Journée Internationale des femmes: une rose ne suffira pas

L’égalité homme-femme ne sera pas atteinte avant l’an 2234 selon le Forum Economique Mondial. Une énième Journée Internationale des Femmes célébrée le 8 mars n’y changera a priori pas grand-chose. Mais entre l’émergence de figures féminines, actrices de changement, et l’appropriation par les plus hautes instances politiques du concept de genre, un changement rapide est envisageable.

La Journée Internationale des Femmes, célébrée le 8 mars, revient comme un éternel refrain : elle nous rappelle simultanément que la femme supporte le poids de plusieurs centaines d’années de patriarcat mais qu’un mouvement est en marche pour parvenir à sa libération et à l’égalité des sexes. Mais si la soumission des femmes a plus que duré, il faut désormais reconnaître que le mouvement pour parvenir à l’égalité des sexes semble lui aussi prendre tout son temps. Preuve en est :

  • En 2019, les femmes sont surreprésentées dans les emplois vulnérables et dans le secteur informel
  • Elles sont aujourd’hui payées globalement 23% de moins que les hommes (ONU Femmes).
  • 35% des femmes sont victimes de violences physiques ou sexuelles dans le monde (OMS).
  • En éducation, les inégalités persistent puisque deux fois plus de filles que de garçons ne commenceront jamais l’école et que 150 millions de filles ont fait l’expérience de violences sexuelles à l’école dans le monde
  • Selon le rapport de référence du Forum Economique Mondial, au rythme actuel, il faudra 108 ans pour combler les inégalités entre les femmes et les hommes et 202 ans pour parvenir à la parité dans le monde du travail.

L’égalité, si elle est atteinte ne le sera donc pas, avant 2234[The Global Gender Gap report, 2017 ]. Soit plus de deux siècles d’attente encore si le monde n’est victime d’aucun retour en arrière. Malgré plusieurs décennies de mobilisation, les femmes sont donc toujours davantage victimes de violences, exclues de l’éducation, et quasiment toujours moins bien rémunérées que des hommes. Face à un tel tableau, il est fort peu probable que mettre les femmes à l’honneur  une journée par an, leur offrir un petit cadeau ou une rose rouge change réellement la donne, ou participe d’une manière ou d’une autre à une quelconque libération.

 A quand une Journée Internationale des Genres ?

 Heureusement, des actions  de plus grande ampleur sont à l’œuvre et transforment en profondeur la société. A l’origine, des mouvements féministes bien sûr mais aussi l’apparition dans les années 1970 d’un concept fort, révélateur des inégalités entre les deux sexes : le « genre ». Cette nouvelle grille de lecture de la société a en effet mis en lumière les rapports de pouvoir et de domination entre les deux sexes et a permis à la femme, mère et responsable du foyer, d’accéder à l’empowerment et à la prise de décision.

D'objets, privés de droits, les filles sont progressivement devenues sujets et plus important encore, actrices de changement. Et pour cause, le genre, au départ prisé par un certain milieu d’experts, de féministes et de sociologues, a progressivement investi les plus hautes instances politiques de tous les pays. De nombreux états et gouvernements ont adopté des lois, mis en place des actions sensibles aux genres et transformatives… qui ont offert aux individus (garçons et fille) des chemins alternatifs à ceux imposés depuis des siècles par nos sociétés. Mais le chemin reste encore long, trop long, pour parvenir à une parfaite égalité des genres.

 Ne laisser –cette fois- aucune fille de côté

C’est du moins le message lancé cette année par la société civile aux sept pays les plus puissants du monde qui se réuniront pour le G7 France les 24 et 26 août prochain à Biarritz. En dépit des nombreuses promesses et discours faisant de l’égalité homme-femme une priorité, aucun état, pour l’heure, ne peut prétendre l’avoir atteinte. Ce prochain G7 est donc l’occasion de changer la donne. Le G7 Canada en juin 2018 avait frappé fort en faisant de l’éducation des filles un engagement prioritaire  via la Déclaration de Charlevoix et en créant un Conseil Consultatif à l’égalité Femmes-Hommes. 

Emmanuel Macron, qui préside cette année le G7, a promis de poursuivre sur cette lancée  et de cibler 3 axes prioritaires à savoir l’éducation des filles, les violences contre les femmes et leur développement économique, notamment en Afrique de l’Ouest. Emmanuel Macron a par ailleurs renouvelé dans sa composition et dans son mandat le Conseil Consultatif du G7 à l’égalité Femmes-Hommes. Réunies pour la première fois à l’Elysée le 19 février dernier, 30 personnalités représentant l’ensemble des régions du monde et des secteurs, se sont vus confier la mission d’aider le gouvernement français à identifier partout dans le monde les lois exemplaires en matière d’égalité homme-femme et à promouvoir ces lois dans les pays du G7 et les pays partenaires qui auront décidé de se joindre à l’initiative  nommée " Partenariat de Biarritz".

Pour une éducation inclusive et transformative

Est-ce à dire que la mise en exemple d’un bouquet législatif, non contraignant, sera suffisante ? Non, bien sûr mais, la société civile se réjouit de cette initiative et de cette volonté affichée de faire de l’égalité des genres une priorité. Elle se montrera toutefois extrêmement vigilante et attendra au-delà des paroles des actions concrètes en faveur des filles. Lors de sa rencontre avec les sherpas du G7 les 4 et 5 février dernier à Lyon, la société civile Education, dont Aide et Action est membre, a présenté ses attentes en matière d’éducation et a demandé une hausse de l’aide internationale à l’éducation à hauteur de 15% de l’Aide Publique au Développement totale pour ne plus laisser personne de côté, notamment les filles.

Les acteurs de la société civile Education s’accordent sur l’impérieuse nécessité d’actions en faveur d’une éducation inclusive et transformative. Nous préconisons donc aux états d’adopter une approche intersectorielle et multipartite afin de développer des plans d’éducation sensibles aux genres. Objectif : avoir une approche qui tienne compte des conditions spécifiques à chaque sexe et qui soit capable de changer les mentalités, afin de ne plus laisser aucune fille de côté. Une  attention particulière doit être portée aux situations de crise, où les filles sont 2,5 fois plus susceptibles d’être exclues de l’éducation ; à l’éducation petite enfance ; secteur encore très peu développé, il favorise pourtant l’entrée et le maintien des filles à l’école ; et à la transition primaire-secondaire, où de nombreuses filles abandonnent encore trop souvent l’école en raison de mariage ou grossesse précoce.

 

 

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