Journée de la Fille :Pour que chaque fille puisse dire "ma place est à l’école"

Pour l’ONG Aide et Action, la Journée Internationale de la Fille est l’occasion de mettre des mots sur les maux qui pèsent encore sur le quotidien de millions de jeunes filles, trop souvent exclues de l’éducation.  L’occasion également de leur donner voix au chapitre afin que chacune d’elle puisse un jour dire : « ma place est à l’école ».

La Journée Internationale de la Fille est célébrée le 11 octobre de chaque année… depuis seulement 2012. On ne peut donc que s’étonner de la création, il y a à peine 6 ans, d’une énième Journée Internationale consacrée au sort des jeunes filles. Pourquoi s’est-il agit de créer une autre mobilisation? La Journée Internationale de la Femme, célébrée le 8 mars depuis des décennies, ne suffisait-elle pas amplement pour traiter des problèmes que rencontrent toutes les femmes, jeunes et moins jeunes ? Car après tout, les problèmes (manque d’éducation & d’accès aux soins, d’autonomie et de leadership, faible accès au droit et à la liberté d’expression) semblent bel et bien communs  à toutes les femmes, quel que soit leur âge. 

« Jamais nous n’aurions pensé qu’une fille puisse avoir une place dans la société »

« Avant, on avait du mal à laisser nos filles aller à l’école. Nous n’avions pas les moyens de les scolariser et nous préférions aller travailler aux champs avec elles », explique Fatoumata Compo,  mère de 6 enfants dont 2 filles, originaires de la commune de Dabiss en Guinée.  « Dès l’âge de 14-15 ans, on les donnait en mariage à la fois pour nous décharger financièrement et aussi par respect des traditions. Nous pensions que les marier  était la meilleure solution pour elles et que c’était la place qu’elles méritaient. Dans notre société, la femme parfaite est celle qui est soumise et celle qui n’a pas droit aux prises de décisions concernant son avenir. Jamais nous n’aurions imaginé que la femme pouvait avoir un statut au sein de la société»

Mettre fin dès l’enfance à une vision patriarcale de la femme

Cette vision extrêmement réduite et limitée du rôle de la femme est, comme décrit ci-dessus, largement installée au sein de la société. Et pour cause, elle s’apprend le plus tôt possible. Elle est inculquée dès l’enfance, pour qu’à l’adolescence les jeunes filles n’aient ni l’audace, ni la possibilité de remettre en cause l’ordre qui leur est imposé. De génération en génération, comme dans un cercle vicieux, elles sont « asservies », mariées précocement, exclues de l’éducation et de toute possibilité de construire leur avenir. Heureusement, la sensibilisation des populations à l’importance de l’éducation et la scolarisation des jeunes filles permettent progressivement de changer les mentalités et de renverser l’ordre des choses.

Construire l’émancipation des filles

 « Avant qu’Aide et Action ne vienne à Dabiss, aucune fille n’allait à l’école. », ajoute Fatoumata Compo qui a bénéficié du projet Ecole Amie des Filles menée par Aide et Action en Guinée. « Mais l’intervention de l’ONG nous a beaucoup aidés et nous a ouvert les yeux.  Aujourd’hui nous commençons à avoir des filles qui partent à l’école, qui finissent leur cycle primaire, qui entrent au collège et qui obtiennent leur BEPC pour le lycée. Bientôt on aura des filles cadres dans notre localité. C’est une grande opportunité pour notre village. C’est cela le progrès et c’est  grâce à l’éducation des jeunes filles » insiste Fatoumata. Si la scolarisation des filles à l’école primaire a nettement progressé au cours de la dernière décennie (près de 9 filles sur 10 terminent aujourd’hui le cycle primaire), elle reste cependant bien trop faible au niveau du secondaire.

 12 ans d’éducation pour les filles pourraient stopper le mariage précoce

 Seule 1 fille sur 3 dans les pays à faible revenu achève aujourd’hui le premier cycle du secondaire (World Bank, 2018). Les raisons ? La pauvreté, l’inégalité entre les sexes, les mentalités et les traditions qui perpétuent l’image d’une femme objet et non sujet de ces droits, les situations de crises qui exacerbent encore les risques de déscolarisation pour les filles. Pourtant comme l’a souligné la Banque Mondiale dans son rapport Missed Opportunities : the high cost of not educating girls ,  seule l’éducation des jeunes filles au niveau du secondaire permettrait réellement de faire une différence: offrir 12 années d’éducation continue à toutes les filles, comme s’y sont engagés 193 états en 2015 lors de l’adoption des Objectifs de Développement Durable, est indispensable pour leur permettre de gagner plus d’argent à l’âge adulte, pour prendre davantage soin d’elles-mêmes et de leurs familles et pour mieux scolariser leurs enfants. Plus que tout, seule l’éducation des jeunes filles au niveau du secondaire pourrait définitivement stopper mariages et grossesses précoces.

 Une journée pour déconstruire l’image de jeunes filles privées de droits

Pour autant, même si démonstration a été faite d’une telle avancée, 16 millions de jeunes filles dans le monde sont toujours mariées de force avant leur 15 ans. Ce chiffre diminue mais à un rythme extrêmement lent. A ce titre seul, cette Journée Internationale du 11 octobre créée par l’ONU est essentielle : en mettant en lumière les conditions de vie des jeunes filles, leurs problèmes spécifiques tels leur non scolarisation au niveau du secondaire, elle se veut journée d’éveil des consciences et de mobilisation pour les droits et l’émancipation des jeunes filles partout dans le monde. Le temps d’une journée, d’une couverture médiatique plus importante, d’une mobilisation particulière des ONGs dans chaque ville et villages reculés,  cette journée aura pour vertu de déconstruire l’image des jeunes filles soumises et privées de droits pour promouvoir en lieu et place l’image de jeunes filles émancipées et en possession de leurs droits qui chacune à leur tour pourront dire : « ma place est à l’école ».

 

 A l’occasion de la Journée Internationale de la Fille, découvrez notre film « Ma place est à l’école » 

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