OCDE : l’autonomie des établissements, clé pour lutter contre les inégalités ?

L’OCDE publie ce 11 juin 2018 un nouvel opus de PISA 2015 centrée sur les politiques enseignantes. Le système éducatif français, très inégalitaire, est désormais pointé du doigt pour sa formation et répartition des enseignants. L’OCDE prône l’autonomie des établissements. La solution laisse perplexe.

Quelle douce musique à l’oreille du ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer que le dernier opus PISA 2015 publié ce 11 juin 2018 par l’OCDE. Centré sur les politiques enseignantes, ce dernier volume présente l’autonomie des établissements et la possibilité pour les chefs d’établissement de recruter leurs propres enseignants, comme l’un des meilleurs moyens d’accroître l’équité entre établissements scolaires. Cela ne pouvait tomber plus à point nommé pour le ministre de l’éducation nationale, qui a, plusieurs fois déjà, affirmé sa volonté de lancer le chantier de « l’autonomisation des établissements scolaires ».

Des inégalités criantes entre zones favorisées et zones défavorisées 

D’après l’OCDE permettre aux chefs d’établissements de recruter leurs enseignants, tels des chefs d’entreprise recrutant leurs salariés, serait la solution au problème d’inégalités entre établissements scolaires qui grève le système éducatif français. D’après l’OCDE, les écoles françaises situées dans les zones les plus défavorisées ne comptent en effet que 20% d’enseignants ayant un capes ou l’agreg contre 90% de professeurs certifiés dans les établissements favorisés. Cet écart est le plus important de tous les pays membres de l’OCDE, note l’organisation internationale, qui souligne qu’1 élève sur 5 dans les établissements défavorisés ( contre 1 sur 10 dans les établissements favorisés)  a donc face à lui des professeurs non qualifiés. Ils ont par ailleurs le plus souvent les professeurs les plus jeunes et les plus inexpérimentés. Enfin, ces élèves en zone défavorisée sont par ailleurs plus nombreux en classe que leurs camarades des zones favorisées (en moyenne 33 contre 25).

Une solution qui laisse perplexe

Bref, pour l’OCDE une autonomie accrue des établissements apporterait plus d’équité dans la répartition des enseignants. L’affirmation laisse tout de même un peu perplexe… en effet en quoi la capacité des chefs d’établissements à recruter eux mêmes leurs enseignants conduirait-il à une meilleure répartition des enseignants qualifiés ? Dans les quelques systèmes où cela a effectivement pu être observé, l’autonomie des établissements est allée de paire avec de fortes incitations financières et une nette amélioration des conditions de travail pour motiver les enseignants à travailler dans les zones les plus difficiles. Certes, Jean-Michel Blanquer a bien tenté de faire de même en limitant le nombre d’enfants par classe en zone prioritaire et en proposant une prime de €3000 aux enseignants qui iraient dans les écoles prioritaires. Mais la prime tarde à venir et reste bien trop  faible selon l’OCDE pour faire la différence.

Mais alors que faire ?

Les systèmes éducatifs les plus performants reposent selon l’OCDE sur la formation des enseignants, à savoir :

  • Une formation initiale comportant un long stage pratique (rappelons qu’en France les stages ont longtemps été supprimés)
  • Une formation continue dispensée selon les besoins des enseignants et dans leurs établissements ( a l’heure actuelle, la formation continue est rare,
  • Enfin, une évaluation, non pas de fin de carrière comme c’est le cas en France, mais fortement connectée à la formation continue

Autant d’éléments qui manquent toujours dans le système éducatif français. Rappelons en effet, qu’en France les stages longs n’ont été remis au goût du jour que récemment, que la formation continue est rare, le plus souvent imposée et sans réel rapport avec les besoins spécifiques des enseignants et que l’évaluation n’a généralement lieu qu’en fin de formation initiale ou en fin de carrière.

La France pourrait faire mieux en revalorisant le métier enseignant

« La plupart des pays pourraient faire mieux en observant comment les enseignants sont affectés. Cela veut dire ne pas s’intéresser seulement au nombre d’enseignants mais aussi à leur qualification, leur expérience et leur efficacité. Beaucoup de systèmes pourraient aussi faire plus pour répondre aux besoins des enseignants, particulièrement les nouveaux, dans les établissements défavorisés » explique l’OCDE. L’organisation note que pour avoir des enseignants de qualité il faut aussi leur offrir des conditions de travail de qualité et encourager le travail en réseau. Deux bêtes noires du système éducatif français…Comme l’a souvent souligné l’étude internationale PISA, l’enseignant français travaille seul. Nos professeurs ne sont que 3% à faire appel à un tuteur contre 13% en moyenne dans les pays de l’OCDE. 78% d’entre eux n’observent jamais le travail d’un collègue. Quant aux conditions de travail, elles ne cessent de se détériorer souligne un récent  sondage publié par l’UNSA.  D’après les résultats, le métier enseignant serait aujourd’hui l’un des plus exposés aux risques psychosociaux. 7 enseignants sur 8 auraient du mal à trouver le sommeil à cause du travail et près d’un tiers trouverait ce métier épuisant…. Des éléments qui expliquent sans aucun doute la pénurie d’enseignants auquel la France doit désormais faire face. Avant de lancer le chantier de  l’autonomie, peut-être serait-il donc plus pertinent et plus urgent de revaloriser le métier enseignant…..

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