L’égalité filles-garçons en ligne de mire mais encore lointaine

La Journée internationale des filles est l’occasion de se pencher sur la situation des jeunes filles dans le monde. Certes elle progresse, mais tellement lentement que des millions de jeunes filles sont encore confrontées aux pires violences, inégalités et discriminations. A la vitesse actuelle, il faudra encore plus d’un siècle avant qu’elles cessent.

 

Le 11 octobre prochain sera célébrée la « Journée internationale des filles » pour la 7ème année consécutive. Avec pour objectif, comme le stipule l’UNESCO[1], de «  mettre en lumière les besoins des filles, de répondre aux défis auxquels elles font face, de promouvoir également leur autonomisation et l’exercice de leurs droits fondamentaux ». Quoi de plus ambitieux pour une seule journée, mais quoi de plus nécessaire ! Car force est de constater qu’au cours des dernières années, les jeunes filles ont été l’objet d’une attention croissante. Et pour cause : conscience a été prise que les inégalités, discriminations et violences à l’encontre des femmes – dénoncées, elles, depuis plusieurs décennies- n’apparaissaient pas seulement à l’âge adulte, mais dès le plus jeune âge. Parfois même bien avant la naissance : l’Inde compte ainsi seulement 782 femmes, pour 1000 hommes[2] selon le dernier recensement. La raison : la quantité impressionnante de fœtus féminins avortés en raison de leur sexe (La revue The Lancet[3] estimait en 2011 que ce nombre approchait des 12 millions au cours des 30 dernières années).

Des discriminations avant même la naissance

La violence de tels chiffres, la réalité intolérable de petites filles privées de leurs droits les plus basiques (nourriture, éducation, soins, protection et sécurité) a fait naître  un sentiment d’urgence, l’idée qu’il était plus que temps d’agir et que l’égalité des genres dès le plus jeune âge ne pouvait être qu’une priorité absolue. Rien d’étonnant alors que l’égalité des sexes ait été réaffirmée comme indispensable pour la construction d’un monde juste et durable lors de l’adoption en septembre 2015, par 195 pays, des 17 Objectifs de Développement Durable[4], véritable ligne de conduite pour bâtir le monde de 2030. Depuis,  leaders et hommes politiques multiplient les déclarations sur l’impérieuse nécessité d’atteindre l’égalité des sexes, les deux dernières réunions internationales des leaders du G7, dont celui qui s’est tenu en France les 24-26 août dernier, en ont d’ailleurs fait leur cheval de bataille. Avec parfois (pas toujours malheureusement) des contributions financières majeures pour venir en aide aux jeunes filles défavorisées et discriminées.

Et des progrès bien trop lents

Tout cela semble toutefois bien trop maigre et lent face aux besoins criants des 1.1 milliard[5] de jeunes filles qui doivent chaque jour dans notre monde faire face aux inégalités. Certes, elles se mobilisent, se battent un peu partout dans le monde pour faire bouger les lignes et crier leurs colères mais les entraves auxquelles elles doivent faire face sont bien trop nombreuses. Dans les familles les plus démunies, elles sont souvent systématiquement moins bien nourries que les garçons, moins bien soignées, (voire pas du tout), réquisitionnées pour toutes les tâches domestiques et le travail au champ. Elles font face dès le plus jeune âge à des insultes et violences - excisions, viols, attouchements, coups- sans possibilité de porter plainte, ni même simplement d’en parler. Elles sont souvent mariées précocement, notamment dans les foyers les plus pauvres, où le risque de mariage d’enfants est 76% plus élevé que la moyenne. Le monde compte aujourd’hui quelques 650 millions de filles mariées quand elles étaient enfants et chaque année, 16 millions de filles, âgées de 15 à 19 ans, donnent naissance à une enfant, 2 millions d’entre elles ont moins de 15 ans[6]. A moins que la tendance ne s’accélère, l’OCDE (2018) estime qu’il faudra plus d’un siècle pour éradiquer le mariage précoce (OCDE 2018).

Une fille à l’école, un combat de longue haleine

En matière d’éducation, des progrès notables ont été accomplis, notamment pour l’atteinte de la parité à l’école primaire.  Une première victoire certes tant il y a encore 20 ans le nombre de filles non scolarisées au primaire étaient largement supérieur à celui des garçons[7].  Mais c’est une victoire qui reste amère face aux nombreuses difficultés et exclusions dont elles sont aujourd’hui encore victimes. Car si les filles rentrent à l’école, elles sont encore très peu nombreuses à y rester et à terminer le secondaire. Les raisons sont multiples et terribles : manque d’installation sanitaires (en 2016 à peine 1 école sur 2 dans le monde possédait savon et eau pour se laver les mains, rendant l’usage des latrines extrêmement difficiles pour les filles, notamment lors des menstruations), violences à leur égard notamment sur le trajet de l’école, mariage et grossesse précoces qui condamnent les jeunes filles à quitter l’école, traditions et mentalités patriarcales persistantes qui font de la fille une future épouse, une maitresse de foyer, une pourvoyeuse de soins, mais en aucune cas une diplômée et une professionnelle compétente[8].

Une priorité : remettre en cause les normes sexistes

La remise ne cause de ces normes sexistes est une priorité, car tant qu’elles existeront elles priveront les filles de liberté de décision et d’entreprendre. Dans ce cadre la « Journée internationale des filles » que nous nous célébrons est essentielle, car elle permettra, partout dans le monde, dans les classes d’écoles, clubs d’enfants, groupes d’étudiants, associations de villages, de réfléchir avec des adolescents des deux sexes aux rôles des femmes et des hommes et à leurs places dans le monde. L’occasion de faire bouger les lignes et évoluer les mentalités. Bien sûr, cela ne sera pas suffisant. Il appartient aux gouvernements d’aller beaucoup plus loin et de mettre en œuvre des actions concrètes pour assurer le respect des droits et de l’égalité filles-garçons, notamment à l’école. Aide et Action, qui milite pour l’égalité des genres à l’école, demande, entre autres,  la  création d’environnements d’apprentissage sûrs et inclusifs ( « école amie des filles »), l’élaboration de programmes non discriminatoires, la formation des enseignants au genre, la mise en place d’installations sanitaires appropriées, le renforcement des dispositif pour lutter contre les violences en milieu scolaire et une éducation complète à la sexualité pour tous, qui permettra non seulement  d’améliorer la santé sexuelle et procréative des jeunes filles mais bouleversera également les normes liées au genre.

 

[1] https://www.un.org/fr/events/girlchild/

[2] « La Malédiction de naître fille », Le Monde, https://www.lemonde.fr/culture/article/2013/10/11/la-malediction-de-naitre-fille_3490030_3246.html

[3] https://information.tv5monde.com/terriennes/en-inde-le-deficit-de-filles-s-accentue-malgre-les-tentatives-pour-l-enrayer-226154

[4] https://www.agenda-2030.fr/odd/odd5-realiser-legalite-des-sexes-et-autonomiser-toutes-les-femmes-et-les-filles-44

[5] Unicef, https://www.unicef.fr/11-octobre-journee-internationale-des-droits-des-filles

[6] « Bâtir des ponts pour promouvoir l’égalité des genres », UNESCO, 2019

[7] https://www.inegalites.fr/Les-filles-moins-scolarisees-que-les-garcons-dans-le-monde-mais-la-situation

[8] Selon la sixième édition de l’Enquête Mondiale sur les valeurs, réalisées entre 2010 et 2014 dans 51 pays, un tiers des personnes interrogées ont estimé qu’il était plus important de faire des études universitaires pour des garçons que pour des filles, ce pourcentage allant de 2% en Suède, à 56% au Pakistan et 59% en Haïti dans « Bâtir des ponts pour promouvoir l’égalité des genres », UNESCO, 2019

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