CICID : des avancées pour l’éducation mais la vigilance est de mise

Le relevé de décisions du tout premier Comité Interministériel de la Coopération International et du Développement du quinquennat Macron laisse perplexe. Il laisse espérer de grandes avancées en matière d’éducation, de changements climatiques, d’égalité hommes-femmes mais lie très clairement aide au développement et contrôle des flux migratoires. La vigilance est de mise souligne Aide et Action.

« L’éducation, longtemps parent pauvre de l’aide au développement de la France, est aujourd’hui clairement reconnue comme un secteur prioritaire de l’Aide Publique au Développement de la France. Et nous ne pouvons que nous en réjouir », estime Charles-Emmanuel Ballanger, Directeur d’Aide et Action France au lendemain de la publication du relevé de décisions du Comité Interministériel pour la Coopération Internationale et le Développement. Le Comité qui se réunit une fois par an  sous la présidence du premier ministre  avait pour mission le 8 février dernier de définir la politique de coopération internationale de la France sous le quinquennat Macron.

L’aide à l’éducation de base, grande priorité

 « L’accent est tout particulièrement mis sur l’aide à l’éducation de base, notamment vers les 19 pays dits prioritaires (Sahel). Associé à l’annonce d’un renforcement de la composante don de notre aide au développement, cela représente un changement radical et un véritable progrès : jusqu’ici l’aide bilatérale à l’éducation de base ne représentait que 2.5% de l’aide publique française au développement, et à peine 1/3 de cette aide était dirigée vers les 17 pays prioritaires. Pour rappel, 250 millions d’enfants aujourd’hui ne vont toujours pas à l’école, 600 millions ne savent ni lire, ni écrire et très grande majorité d’entre eux vivent en Afrique Subsaharienne. Une réelle prise de conscience des besoins et des enjeux était nécessaire et attendue» souligne le directeur d’Aide et Action France. Si d’autres bonnes nouvelles sont à souligner en matière d’aide à l’éducation (200 millions d’euros alloués au Partenariat Mondial pour l’éducation, 100 millions d’euros de subventions additionnels en bilatéral, la volonté affichée de cibler l’éducation et l’autonomisation  des jeunes filles et de développer la formation et l’insertion socio-professionnelle…), l’objectif d’une politique de développement plus ambitieuses en termes d’objectifs, de moyens et de cohérence n’est pas totalement atteint.

Manque de clarté et d’ambition

« La trajectoire d’une APD à hauteur de 0.55% du PNB est confirmée[1], mais nous regrettons que l’effort ne soit accru que sur la fin du quinquennat. Par ailleurs, même si le rôle des organisations non gouvernementales, leur savoir-faire et expertise sont reconnus, même si le Président en personne a souligné leur rôle de terrain et leur efficacité, les montants qui transitent par elles restent faibles, flous et ne sont surtout attachés à aucun calendrier précis », souligne Charles-Emmanuel Ballanger. Aide et Action salue l’effort inédit fait par la France pour atteindre 500 millions d’euros d’aide humanitaire d’ici 2022, les 1.5 milliard d’euros pour l’adaptation au changement climatique et la volonté de faire de l’égalité homme-femme la grande cause du quinquennat. 

Aide au développement et politique migratoire : soyons vigilants

 « Mais notre plus gros point d’inquiétude », ajoute Charles-Emmanuel Ballanger , « reste cette volonté de lier aide au développement et politique migratoire. La politique de coopération de la France n’a  jamais eu pour but de réguler les flux migratoires, elle est faite pour que progressent les droits humains, l’accès à l’éducation, à la santé, la lutte contre la faim et les inégalités et pour que tout homme et femme aient, comme l’a si justement rappelé Emmanuel Macron à Dakar le 2 février dernier, " la possibilité de choisir son avenir. C’est cela la promesse de l’éducation", c’est cela également la promesse du développement. Rien d’autre. Nous veillerons donc à ce que cela ne change pas. ».

 

[1]  L’APD augmentera à 0.44% du PNB en 2018 et 2019 ; 0.47% en 2020, 0.51% en 2021 et 0.55% en 2022 selon le relevé de décisions du CICID.

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