent la production dramatique des premiers hommes de théâtre qui employèrent certaines techniques tirées de ces fables (discours moralisateur, fin heureuse, thèmes liés aux jeux de cours…).