Les droits de l’Homme au Maghreb aujourd’hui

 

 

Les droits de l’Homme au Maghreb aujourd’hui

 

L’on peut s’interroger sur la situation des droits de l’Homme au Maghreb après l’avènement de ce que l’on a nommé les « révoltes arabes ».

En Tunisie où la révolte populaire a chassé le dictateur Ben ALI, négateur des droits de l’Homme, nous assistons à de nouvelles atteintes aux droits de l’Homme dans un climat d’incertitudes et d’instabilité depuis que les islamistes d’Ennahda ont accédé au pouvoir. Deux hommes politiques, Chokri BELAID et Mohamed BRAHMI, ont été froidement assassinés devant leurs domiciles par des individus appartenant, selon plusieurs sources y compris gouvernementales, à la mouvance islamiste radicale (lesdits « salafistes »). Dans ce même climat, les Tunisiens sont toujours en attente de l’achèvement des travaux de l’assemblée nationale constituante, d’un nouveau mode électoral comme de la mise en place d’une nouvelle commission électorale mais aussi d’une amélioration de leurs conditions économiques et sociales gravement dégradées toutes ces dernières années. Un atelier sur l’état des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie est organisé ce 24 octobre au siège de la LDH par le Comité pour le respect des libertés et les droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) qui s’était particulièrement mobilisé durant la dictature de Ben ALI. Tout un symbole !

En Algérie, le mouvement de contestation sociale généralisée et permanente est demeurée fragmentée et divisée. Cette contestation n’a pas su ou pu pousser le pouvoir autoritaire en place depuis l’indépendance en 1962 à se réformer et à s’engager dans un processus de libéralisation politique et de respect des droits de l’Homme. Tout au plus, ce pouvoir illégitime a consenti à la levée de l’état d’urgence au bout de dix-neuf ans (février 1992-février 2011). Comme le réaffirme un rapport du Collectif des Familles de Disparu(e)s en Algérie (CFDA) sur la situation des droits de l’Homme (2011-2013) : « la levée de l’état d’urgence a été une victoire à la Pyrrhus pour les droits de l’Homme en Algérie … [en intégrant] des dispositions relevant du régime de l’état d’urgence dans le droit commun ». En clair, la situation des droits de l’Homme en Algérie demeure dégradée et les atteintes aux libertés démocratiques (expression, réunion, manifestation, etc.) sont régulières. Dernière affaire en date, celle d’un jeune « bloggeur » de 24 ans, Abdelghani ALOUI, incarcéré pour des photomontages diffusés sur internet. Le jeune Abdelghani est accusé d’atteinte à la personnalité du chef de l’Etat, d’outrage à corps constitué et d’apologie du terrorisme. Il est incarcéré dans le quartier des détenus terroristes de la prison de Serkadji à Alger. Des organisations internationales des droits de l’Homme (Human Rights Watch et Amnesty International) dénoncent l’incarcération du jeune « bloggeur » et demandent aux autorités algériennes de le relâcher immédiatement.

Enfin le Maroc dont la monarchie bénéficie d’un soutien complice en France par de nombreux femmes et hommes politiques de droite comme de gauche, de certains journalistes et médias, de nombre d’intellectuels, de femmes et d’hommes de la culture (cf. à ce sujet le très instructif ouvrage de Ali AMAR et Jean-Pierre TUQUOI, « Paris-Marrakech, luxe, pouvoir et réseaux, éd. Calman-Lévy, 2012). Le Maroc donc, où le « mouvement du 20 février », en écho à ce qui se passait dans la région, a pu contester la monarchie et son instrument politique et administratif, le  « Makhzen », pendant plusieurs mois mais qui comme en Algérie n’a pas abouti à une véritable ouverture démocratique et un plus grand respect des droits de l’Homme. Sur ce sujet tout particulièrement, les atteintes aux droits de l’Homme n’ont pas cessé. Et ces atteintes ne sont pas toutes le fait du gouvernement islamiste arrivé au pouvoir en 2011. Signalons encore les dernières en date : libération, sur instruction royale, d’un pédophile d’origine espagnole condamné à 20 ans de réclusion criminelle ; persécutions et arrestations de militants sahraouis ; inculpation de mineurs pour « atteinte à la pudeur et aux bonnes mœurs » parce qu’ils ont posté sur Internet une photo montrant un couple en train de s’embrasser à la sortie de leur lycée ; mise en détention des journalistes Mustapha El HASNAOUI et Ali ANOUZLA sous le coup de la loi 03-03 dite antiterroriste. Signalons à cet effet cette initiative d’un collectif d’associations auquel s’associe la LDH de Lille pour la création du Comité Nord-France de Soutien à Ali ANOUZLA.

 

Rédigé par Ahmed Dahmani pour le bulletin de la section LDH  de l’Hay-les-roses, octobre 2013

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