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Billet de blog 4 oct. 2019

Choisir l’avenir: soutenir le mouvement populaire en Algérie

Au-delà des principes moraux et de respect des droits de l’Homme, à géométrie variable s’agissant de la région du Maghreb et du Moyen Orient, la France et l’Europe doivent percevoir qu’il est dans leur intérêt d’avoir dans leur rive sud, des Etats démocratiques où les citoyens veulent vivre dans la sécurité et dans la dignité.

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Depuis la mi-février 2019, les Algérien.ne.s manifestent, à travers tout le pays, pour crier haut et fort leur volonté d’en finir avec un régime autoritaire, corrompu, et de faire cesser leur marginalisation politique et sociale.

Ailleurs dans le monde, là où il y a une présence algérienne, ce sont des messages de soutien à travers les réseaux sociaux, voire des rassemblements dans certaines villes occidentales. En France, où la diaspora algérienne est la plus importante, les Algérien.ne.s et les binationaux organisent des rassemblements de soutien et de solidarité depuis les débuts du mouvement en Algérie. A Paris, chaque dimanche depuis la mi-février, la place de la République rassemble des milliers de personnes dans une ambiance festive, aux couleurs de l’Algérie et où des prises de parole libre sont organisées.

Ce mouvement populaire, massif et inédit dans l’histoire de l’Algérie indépendante, a imposé le peuple comme un acteur majeur du champ politique. Avec son atout décisif, le pacifisme, il ose s’attaquer à plusieurs murs qui se dressaient jusque-là face à une population dépossédée politiquement, socialement et culturellement. Le mur de la méfiance, d’abord, entre Algériennes et Algériens de toutes conditions, de catégories et de genres : les manifestations se déroulent dans un esprit de fraternité et de respect mutuel. Le mur, aussi, qui se dressait face à la création, l’imagination et le rêve. Ce rêve interdit depuis l’indépendance et que les Algérien.ne.s, notamment jeunes, réaniment avec force et détermination. Il s’exprime dans les rues, sur la Toile et dans de multiples supports d’expression où les Algérien.ne.s rivalisent en créativité, inventivité et humour: chants, danses, slogans, affiches, banderoles, masques, etc. Le mur, enfin, de la peur, alimenté par des années de violation permanente des droits de l’Homme et que le pouvoir cherche à dresser de nouveau.

En effet, ces dernières semaines, le pouvoir militaro-sécuritaire a décidé de mettre au pas ce mouvement pacifique et imposer son agenda électoral en « ordonnant » l’organisation d’élections présidentielles le 12 décembre prochain dans un environnement sécuritaire. Et en réponse aux voix qui revendiquaient des mesures d’apaisement comme signe de bonne volonté le pouvoir multiplie les arrestations arbitraires de militants et de manifestants, les passages à tabac de manifestants, les matraquages médiatiques et les campagnes de haine sur les réseaux sociaux, le bouclage par la gendarmerie de la capitale, la présence policière massive, etc.

La liste des violations des droits de l’homme est déjà longue et ne cesse de s’allonger dangereusement tous les jours. La plupart des médias, tous supports confondus, sont particulièrement muets, tout comme la plupart des représentations civiles ou politiques. Les réactions internationales sont ou réservées ou rares. Ce qui s’apparente de plus en plus à un soutien au pouvoir autoritaire. L’Europe, et particulièrement la France semblent comme tétanisées. Mis à part une déclaration tranchante de l’ambassadeur français en Algérie soutenant le mouvement populaire en Algérie le 14 juillet dernier, la France officielle se cache derrière la commode « non-ingérence » dans les affaires intérieures d’un pays tiers.  La France officielle ne peut se dérober aujourd’hui à ses responsabilités politiques.  Elle qui a toujours soutenu un président qu’elle savait totalement inapte (dossier médical à l’appui) à l’exercice de ses fonctions depuis 2013. Elle qui avait même soutenu la candidature de ce personnage grabataire pour un cinquième mandat que les Algérien.ne.s ont rejeté depuis, se doit de prendre ses distances avec le pouvoir autoritaire.

Que cela soit clair et le mouvement populaire ne cesse de le clamer, il n’est nullement question de s’ingérer d’une manière ou d’une autre, de donner « conseil » ou apporter « expertise » es-démocratie mais de dénoncer la répression qui s’abat sur les Algérien.ne.s qui manifestent pour leur liberté et l’édification d’un État de droit.  Au-delà des principes moraux et de respect des droits de l’Homme, à géométrie variable s’agissant de la région du Maghreb et du Moyen Orient, la France et l’Europe doivent percevoir qu’il est dans leur intérêt d’avoir dans leur rive sud, des États démocratiques où les citoyens veulent vivre dans la sécurité et dans la dignité.

Paris le 4 octobre 2019

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