Pisa sans surprise: Inégalités en hausse pour la France!

Les résultats du Programme international pour le suivi des acquis ( PISA), mené auprès de 600 000 élèves de 15 ans dans 79 pays , sont encore décevant pour la France. Si l’Hexagone semble cette fois se classer au dessus de la moyenne des pays de l’OCDE, elle se fait une nouvelle fois taper sur les doigts pour ses inégalités grandissantes.

 

Dévoilant les résultats du  « Programme international pour le suivi des acquis » (PISA) 2018 en ce mardi 3 décembre, le constat fait par Angel Gurria, Secrétaire Général de l’OCDE, sur le système éducatif français est sans appel. « La France occupe dans Pisa une place honorable au dessus de la moyenne. Mais c'est un des pays les plus inégalitaires. Agir pour réduire les inégalités est urgent. L'enjeu principal est celui de la capacité du système scolaire français à faire progresser les plus fragiles. Il faut allouer les ressources là où il y a des besoins. Il faut former les enseignants et lutter contre l'échec scolaire dès le plus jeune âge ».

Un score en hausse qui cache une forte ségrégation

Tout est dit : certes les élèves français ont en moyenne mieux réussi les tests (compétences de l’écrit, mathématiques et sciences) que les années précédentes  et se classent aujourd’hui un peu au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE (493 points, soit au dessus de la moyenne de l’OCDE à 487), mais, comme les années précédentes, cette moyenne cache d’importantes inégalités. «  Comme déjà observé lors des éditions précédentes de PISA, la France est l’un des pays de l’OCDE où le lien entre le statut économique et la performance dans PISA est le plus fort avec une différence de 107 points entre les élèves issus d’un milieu favorisé et ceux issus d’un milieu défavorisé. », notent les experts de l’OCDE dans les conclusions sur les résultats de la France.

« L’égalité des chances », un mythe plus qu’une réalité

Force en effet de constater que les élèves français issus de milieux défavorisés réussissent moins bien que les autres : près de 40 % d’entre eux, contre 34% en  moyenne pour l’OCDE, ont des difficultés en culture de l’écrit, mathématiques et culture scientifique. Ils manifestent également des ambitions moins élevée que les autres : un élève défavorisé sur 5 ne prévoit pas de faire des études longues, alors que ce pourcentage est très faible parmi les élèves issus de milieu favorisé. Au total, seuls deux pays – Israël et le Luxembourg - sur les 79 interrogés dans le cadre de PISA ont un niveau d'inégalités sociales plus important que la France. Autant dire que la célèbre égalité des chances dont se vante la France depuis Jules Ferry est plus un mythe qu’une réalité.  

L’éducation nationale fait l’autruche

Le Ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer a pourtant accueilli ses résultats favorablement, mettant en avant les mesures prises depuis sa nomination : classes dédoublées, "devoirs faits" et réforme des Instituts Nationaux Supérieurs de l'Enseignement et du Professorat  ( INSPE) pour une formation officiellement plus "pratique" que théorique…. Des mesures qui font toutefois pâle figure à côté des nombreux problèmes soulevés par l’OCDE : manque de matériels adéquats dans les établissements, concentration des élèves en difficulté dans les mêmes écoles, forte indiscipline dans les classes et augmentation des élèves absentéistes ou en retard. A cela s’ajoute un mal-être grandissant des élèves français. Interrogés sur leurs sentiments, ils pointent du doigt un faible sentiment d’auto-efficacité et une plus grande peur de l’échec que la moyenne observée dans les pays de l’OCDE. Ils craignent également de ne pas avoir suffisamment de talents. A peine 6 élèves sur 10 ont confiance en eux et la part des élèves satisfaits de leur vie est en baisse. L’OCDE souligne également la faible implication des parents français dans l’éducation de leurs enfants : environ 39% des parents ont discuté de leurs progrès avec le professeur de leur propre initiative contre 41% en moyenne dans l’OCDE et seuls 11% des parents ont participé à la gestion de l’école contre 17% dans l’OCDE. Ces pourcentages décroissent encore dans les établissements défavorisés mais le point noir reste la qualité de l’enseignement dispensé.

Le point noir : la qualité de l’enseignement

Comme le souligne, Andreas Schleicher, Directeur de l'Education et des Compétences à l’OCDE, les pays les plus performants au test PISA ( Shanghai, Singapour…)  ont clairement privilégié la qualité de l’enseignement dispensé pour améliorer les performances des élèves et les résultats sont au rendez-vous. Dommage que la France  n’ait clairement pas fait ce choix : 87% des enseignants des lycées favorisés sont certifiés ou agrégés, contre 58% pour les enseignants des lycées défavorisés. Le nombre d’enseignants vacataires se multiplient, la nomination d’enseignants sans expériences en zone prioritaire aussi. La formation des enseignants et leurs accompagnements sont eux aussi pointés du doigt : à peine 57% des élèves français déclarent que leurs enseignants semblent s’intéresser en général aux progrès de chaque élève, contre 70% en moyenne dans l’OCDE. Et plus d’un élève sur 3 estime que son professeur n’apporte pas  ou seulement parfois de l’aide supplémentaire en cours lorsque les élèves en ont besoin. Enfin, nos élèves regrettent le manque de retour individualisé sur leur travail. Clairement, il y a du boulot et urgence à remettre sur pied le système éducatif français. Pour autant, la valse des réformes à laquelle on assiste depuis plusieurs années et le refus du ministre d’écouter le mal-être enseignant ne semble pas de bon augure face à un tel chantier. 

 

> Découvrir l'évaluation PISA de la France

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