Les Gilets jaunes, un mouvement plébéien contre un nouveau patriciat ?

Dès leurs premières apparitions, à partir d’octobre 2018, on pouvait distinguer chez les Gilets jaunes deux types de revendications : les unes politiques, les autres matérielles. Les appareils politiques ont tenté de les récupérer pour déstabiliser le régime, mais une fois encore, ils ont échoué dans leur tentative d'utiliser la spontanéité des masses pour les détourner de leurs objectifs.

Les Gilets jaunes, un mouvement plébéien contre un nouveau patriciat ?

par Ahmed Henni

auteur de Le capitalisme de rente –

De la société du travail industriel à la société des rentiers, Paris, 2012

 

     Le mouvement des Gilets jaunes semble avoir désorienté les analystes, habitués à cadrer les protestations en termes de lutte de classes ou de genres. Rassemblement hétéroclite et informe, il ne regroupe de façon homogène ni des salariés revendiquant contre des employeurs (État compris), ni des femmes réclamant l’égalité, ni des chômeurs exigeant un emploi ou des sans papiers demandant davantage de droits, ni des pauvres se levant contre des riches. Il existe, cependant, un élément unificateur dans les revendications statutaires qu’il exprime: une demande de reconnaissance de la part de ce qui est considéré comme un nouveau patriciat, nouvelle caste méprisante produite par le fonctionnement rentier du capitalisme actuel. De ce fait, il ne surgit pas du néant. En 2017, en France, le capitalisme, s’il a permis aux ménages d’engranger 890 milliards de salaires (bruts), a permis de redistribuer davantage :  1.173 milliards de prestations sociales (816 hors sécurité sociale). Il faut donc revenir aux mutations rentières du capitalisme pour comprendre le surgissement, comme dans l’ancienne Rome – idéaltype de la société rentière, de revendications plébéiennes rassemblant de manière hétéroclite ceux qui ne sont pas des patriciens. Ils ne gouvernent pas ni ne dirigent ni ne dominent. Dans l’ancienne Rome, ils s’activent et travaillent (commerçants, artisans) ou sont inactifs (chômeurs, retraités, dirait-on aujourd’hui). Ils réclament deux choses concomitantes: une participation à la décision et une plus grande redistribution rentière. C’est ce qui me semble caractériser le mouvement actuel.

    Il semblerait qu’un des éléments qui ait contribué à lui donner la matière antifiscale dont il s’est nourri au début soit une pétition lancée le 29 mai 2018 sur le site www.change.org par Mme Priscillia Ludosky, micro-entrepreneuse, « scandalisée », a-t-elle dit par la suite, par la hausse du prix des carburants. Le symbole « Gilet jaune » serait apparu par inadvertance sur une vidéo de  Ghislain Coutard, postée le 24 octobre (Paris-Match, 14 décembre 2018). Celui-ci, est «  technicien mécanicien près de Narbonne, 36 ans, originaire de Grigny, il parcourt tous les jours 500 kilomètres. Il gagne entre 1 800 et 2 300 euros net, [selon l’INSEE, le salaire net moyen est de 2 200 euros], ne se plaint pas pour lui mais pour ses copains « en galère » ». Il se filme avec son gilet jaune qu’il avait oublié d’enlever. Le journal Le Monde du 10 décembre 2018 croit savoir, quant à lui, que le mouvement  « s’est d’abord fait sentir avec l’événement Facebook créé le 10 octobre par Eric Drouet, un chauffeur routier, pour protester contre la hausse des taxes sur les carburants. A nouveau quand huit jours plus tard, l’hypnothérapeute Jacline Mouraud a publié une vidéo de quatre minutes pour dénoncer la « chasse » aux automobilistes. Puis trois jours après, encore, via une pétition réclamant la baisse des prix à la pompe publiée sur la plate-forme Change.org par Priscillia Ludosky, une micro-entrepreneuse de 33 ans ».

     Or, très vite, devant l’ampleur d’un mouvement qui le 17 novembre a touché tout le territoire avec plus de 1.500 actions de blocage de ronds-points, les analystes habituels qui vivent de commentaires au pied levé dans les médias ont évoqué une « jacquerie », un mouvement poujadiste, et un soulèvement d’une prétendue France « périphérique ». Commentateurs et analystes ont repris en chœur cette illusion analytique et ignoré superbement les travaux sérieux d’universitaires comme Anaïs Collet (Rester bourgeois: Les quartiers populaires, nouveaux chantiers de la distinction, 2015) qui montraient un tout autre visage de la société française actuelle. L’analyse que publient Daniel Béhar, Hélène Dang-Vu et Aurélien Delpirou dans Alternatives économiques du 27 novembre 2018 montre que la France des gilets jaunes est une France urbaine qui n’a aucun rapport avec les “jacqueries” reprises unanimement par les auto-proclamés “experts” des médias. On a même convoqué les “sans culotte” de 1789, mouvement exclusivement citadin et  strictement circonscrit à Paris, centre du pouvoir.

     Un élément significatif, la présence remarquable de retraités inactifs, aurait dû orienter les analyses vers de nouvelles directions, celle de rentiers insatisfaits. Le niveau de vie moyen des retraités est, en effet, d’après l’INSEE, supérieur à celui des actifs (de 5,6% en 2015). Certes, nombre d’entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté (en 2018, 32% vivent avec moins de 1.000 euros mensuels). Il serait légitime qu’ils manifestent pour réclamer une augmentation. Cependant, ceci pointerait non pas un antagonisme avec des patrons mais une redistribution rentière plus favorable. Nombre d’entre eux, en effet, interviewés par les grands médias, se plaignent, non pas d’être dans la gêne, mais de ne pas pouvoir faire de cadeaux à leurs petits-enfants, ce qui renvoie encore aux modalités de la redistribution rentière.

     Or, faute d’enquête exhaustive à l’heure actuelle sur les profils majoritaires des protestataires, on peut sans difficulté, sur la base de quelques dizaines d’interviews et biographies produites par des journalistes, récuser les qualifications exprimées à la va-vite. Ce ne sont pas des Jacques, des paysans du 17ème siècle ou des croquants et va-nu pieds en situation de « disette » et souffrant de faim. Ce ne sont pas non plus, comme entre 1953 et 1958, des petits-commerçants entraînés par Pierre Poujade et se révoltant contre le système fiscal et l’introduction de la TVA. Mieux, les commerçants interviewés aujourd’hui expriment un vif mécontentement à l’égard des blocages opérés par les Gilets jaunes et qui entravent les déplacements de leurs clients. On peut, cependant, estimer comme significative la référence au mouvement de Pierre Poujade, dont l’un des députés n’était autre que Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national. Or, il se trouve que l’un des Gilets jaunes qui a tenté de dévier le mouvement vers des revendications politiques factieuses n’est autre que Franck Buhler, ancien adhérent au Front national et actuellement encarté à Debout la République et s’exprimant dans un blog intitulé Patriotosphère. Il est politiquement relayé par Eric Drouet qui a appelé à une marche sur l’Élysée. Cette empreinte ne laisse pas de rappeler les mots d’ordre qui ont agité la plèbe de l’ancienne Rome, qu’on pourrait  facilement aujourd’hui rattacher à l’extrême droite: un mélange de revendications politiques et sociales exprimées le plus souvent par des mâles sous forme de propos chauvins et vulgaires, sinon obscènes, comme les mentions relatives à l’âge de l’épouse du président.

     Si les témoignages abondent sur le côté “bon enfant” de la majorité des manifestants, certains blogueurs ont rapporté les propos extrêmement outranciers d’une minorité, la plus activiste semble-t-il. Il n’est qu’à consulter le recensement opéré par le blogueur sauvergardons-bocage. Il cite notamment deux femmes qui, écrivant à propos de la grande manifestation du 17 novembre, estiment qu’elle ne ressemble “à rien de social, à rien de démocratique, à rien de collectif, à rien d’émancipateur. Le 17 novembre a été une journée de libération de ressentiments, d’aigreurs, de haine des minorités, de refus de la prise en compte de la parole et des contraintes du reste de la population, de nationalisme, tout ce qui va avec la culture d’extrême-droite dont ce mouvement est imprégné jusqu’à la moelle puisque c’est dans ce cadre idéologique-là qu’il a émergé”. Ce n’est cependant pas le cas de la majorité des Gilets jaunes. Il y a bien un mouvement hétéroclite qu’une minorité activiste tente de noyauter et d’orienter hors du champ des revendications matérielles relatives à la fiscalité des carburants. Les agitateurs de la plèbe à Rome ne faisaient pas autrement.

     Se démarquant dans un champ médiatique quasi-totalement acquis aux Gilets jaunes et occultant ses aspects antipathiques,  l’historien Sylvain Boulouque se plaint dans L’Obs du 15 décembre 2018 qu’on ne l’a pas « laisser dire que près d’un « gilet jaune » sur deux est électeur du Rassemblement national, que l’extrême droite tient un certain nombre de ronds-points, qu’une partie des « gilets jaunes » multiplient les saillies racistes, homophobes, sexistes, et usent de l’intimidation et de la violence contre des personnes. L’objectif est clair : décrédibiliser pour faire taire ». Il observait déjà le 11 décembre 2018 que « la carte des points de blocage se superpose en effet de manière assez frappante à celle du vote Front national [aujourd'hui Rassemblement national], exception partielle faite de certaines régions de l’ouest de la France – et peut-on ajouter de l’est de la région parisienne. Ladite enquête [de la Fondation Jean Jaurès] souligne par ailleurs que les revendications portées par les « gilets jaunes » ressemblent étrangement à celles portées outre-Atlantique, par l’électorat de Donald Trump, ou outre-Manche par celles des partisans du Brexit. Par une curieuse cécité, la gauche s’est auto-persuadée que les « gilets jaunes » portaient d’abord et avant tout une revendication sociale alors qu’elle était aussi nationale voir nationaliste », marquée par une « chasse aux migrants à Calais, [des] injures racistes, dénonciation de l’homosexualité, intimidation contre les personnes, etc. ». Marine Le Pen [présidente du Rassemblement national], dont le parti diffuse aux gilets jaunes sur les ronds-points des tracts laissant croire qu'en signant le pacte des migrations de l'ONU à Marrakech, Emmanuel Macron veut faire venir des centaines de millions de migrants en France ». L’éditorialiste du même périodique, Sylvain Courage, ajoute de façon alarmiste : « Les manifestants du 17 novembre ont spontanément créé un embryon de milice populaire en uniforme Les "gilets jaunes", qui rêvaient de vivre au large des villes et de consommer à leur guise, se croyaient libres et se découvrent prisonniers d’une société bloquée. » C’est bien le portrait de rentiers insatisfaits que tente d’encadrer une quasi-milice. Les mouvements de la plèbe à Rome prenaient parfois cette forme. Et, comme à cette époque, des tribuns de la plèbe, en mal de pouvoir, tentent de leur côté d’apparaître comme de futurs leaders du mouvement, que ce soit, à droite, Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan, ou à gauche, Jean-Luc Mélenchon, avec, pour point commun l’objectif de « dégager » la caste des patriciens du pouvoir.

***

     Rendant compte du mouvement des « Gilets jaunes », médias et commentateurs se sont tout de suite précipités sur de grands mots magiques : révolution, révolte, insurrection, soulèvement, etc. comme si la France avait été  à feu et à sang alors que, à part quelques incidents, parfois graves, ici et là,  le pays continuait de fonctionner quasi-normalement. Des lettrés top-models [comme les a qualifiés Pierre Bourdieu] ont  pris le costume d’intellectuel à la française qui leur manquait pour saluer cette révolte populaire, tombant quasiment en adoration devant ces nouveaux « enragés ». L’intellectuel à la française se doit en effet d’être du côté du peuple. C’est le prix de la notoriété. Les rares qui ont osé se démarquer se sont faits copieusement insulter. C’est pourquoi il est difficile de trouver des points de vue analytiques contradictoires qui permettraient de se faire une idée précise du mouvement.

     Or, dès leurs premières apparitions, à partir d’octobre 2018, on pouvait distinguer chez les Gilets jaunes deux types de revendications : les unes politiques, les autres matérielles. Quand ceux qui se sont très vite avérés des factieux d'extrême-droite lançaient les mots d'ordre de « Macron démission », « Dissolution de l'Assemblée nationale », « Sus à l’Élysée » et entretenaient une atmosphère putschiste en se faisant applaudir par l’internationale des extrêmes-droite (Trump, Salvini et Cie), les autres, la grande majorité, se limitaient à des revendications matérielles : diminution des taxes et impôts, augmentation des redistributions rentières. Les premiers voulaient déstabiliser le régime, les seconds espéraient améliorer leur quotidien. Les uns étaient des factieux, les seconds des protestataires, souvent bon-enfant, qui ont suscité la sympathie ou l'approbation de la très grande majorité de la population (les trois-quarts, selon les sondages). Qui, en effet, ne serait pas compréhensif ou solidaire de citoyens qui se disent en souffrance et réclament une amélioration de leur quotidien et une plus grande justice sociale ? Mais, d'après un sondage IFOP, publié le 13 décembre, seulement 19 % de la population se définit comme Gilet Jaune. 51 % ne se sent pas Gilet Jaune mais soutient le mouvement. Et 30 % ne se sentent pas Gilet Jaune. (Sud-Radio). La population sympathise, certes, mais ne suit pas, ni dans la rue, ni dans les urnes: un sondage paru le 6 décembre indiquait que seuls 12% voteraient pour une liste Gilets jaunes aux prochaines élections européennes. Mélangés à eux, les factieux se sont prévalus de ce soutien pour tenter de radicaliser le mouvement et, grâce à des violences spectaculaires à proximité des lieux de pouvoir, le faire apparaître comme « révolutionnaire ». Or, la population majoritaire ne bougeait pas. Les gens continuaient de vaquer à leurs occupations habituelles et, surtout, aucune grève en vue.

     En effet, dès les premières manifestations du mouvement, et devant ce mélange inattendu de revendications politiques, explicites, d'un côté, et matérielles, classiques, de l'autre, mélange qui suscita, sans doute, leur  méfiance, les syndicats se sont tenus à l'écart. Cette méfiance et l’attentisme dont ils ont fait preuve ont dû redoubler lorsqu’il s’avéra que des porte-paroles autoproclamés des Gilets jaunes étaient d'anciens membres de partis d’extrême-droite ou des sympathisants et électeurs de ces mouvements (Rassemblement  national et Debout la République, entre autres). De nombreux manifestants agitaient des symboles identitaires (drapeau tricolore, par exemple) qui ne trompaient pas sur la présence d’activistes nationalistes au sein du mouvement. Les salariés encadrés par les syndicats ne suivirent donc pas. Ils n’étaient certainement pas insensibles aux réclamations des protestataires mais ils ne voulaient pas rejoindre des factieux. On les a vus dans d’autres circonstances rétablir le courant électrique chez certains pauvres qui n'avaient pas pu payer leur facture d'électricité.  Quant à provoquer une crise politique de régime, ils ont toujours craint l’aventurisme – qu’ils reprochent sans cesse aux gauchistes. Donc pas un jour de grève. Ce serait, ont-ils craint sans doute, donner une victoire facile à l’extrême droite et créer probablement une occasion pour le régime de retourner la répression contre eux. Ils attendirent.

     Une autre catégorie se tint à l'écart du mouvement : les gens dits des « quartiers », descendant souvent d’immigrés venus des anciennes colonies, et  qui, pourtant, sont frappés de pauvreté et, souvent, d'abandon de l’État central. Une explication possible serait que, venant pour la plupart de l'extrême-droite, la minorité activiste  du mouvement des Gilets jaunes ait été absente de ces « quartiers ». Pour mobiliser, sans doute, les « petits blancs », ces activistes ont tenu, de surcroît, à exhiber des symboles identitaires et proférer des paroles racistes.

     Face donc à l'attentisme des syndicats, attribué probablement à de vieilles méfiances anti-staliniennes propres à l'histoire de France, certains groupuscules gauchistes, échouant à mobiliser les salariés ont tenté, sans succès, de rejoindre le mouvement des Gilets jaunes pour l'orienter, sinon vers un éternel grand soir anticapitaliste du moins vers une expression plus à gauche des revendications. Le ralliement au mouvement du leader de la France insoumise, parti politique institutionnel se disant à gauche, a surpris. Venir en renfort en croyant pouvoir neutraliser la minorité d’activistes d’extrême droite ou tout simplement provoquer la crise espérée du régime a provoqué quelques discrètes réactions négatives. Qui, en effet, parmi les leaders politiques, les lettrés ou les journalistes aurait osé le désavouer publiquement et énergiquement ? Si l’on voulait préserver sa notoriété, il convenait d’afficher une sympathie apparente aux Gilets jaunes. Mieux : certains écrits tentaient de théoriser les vertus d’une convergence des populismes de droite et de gauche. Le clivage n’opposerait plus la droite et la gauche mais gouvernants et gouvernés, patriciat organisé en caste et peuple – dont la souffrance n’est ni de droite ni de gauche, et, enfin, clivage entre les mondialistes pro-européens au pouvoir et ceux qui défendent les intérêts nationaux du peuple français qui sont dans la rue.

     Après un 24 novembre qui se voulait peut-être une réédition du 6 février 1934, avec cette fois-ci une marche sur l’Élysée, les factieux ont espéré que les protestataires les suivent dans la violence – certains l’ont fait – et en deviennent la chair à canon qu'ils espéraient. L'ampleur des réactions négatives face aux dégâts provoqués lors de cette journée a conduit la majorité des protestataires à prendre conscience de leur instrumentalisation par les factieux et à se démarquer d'eux. Le mouvement s'autonomisait des politiques et, en négociant avec le pouvoir, pouvait ainsi avoir des chances de voir satisfaite une partie de ses revendications matérielles. Le pouvoir « patricien » céda et accorda, sur le compte du Trésor public, un « ruissellement » supplémentaire de redistribution rentière (abandon des taxes supplémentaires sur les carburants, défiscalisation des heures supplémentaires, distribution, aux frais de l’État, d’une prime de 100 euros mensuels aux titulaires du salaire minimum, abandon de la hausse de la CSG pour les retraités percevant moins de 2.000 euros). Le mouvement s’affaiblit et, à part quelques irréductibles, on en annonça la fin prévisible. Il n’était plus question de renverser le régime. En conclusion : une fois encore,  les appareils politiques ont échoué dans leur tentative d'utiliser la spontanéité des masses pour les détourner de leurs objectifs. Mais le patriciat n’en est pas sauf : jusqu’à quand pourra-t-il acheter la paix sociale quand la redistribution, petite rentière le plus souvent, coûte déjà plus de 30% du revenu national ?

 

16 décembre 2018

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