Le droit à l’éducation: inaccessible sans enseignant qualifié

A l’occasion de la Journée Mondiale des Enseignants (5 octobre), Aide et Action rappelle qu’offrir une éducation de qualité à tous les enfants est impensable sans enseignant formé, qualifié et accompagné. Or, force est de constater que le droit à un enseignant qualifié, aussi élémentaire soit-il, n’est aujourd’hui pas respecté dans bon nombre d’états, y compris les plus développés.

L’éducation est un droit de l’Homme, un droit fondamental qui garantit que tout individu a droit à une éducation sans discrimination aucune. Chaque enfant doit pouvoir aller à l’école et y recevoir une éducation de bonne qualité. Ce droit à l’éducation, même s’il est loin d’être partout respecté, a été largement reconnu par un grand nombre de textes normatifs internationaux telle que la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et a été institué aux Nations Unies comme l’un des 17 Objectifs de Développement Durable à atteindre d’ici 2030.

Avoir un enseignant de qualité : un droit fondamental

Pour autant, cette reconnaissance internationale omet le plus élémentaire des droits liés à l’éducation : celui d’avoir droit à une prise en charge par des professionnels de l’éducation, diplômés, qualifiés, et en situation de répondre aux besoins et demandes de leurs élèves. Or, aujourd’hui, force est de constater que ce droit élémentaire n’est pas respecté dans bon nombre d’états, y compris les plus développés.

Des enseignants insuffisamment préparés et accompagnés

Comment imaginer qu’un enseignant puisse transmettre un savoir quand il n’a aucun matériel et quand, plus grave encore, il ne maîtrise pas lui-même les compétences de base ? Inimaginable ? Et pourtant, il n’est pas rare aujourd’hui de voir dans de nombreux pays en développement des enseignants posséder à peine un niveau supérieur à celui de leurs élèves. La massification de l’accès à l’éducation a au cours des 20 dernières années permis à des millions d’enfants d’accéder à l’école, mais, pour garantir leur prise en charge, les Etats ont dû intensifier le recrutement et ont sacrifié le niveau des candidats au point de nommer enseignants  des hommes et femmes sans compétences adéquates.

Résultat aujourd’hui, la qualité de l’enseignement et le niveau des plus jeunes s’en ressentent. Peu étonnant dans ces conditions que 399 millions d’enfants, ayant passé  plusieurs années sur les bancs de l’école, ne maîtrisent pas les compétences de base en lecture et mathématiques.

Le système éducatif public en pâtit

Ce sont sans conteste autant d’éléments qui contribuent aujourd’hui à faire perdre au système d’éducation publique toute crédibilité auprès des familles et qui peine à faire naître des vocations enseignantes chez les plus jeunes. Car qui souhaiterait, tel en Afrique, se voir confier des classes pouvant compter plus de 60 élèves, sans infrastructure, sans matériel, et pour un salaire de misère ? Qui aurait envie comme au Laos ou au Vietnam de se présenter sans formation dans des écoles de fortune, installées en zone rurale, où les enfants ne parlent pas un mot de la langue d’enseignement ? Une telle profession demande une réelle vocation et un amour véritable pour la transmission du savoir, d’autant plus quand les traitements proposés sont loin d’être à la hauteur. Il n’est pas rare au Cambodge ou en Chine de voir ainsi des enseignants occuper deux emplois pour joindre les deux bouts, leurs salaires d’enseignant étant trop faibles, parfois quasi inexistants, pour faire vivre leurs familles.

Faire face à la crise enseignante

Faiblesse des salaires, manque de reconnaissance sociale, absence de formation, conditions d’exercice difficiles sont aujourd’hui des maux courants liés au métier enseignant. Ces traits ont inexorablement conduit à une crise des vocations et à une pénurie d’enseignants. On estime aujourd’hui qu’il manque près de 69 millions d’enseignants pour offrir à tous les enfants une éducation de qualité d’ici à 2030. Soit près de 24.4 millions d’enseignants dans le primaire et 44.4 millions d’enseignants dans le secondaire. Les pays d’Afrique Subsaharienne et d’Asie du Sud représentent à eux seuls plus de 76% des nouveaux enseignants nécessaires (14.6 millions d’enseignants) dans les pays en développement pour réaliser l’enseignement primaire et secondaire universel d’ici 2030. On pourrait s’attendre à ne pas trouver de problèmes similaires dans les pays développés qui répètent à l’envie que l’éducation est leur priorité. Pourtant que ce soit en France, au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas, la colère des enseignants devant leurs conditions de travail et manque de formation s’amplifient. Sans parler du sort de leurs confrères américains, dont le triste quotidien a été finement saisi dans l’un des derniers numéros de Times Magazine. Salaires insuffisants, dévalorisation de la profession, critique aiguë des formations initiales et continues, aggravation des conditions d’exercice, manque de personnels… bref, la crise enseignante semble être à son apogée.

Les enseignants, clef de notre avenir

Force est de constater que dans ces conditions, garder les enseignants et en trouver de plus jeunes sera chose complexe. Et pourtant, les Etats ne semblent pas toujours volontaires pour repenser et améliorer au plus vite la condition enseignante. Faute de budget adéquat peut-être, faute de volonté politique probablement. Reste néanmoins de grosses interrogations quant à l’avenir et à la qualité des systèmes éducatifs. Les pays soumis à de fortes pressions pour recruter davantage d’enseignants, faire face à la pression démographique et répondre aux besoins croissants d’une jeunesse en mal de formation, sauront-ils trouver et engager les ressources nécessaires pour augmenter les taux de recrutement et garantir en même la formation et le niveau de qualification des enseignants ?

Il est temps pour les Etats d’investir

La question reste posée car si  l’éducation de qualité pour tous est bel et bien notre objectif, celui des 193 Etats, dont la France, qui se sont engagés à l’atteindre en 2030, il est impensable et impossible pour les Etats de sous-estimer la question des enseignants. Ils sont la clé de voûte d’un système éducatif de qualité et plus encore la main ouvrière dont dépendent le bon développement et la réussite des générations de demain. Il est de notre devoir à tous de leur donner les moyens suffisants et nécessaires, de les accompagner et de les former, pour réaliser leurs missions,  qui ressemble à s’y méprendre à un véritable sacerdoce.

 

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