Femmes-filles: la discrimination durera-t-elle encore longtemps?

8 mars 2018. Une nouvelle Journée de la Femme à célébrer. Un anniversaire de plus. Mais pour quels résultats ? Les conditions de la fille et de la femme se sont améliorées au cours des dernières années mais l'égalité est loin d'être atteinte. Pourtant tout porte à croire que 2018, portés par des mouvements comme Me Too et la priorité donnée à l’égalité homme-femme, pourrait faire la différence.

En cette année 2018, les mouvements de libération de la condition féminine semblent  se multiplier. Entre les mouvements MeToo et TimesUp nés aux Etats-Unis pour dénoncer le harcèlement sexuel, la volonté en France de modifier la grammaire pour que le masculin ne l’emporte plus sur le féminin, la décision affichée de la France de donner la priorité à l’égalité homme-femme dans sa politique extérieure, et la volonté politique internationale de prioriser l’éducation des filles, on assiste depuis le début de l’année 2018 à une convergence d’actions qui laissent heureusement penser qu’un réel mouvement de subversion du rapport homme-femme est à l’oeuvre et ne pourra plus s’arrêter. 

Un mouvement de subversion à l’œuvre, des progrès de taille à réaliser

Qu’un mouvement de subversion et qu’une réelle prise de conscience de la nécessité de faire respecter les droits des filles et des femmes soient à l’œuvre, nous n’en doutons guère. Mais la marge de progrès, elle, reste de taille. D’après l’ONU Femmes, qui a publié le 14 février dernier son rapport « Traduire les promesses en actions : l’égalité de genre dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030 », les discriminations des femmes sont encore omniprésentes  et  "menacent de compromettre le potentiel de transformation du Programme de développement durable à l'horizon 2030 de manière concrète et mesurable": 

  • Education : 34.3 millions de filles sont exclues de l’école primaire, contre 29.1 millions de garçons.
  • Pauvreté : Pour 100 hommes, ce sont 104 femmes qui vivent avec moins de 1,90 dollar US par jour. Plus de 50% des femmes et des filles vivant en milieu urbain dans les pays en voie de développement n’ont pas accès à au moins l’un des éléments suivants : eau potable, installations sanitaires améliorées, logement durable et espace habitable suffisant.
  • Violence : 1 femme de moins de 50 ans sur 5 a subi des violences physiques et/ou sexuelles de la part d’un partenaire intime au cours des 12 derniers mois. 49 pays dans le monde ne disposent d’aucune loi pour protéger les femmes des violences sexuelles.
  • Travail : Seulement 63 % des femmes de 25 à 54 ans forment partie de la population active mondiale, contre 94 % des hommes de la même tranche d’âge.  Les femmes accomplissent la grande majorité des travaux non payés, y compris la garde et le soin des enfants, la préparation des repas, le nettoyage et les travaux agricoles. Les femmes assument 2,6 fois plus de tâches familiales et de travaux domestiques non rémunérés que les hommes. 
  • Santé : 830 femmes meurent chaque jour de causes liées à la grossesse et à l’accouchement. Dans près de 2/3 des pays les femmes sont plus susceptibles de connaître l’insécurité alimentaire que les hommes. 200 millions de femmes excisées dans le monde, dont près de 60 000 en France selon les chiffres des associations travaillent pour la lutte contre l’excision.

Pourquoi de telles discriminations ?

Au-delà du poids des traditions et de la pensée patriarcales dans le monde, l’omniprésence des discriminations à l’égard des filles et des femmes s’explique par le caractère « vicieux » et répétitif » des discriminations que rencontrent les femmes. Les femmes excisées, du fait du poids des traditions, ont tendance à exciser leurs filles, les femmes-sous alimentées enfantent des bébés malnutris, une femme non éduquée n’a pas conscience de l’importance d’envoyer son enfant à l’école…. Dans un article du Monde du 22 février 2018, l’économiste Paul Seabright revient sur la malnutrition en Inde qui impacte davantage les petites filles que les garçons. « Trop souvent, les nouvelles mamans sont des adolescentes, dont une proportion effrayante (75 %) sont anémiques. Avec seulement 5 kilos en moyenne, contre pratiquement 10 kilos dans le reste du monde, la plupart ne prennent pas suffisamment de poids pendant leur grossesse. Ces adolescentes mal nourries ne peuvent pas mettre au monde d’enfants en bonne santé et perpétuent donc ce cercle vicieux de la malnutrition d’une génération à l’autre. » écrit-il avant d’indiquer que la seule solution à ce cercle vicieux reste l’éducation.

Quelles solutions pour un monde sans inégalité de genre ?

Preuve a été faite qu’une femme éduquée aura elle-même des enfants plus éduqués, en meilleure santé, mieux nourris, contribuant au développement de leur pays... Une meilleure prise en compte des droits des femmes est donc non seulement bénéfique mais indispensable au développement du monde en général. D’après l’ONG One, la réduction des inégalités dans le monde entre les filles et les garçons en matière d’accès à l’éducation pourrait d’ailleurs rapporter entre 112 et 152 milliards de dollars chaque année aux pays en développement. Des sommes loin d’être négligeables qui permettraient d’améliorer l’accès du plus grands nombre aux services de base.

Pour parvenir à un développement durable pour tous, à un monde sans faim, pauvreté, inégalité… d’ici à 2030, comme près de 195 Etats s’y sont engagés en adoptant les Objectifs de Développement Durable en 2015, les droits des femmes ne doivent donc plus être laissés de côté. Deux étapes s’imposent désormais :

  • mieux connaître la situation des filles et des femmes en collectant davantage de données chiffrées. A l’heure actuelle, à peine 26 % des données nécessaires au suivi des indicateurs sexo-spécifiques au niveau mondial sont disponibles. Cela freine l’évaluation et le suivi des progrès concernant femmes et les filles.
  • Faire des filles et des femmes des bénéficiaires ou co-bénéficiaires de tout programme de développement, comme s’y emploient depuis 2013 l’Agence Française de Développement et bon nombres d’ONGs, parmi lesquelles Aide et Action.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.