Aide au développement : la France relève la tête mais doucement

Aide et Action se réjouit de la hausse de l'aide publique au développement en 2017 (+15%). Mais la vigilance reste de mise : la marche vers une APD solide, à la hauteur des enjeux et besoins de notre monde, et dont l’inconditionnalité sera en tous points préservée, sera sans doute encore longue.

Bonne nouvelle : La France a consacré 0.43% de son PIB à l’aide au développement en 2017, d’après les nouveaux chiffres de l’aide au développement publiés ce 9 avril par l’OCDE.  Une nette amélioration donc par rapport aux années passées (0.38% en 2016 et 0.37 en 2015) et une excellente raison de se réjouir comme le souligne Coordination Sud dans son communiqué pour les nombreuses ONG, qui se sont mobilisées de manière exceptionnelle fin 2016 pour que la France tourne enfin la page d’une décennie de tendance baissière de l’aide au développement française.  

Plus forte hausse parmi les pays de l’OCDE

La France a donc accru son APD de près de 15% (14.9%), un record parmi les pays de l’OCDE. Elle semble donc sur la bonne voie pour atteindre les 0.55% promis par Emmanuel Macron d’ici à 2022, même si pour l’heure comme le souligne Oxfam France dans Libération, cette augmentation ne doit pas grand-chose à la politique de l'actuel Président de la République : « elle est en grande partie due au relèvement de la taxe sur les transactions financières décidé sous l’ère Hollande et entré en vigueur le 1er janvier 2017 ».

La France sur la bonne voie ?

Reste que cette hausse est de bonne augure et confirme les propos tenus par le Secrétaire d’État aux Affaires Étrangères Jean-Baptiste Lemoyne en ouverture du CNDSI en février dernier : « Nous avons mis fin à une érosion des moyens depuis 2010. La France se devait de relancer la solidarité internationale et de redessiner en profondeur son APD de manière quantitative et qualitative. Nous avons la volonté d’une APD plus ambitieuse, avec plus de dons, plus d’aides bilatérales, nous concentrerons nos efforts sur 19 pays prioritaires et l’action sur 5 secteurs clés, à savoir : la stabilité intérieure, l’égalité homme-femme, l’éducation, notamment celle des filles, le climat et la santé. »

La vigilance reste de mise

Ainsi énoncée en février dernier, l’ambition de la France en matière de solidarité internationale est donc de taille. Et dans ce contexte, cette hausse de l’APD n’est qu’un tout premier petit pas. Bien loin d’être suffisante, souligne Aide et Action.  Non seulement la France est très loin de tenir sa promesse de 1970 d’allouer 0.7% de son PIB à l’APD, mais elle doit encore présenter un calendrier prévisionnel précis de la hausse de son APD pour atteindre les 0.55% promis par Emmanuel Macron d’ici à 2022, et pour lequel 6 milliards d’euros en 5 ans seront à trouver. Elle doit également revoir la répartition prêt/don en faveur de ces derniers, cibler les pays véritablement prioritaires et donc les moins avancés (en 2016 seul un quart de l’APD France était destiné aux pays les plus pauvres). Enfin les ONG espèrent également voir les montants transitant par les ONG sensiblement augmenter. « Même si le rôle des organisations non gouvernementales, leur savoir-faire et expertise sont reconnus, même si le Président en personne a souligné leur rôle de terrain et leur efficacité, les montants qui transitent par elles restent faibles, flous et ne sont surtout attachés à aucun calendrier précis », souligne Charles-Emmanuel Ballanger, Directeur d’Aide et Action France-Europe. À l’heure actuelle, seulement 2% de l’aide bilatérale transite par les ONG françaises contre une moyenne de 13% dans les pays de l'OCDE, les privant ainsi d’une grande marge de manœuvre et d’initiative.

En matière d’APD, la France a donc commencé à relever la tête et Aide et Action ne peut que s’en réjouir. Mais la vigilance reste de mise : la marche vers une APD solide, à la hauteur des enjeux et besoins de notre monde, dont l’inconditionnalité sera en tous points préservée, sera sans doute encore longue.

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