Capitalisme, pollution, changement climatique

Il convient de distinguer deux problèmes: pollution et changement climatique. Indiscutablement, le capitalisme est un mode utilisant et propageant des matières toxiques qui tuent directement et indirectement des travailleurs, des consommateurs et leurs descendants. Indiscutablement aussi la température moyenne du globe augmente.

     Un nouveau discours, le changement climatique, devient hégémonique. Il se substitue et relègue à l’arrière plan les travaux scientifiques éprouvés sur les crimes commis ici et maintenant par les modes de production et de consommation liés au capitalisme. Endoctriner une enfant pour qu’elle nous rappelle que, dans un avenir plus ou moins lointain, de graves dangers climatiques nous menacent est bienvenu mais, d’un autre côté, procède d’une peste émotionnelle destinée à nous faire oublier les crimes d’aujourd’hui du capitalisme. Nul besoin d’invoquer des statistiques détaillées de l’Organisation mondiale de la santé pour savoir que, ici et maintenant, 25% des enfants des grandes métropoles urbaines souffrent d’asthme, que tant de centaines de millions de travailleurs agricoles, industriels et tertiaires, obligés de gagner leur vie, sont employés dans des structures où ils sont infestés de pesticides, d’amiante, de gaz toxiques et émanations chimiques, etc. Ces travailleurs subissent une peine multiple : travailler en polluant eux-mêmes et autrui, se transporter en voiture émettrice de particules nocives pour eux-mêmes et autrui, être exposés sur leurs lieux de travail à différents poisons, dépenser leur salaire pour acheter et consommer des produits recélant nombre de substances dangereuses. Leurs enfants ne sont pas à l’abri qui manipulent des jouets pas cher ou portent des vêtements pas cher aussi provoquant irritations et allergies. Sans compter l’appétit pour les matières premières qui a conduit à la dévastation de la planète et l’éradication de peuples autochtones et de leur culture. Ce n’est pas en 2050 que cela se passe.  C’est maintenant et le capitalisme en est responsable.

     Pour détourner l’attention sur ces crimes quotidiens, le discours majoritaire sur le changement climatique fait « bouillir les marmites de l’avenir » et, surtout, rend responsables tous les travailleurs-consommateurs qui sont obligés de rouler en voiture ou acheter des produits pas cher, ceux qui recèlent le plus toxicité. De victimes, ils deviennent coupables.  « Faites un geste pour la planète » devient une nouvelle religion qui fonctionne comme une religion productrice de croyances et de sectes. Il suffit de se pencher sur le contenu idéologique des mouvements doctrinaires rattachés à cet arbre. Ils vont de la simple valorisation réactionnaire de l’ancien au nationalisme le plus extrême, qui jette la suspicion sur les produits étrangers, sinon au mysticisme le plus délirant.

     Parallèlement des travaux scientifiques s’attachent à montrer que le changement climatique, en tous cas l’élévation de la température moyenne, est bien lié au fonctionnement du mode de production capitaliste. Il ne s’agit donc pas de le dédouaner sur cette question. Le capitalisme tue maintenant et demain. L’urgence d’une simple vie commande cependant de remettre en avant les problèmes liés aux conditions de travail et de production, au niveau des salaires qui condamnent les employés à n’acheter que du pas cher, à la dépense publique en matière de transport, à la règlementation publique encore insuffisante sur les différentes normes de production, de circulation, de consommation, etc.

     Il reste que, sur le plan méthodologique, il convient de distinguer les deux problèmes. Indiscutablement, le capitalisme est un mode utilisant et propageant des matières toxiques qui tuent directement et indirectement des travailleurs, des consommateurs et leurs descendants. Indiscutablement aussi la température moyenne du globe augmente. Cependant, ce n’est pas le premier changement climatique que l’on observe. Un article publié en février 2006 sous l’égide du CNRS nous apprend  qu’il y a quelques milliers d'années, « à l'emplacement de l'actuel désert du Sahara, régnait un climat humide et se trouvaient de nombreux fleuves et lacs ». Inutile de dire qu’à l’époque, il n’y avait pas d’émissions carbonées dues à l’homme. La présence d’hippopotames a été récemment attestée en Algérie du Nord. Pour le Sahara, le Massachusetts Institute of Technology émet l’hypothèse de cycles climatiques de désertification de 20.000 ans. Bien qu’indéniable, le changement climatique actuel ne serait pas nouveau. Que le capitalisme contribue à son accélération est possible. Mais c’est aussi un mécanisme cyclique indépendant de la présence humaine sur terre. Prenons garde à une lecture exclusivement prométhéenne divinisant l’homme et en faisant le deus ex machina d’évènements cosmiques et occupons-nous, du changement climatique certes, mais, prioritairement, de la santé des humains d'aujourd'hui, compromise par un phénomène, purement humain lui, le capitalisme.

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